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Le Phile du Ciné
Tous les mercredis, Utopia participe à la réalisation du magazine cinéma de O2 RADIO : Le Phile du Ciné Jean & Fareed vous parlent de l’actualité du cinéma sur la Gironde. L’équipe d’Utopia s’exprime chaque semaine sur des thèmes ayant traversé les salles, en fiction ou documentaire. Magazine en...

Politique d’immigration de François Hollande Un an après, toujours pas de rupture
Par la Cimade Bordeaux L’élection de François Hollande laissait espérer une véritable rupture avec la politique d’immigration brutale et inefficace de ces dernières années. Un an après, on peut constater que le gouvernement actuel traite un peu mieux les étudiants étrangers, a mis fin à la franchise...

PCA : Paysans et Consommateurs Associés
Bordeaux-Vallée de l’Isle • PCAChaque Mercredi de 19h00 à 20h30 au cinéma, salle de la Cheminée, des petits producteurs de Dordogne et de Gironde apportent leurs légumes, leurs œufs, volailles, rillettes, pain, miel, nougat, pâtes fraîches, veau, bœuf, agneau, fromages de chèvres, jus de pomme, ...

Notre-Dame-des-Landes
Samedi 8 Juin à 15h – Faites des possibles ! Place St Michel (Bordeaux), Rassemblement des alternatives en actionLe 8 juin, le collectif bordelais de soutien à Notre-Dame-des-Landes se propose d’installer sur la place Saint Michel à Bordeaux un village associatif, pour une journée de festivités ...

LA NUIT D’EN FACE

(LA NOCHE DE ENFRENTE) Écrit et réalisé par Raoul RUIZ - Chili 2011 1h53mn VOSTF - avec Sergio Hernandez, Valentina Vargas, Christian Vadim, Chamila Rodriguez... D'après des contes de Herman del Solar.

LA NUIT D’EN FACEMais non, l'ultime film de Raoul Ruiz n'est pas « testamentaire ». Il y revient sur ses lieux d'enfance comme on revient sur ceux d'un crime ? Il y organise la fiction comme chronique d'une mort annoncée ? Il y récapitule et condense tout le langage cinématographique qu'il avait auparavant déployé ? Sans doute, mais c'est légèrement, en riant, en jouant. Petite respiration chilienne avant de passer à autre chose : c'est ainsi, du moins, qu'il en parlait. Tout restait ouvert. Ne tombons pas dans le piège, donc. La mort a interrompu l'œuvre de Ruiz, elle ne l'a pas achevée.
Au départ, cette anecdote, qu'on lui avait transmise : Jean Giono, qui détestait voyager, était cependant prêt à tout quitter pour se rendre dans la petite ville chilienne d'Antofagasta, simplement parce que le nom le fascinait. Ruiz a commencé à imaginer que Giono (Christian Vadim, superbe) s'est réellement rendu dans le port d'Antofagasta, qu'il y enseigne la traduction franco-espagnole à une classe d'adultes, et même de vieillards, à qui il demande de garder les yeux fermés (tout se passe à l'intérieur), tandis qu'il lui arrive de citer Mallarmé. Mais c'est une autre virtualité, un temps parallèle : le « vrai » Giono, simultanément, est resté en France, où il écrit et publie ses romans.

Dans une discussion avec l'un des ses élèves, Don Celso, le plus âgé, cette idée apparaît : le temps n'est pas une succession linéaire, chronologique, mais il y a des « billes » de temps, qu'on peut enfiler et permuter comme sur un collier. Le film, en définitive, ne fait que concrétiser ce motif, éminemment borgésien (mais Cortazar et Fuentes ne sont pas loin). Celso, le vieil homme, convoque dans le temps présent celui qu'il était à l'âge de dix ou douze ans (ils peuvent parfois coexister dans le même plan, comme les trois âges de Marcel coexistaient dans un plan célèbre du Temps retrouvé). L'enfant, du reste, possédait lui aussi le don étrange de faire revenir dans le présent des figures issues de la fiction (Long John Silver, le capitaine à la jambe de bois de L'Île au trésor) ou du passé : c'est ainsi que Beethoven surgit dans le Chili des années 50… Il arrivera même à Celso, devenu vieux, d'être projeté dans le futur : mais il ne verra rien des buildings modernes qui ont été bâtis dans la ville de son enfance, où il déambule…
Comme on peut s'y attendre, Ruiz va déployer autour de ce principe des « couloirs temporels parallèles » (où peuvent s'opérer des collisions, des effractions, des transfusions) toute une histoire, étourdissante, labyrinthique à souhait, tramée d'apparitions, de courts-circuits, de rétroactions (l'effet peut précéder la cause), de faux raccords narratifs. Trame serrée, inrésumable, où il sera question d'un vieil homme (Celso, justement) qui « tue le temps » avant de prendre sa retraite, d'un crime prévu d'avance depuis l'avenir, de miroirs qui mentent pendant la nuit de la Saint-Jean, d'objets (un revolver, une liasse de billets) qui passent d'une couche temporelle à l'autre. Une histoire où surgissent des personnages pittoresques et insolites, à l'identité instable ou fuyante (une chanteuse de cabaret au rôle fatal et énigmatique, une tenancière de pension de famille aux mœurs équivoques…), et des scènes quasi oniriques (une pendaison, un très étrange enterrement…).
Rien d'autre à faire, comme souvent chez Ruiz, qu'à s'abandonner au vertige, en n'essayant surtout pas de maîtriser ou de rationaliser tout cela… (Guy Scarpetta, Positif)

PS : on pourra voir en novembre Les Lignes de Wellington, le dernier grand œuvre sur lequel travaillait Raoul Ruiz au moment de sa mort, le 19 Août 2011. Il en avait terminé toute la préparation, c'est son épouse et monteuse Valeria Sarmiento qui en assuré la réalisation…