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8e Commémoration de la traite des noirs et de l’esclavage
10 mai, 8e Commémoration de la traite des noirs et de l’esclavageLa Fondation du Mémorial vous invite :Vendredi 10 mai à 19h, SQUARE TOUSSAINT LOUVERTURE, à Bordeaux, Rive Droite en face du Jardin BotaniqueSoirée Nègres Marrons, avec les groupes Diable rouge, Kool A et Ramy, Arte Negra (Capœira)...

TAKE SHELTER sur Vidéo En Poche
Vidéo en Poche des films sur votre clé usb !5€ par film, sans DRM et en HD quand c’est possible, la résolution minimale étant celle d’un DVD ! Les fichiers sont notamment lisibles sur les Freebox et sur les TV et boitiers multimedia certifiés DivX plus HD. Vous pouvez consulter sur le site...

L'ACROPOLE VENDU !!!
Les Grecs sont des gens formidables et côté imagination, ça carbure raide… Après des mois de négociations difficiles, le dimanche 17 mars, 2013, l’Acropole a été vendu non pas à un, mais deux investisseurs : l’émir du Qatar et la firme canadienne Eldorado Gold. Cette dernière aurait eu vent de l...

Viramundo, un voyage musical avec Gilberto Gil
Du 17 avril au 7 mai en Vidéo en Poche, en avant-première, pour 5€ et en HD ! (voir la page de présentation du film) Une expérience européenne (The Tide Experiment) va proposer une sortie quasi simultanée de films en salles et en vidéo dans dix territoires européens : ça n’a l’...

LE GRAND SOIR

Écrit et réalisé par Benoît DELÉPINE et Gustave KERVERN - France 2012 1h36mn - avec Benoit Poelvoorde, Albert Dupontel, Brigitte Fontaine, Areski Belkacem, Bouli Lanners, Serge Larivière, Gérard Depardieu, Barbet Schroeder, Yolande Moreau, Miss Ming, Stéphane Durieux, Chloé Mons, Didier Wampas... Sélection Un Certain Regard, Festival de Cannes 2012.

LE GRAND SOIRNous sommes tous des punks à chien ! C’est l’étrange devise à laquelle vous vous rallierez tous au bout de l'heure et demie du nouvel opus jubilatoire des complices grolandais Délépine & Kervern, au sommet de leur forme libertaire, au sommet de leur art de la mise en scène aussi.
Les punks à chiens, ce sont ces gars vêtus de treillis figés par la crasse, une canette de 8.6 dans une main et dans l’autre une laisse reliée à un corniaud bavant, qui vous abordent par un « eh mec, t’as pas une clope ? » et finissent par « enculé de bourgeois ! ». Alors évidemment pas de quoi les aimer a priori… Et pourtant vous succomberez, comme nous…
Il faut dire que Not (aka Benoit Poelvoorde), qui porte son pseudo pas franchement engageant gravé sur son front, est un punk à chien plutôt atypique. Déjà son toutou, un joli petit Jack Russell, n’a rien d’un molosse menaçant. Et puis Not a un papa et une maman (incarnés par l’incroyable duo Areski et Brigitte Fontaine) qu’il aime sincèrement et à qui il rend visite tous les dimanches. Un papa et une maman qui tiennent « La Pataterie », un de ces restaurants franchisés plantés dans une affreuse zone commerciale comme il y en a partout au sortir des villes. Alors forcément ils pèlent des patates encore et encore (et Brigitte Fontaine, manucurée de vert fluo, qui pèle des patates c’est quelque chose !).

C'est dans ce centre commercial cauchemardesque (le film a été tourné aux Rives d'Arcins à Bègles) que zone Not, mendiant le jour quelques yaourts aux clients du supermarché, squattant la nuit dans les maisons de jardin pour enfants. C’est là aussi que travaille Jean-Pierre (Albert Dupontel), le frère de Not, son exact opposé : il est marié, père de famille, surmené, énervé, vendeur obsessionnellement consciencieux dans un magasin de literie, un vrai petit soldat de la société de consommation. Autant dire que le repas du dimanche, entre les frères et leurs parents, tient du dialogue de sourds, comme on le constate dans cette scène d’ouverture géniale où les deux frangins se lancent dans deux monologues parallèles, parfaitement imperméables l'un à l'autre, évoquant les chanteurs en canon des polyphonies corses ! Au départ donc, entre eux, c'est l'abîme. Et puis, difficultés professionnelles et conjugales de Jean Pierre aidant, les deux frères qui se croyaient ennemis vont peu à peu se rapprocher : Jean-Pierre pète les plombs, Not est le seul à venir à son secours, lui prodiguant au passage un cours accéléré de pratique de la liberté et de la saine rébellion, et lui tatouant sur le front un nouveau prénom que nous nous garderons bien de vous révéler.
Et c’est bien une géniale ode à la liberté que nous chante le duo de réalisateurs, en même temps qu'ils nous lancent une invitation à faire un pas de côté – pour ne pas dire à mettre un grand coup de pompe dans le carcan du système. Les frères réunis dans la galère vont décider de préparer leur grand soir : après tout, les peuples arabes ont réussi leur révolution, alors pourquoi pas eux ?

Delépine et Kervern se sont toujours attachés aux sans grade qui refusent l’inéluctable et entrent en résistance : les handicapés qui veulent obtenir justice dans Aaltra, les ouvrières crapuleusement licenciées de Louise-Michel, le retraité énervé de Mammuth… Avec Le Grand soir et ses deux personnages qui décident de briser l’engrenage tyrannique de la consommation, les réalisateurs creusent de plus belle leur sillon contestataire radical et rigolard. La force de leur cinéma, c’est aussi de glisser poésie brute et humour burlesque dans tous les coins de l'écran, dans chaque épisode du récit, y compris les plus tragiques. Un suicide à la campagne devient ubuesque, la tentative de Dupontel de s’immoler par le feu ou son combat singulier avec un arbuste deviennent de grands moments drolatiques.
Et comme on vous le répète inlassablement depuis Aaltra, Delépine et Kervern sont de vrais metteurs en scène : leur sens du cadre, de l'espace, du coq-à-l'âne visuel donnent une dimension épique, quasi-fantastique, au cadre déshumanisant de la zone commerciale, avec ses parkings gigantesques, ses boutiques mondialisées, ses caméras de surveillance inquisitrices.
A part ça les acteurs sont formidables, tous autant qu'ils sont, pas une seule fausse note, et la bande son est au diapason, rythmée par de grandioses scènes de concert des Wampas. Alors quand le film s’arrête on n'a qu’une envie : prendre la tondeuse, se faire une belle coupe iroquoise et foncer au concert avec les deux frères en attendant un éventuel grand soir.