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L'ACROPOLE VENDU !!!
Les Grecs sont des gens formidables et côté imagination, ça carbure raide… Après des mois de négociations difficiles, le dimanche 17 mars, 2013, l’Acropole a été vendu non pas à un, mais deux investisseurs : l’émir du Qatar et la firme canadienne Eldorado Gold. Cette dernière aurait eu vent de l...
Joachim LAFOSSE - Belgique 2012 1h54mn - avec Emilie Dequenne, Niels Arestrup, Emilie Dequenne, Baya Belal, Stéphane Bissot, Mounia Rahoui, Redouane Behache, Yannick Rénier, Nathalie Boutefeu...
C'est un film dont pour bien faire il faudrait ne rien savoir. Juste se laisser convaincre par ceux qui, comme nous, vous disent qu'il ne faut pas le laisser passer… Donc ne surtout pas se laisser épouvanter par le sujet. Ne surtout pas s'en tenir au résumé lapidaire que feront du film les médias paresseux, adeptes de l'étiquetage hâtif et de la simplification réductrice : « le portrait d'une infanticide », point final, fermez le ban. À perdre la raison est un film magnifique, bouleversant, douloureux certes mais vibrant d'humanité, saisissant d'intensité, passionnant de justesse et de finesse d'observation, lumineux de sensibilité et d'empathie. Joachim Lafosse, déjà réalisateur des excellents Nue propriété et Élève libre, poursuit son exploration de l'âme humaine, dissèque ses failles, explore ses liens et attaches, notamment familiaux, leur complexité, leur fragilité comme leur puissance, leur point de rupture (la violence entre frères dans Nue propriété, la pédophilie dans Élève libre). Il s'est ici inspiré (librement, sans aucun penchant voyeuriste) d'un fait qu'on qualifie de divers : l'affaire Lhermitte, du nom de la mère coupable d'un quintuple infanticide, qui secoua la Belgique en 2007.
Mais encore une fois, ne vous fiez pas à l'horreur du sujet, l'effroi n'est pas de mise, la tragédie, si terrible soit-elle, ne fait pas l'histoire qui se déroule en amont du dénouement fatal, qu'on apprend d'ailleurs dès la première scène mais dont, signe immédiat de délicatesse et d'intelligence, Joachim Lafosse ne nous montre rien, se concentrant sur l'accablement incrédule de la mère. Du coup il évacue d'entrée tout suspense malsain, toute dramatisation excessive. C'est bien le cheminement humain qui va être privilégié, la naissance d'un amour, puis la formation d'un étrange trio, la fondation d'une singulière famille, porteuse d'espoir avant de s'avérer mortifère. Le scénario, construit au cordeau, et la mise en scène, subtile et inspirée, restituent toute la complexité des situations et des relations entre les personnages, portés par des acteurs extraordinaires : mention spéciale pour Emilie Dequenne, absolument époustouflante, qui nous fait comprendre l'incompréhensible, qui nous fait entrevoir l'abîme insondable au fond duquel elle va sombrer. S'il ne faut citer qu'une scène, ce sera ce plan-séquence, inoubliable, où elle s'effondre au volant de sa voiture en chantant sur Femmes, je vous aime de Julien Clerc, qui passe à la radio… Quelques secondes de moins, quelques instants de plus, la scène serait ratée, elle est simplement parfaite, pur moment de mise en scène qui magnifie une actrice en état de grâce et qui exprime la détresse indicible d'une femme en perdition.
Mais au début de leur histoire, Murielle et Mounir (Émilie Dequenne, donc, et Tahar Rahim, excellent en macho passif) s'aiment passionnément. Ils ont des rêves, des projets. Ils vont se marier. Et puis, par souci d'économie, par commodité, ils s'installent chez le père adoptif de Mounir André, le docteur Pinget (Niels Arestrup, cynique, vaniteux, inquiétant, fascinant, comme d'habitude). Une belle maison, l'assurance d'un confort matériel, les font rester. Ils vont avoir un enfant, puis deux, puis trois, puis quatre. André est le médecin de famille, c'est lui qui suit les grossesses de Murielle, il devient une sorte de parrain incontournable. Et puis, au fil des mois, des années, le trio va développer une relation aussi intense que malsaine. Les uns sur les autres, ils étouffent ; séparés, ils sont dans le désarroi.
Il faut voir se métamorphoser Murielle. Au début du film, quand Mounir la demande en mariage, quand ils sont éperdument amoureux, elle est solaire, elle resplendit, on la sent libre, elle aime visiblement son métier d'enseignante. Devenue femme au foyer, mère à plein temps de ses quatre enfants, elle se soumet petit à petit à l'autorité de ces (ses) deux hommes, on sent ses forces qui l'abandonnent, on la voit s'étouffer dans l'amour fou qu'elle porte à ses enfants. Il faut voir alors la lassitude extrême s'emparer de son visage, de son corps, de son esprit, son teint petit à petit se voiler de gris, sa chevelure, ses yeux s'assombrir, son sourire s'évanouir…
Il y aurait plein de choses à dire encore, en particulier l'arrière-plan social de l'intrigue, marqué par le paternalisme colonial, par l'injustice féroce des rapports Nord-Sud… mais restons en là, il faut vous laisser découvrir la richesse de ce film remarquable et gonflé, qui a l'audace de nous confronter à « l'un des drames antiques les plus terribles, les plus vivaces dans l'imaginaire collectif » comme l'écrit bien la revue Positif.
