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Le collectif Stop Bolloré a vu le jour en décembre 2021 et rassemble des membres et des organisations de la société civile qui s’inquiètent de la concentration des médias et de l’édition en France et des dangers que cela représente pour la démocratie. Le projet du collectif, qui est poli...

Quiz des "trente dernières secondes" du n°101 au n°117
Ici sont archivées les publications du quiz des “trente dernières secondes” du n°101 au n°117   Samedi 17 avril Hier, fin N° 101. Juliette Binoche, 30 ans plus tard, et magnifique, dans un autre de ses plus beaux rôles. La musique, c’est le célébrissime Canon en ré majeur de Johann Pa...

Quiz des "trente dernières secondes" du n°51 au n°100
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SHOKUZAI

Écrit et réalisé par Kiyoshi KUROSAWA - Japon 2012 VOSTF - avec Kyoko Koizumi, Yu Aoi, Eiko Koike, Sakura Ando, Chizuru Ikewaki, Teruyuki Kagawa... D'après le roman de Kanae Minato. Saga en deux parties, qu'il faut impérativement voir dans l'ordre ! 1re partie (2h02) : Celles qui voulaient se souvenir ; 2e partie (2h32) : Celles qui voulaient oublier..

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

SHOKUZAIC'est un projet d'une envergure tout à fait singulière et d'un format tout aussi atypique que nous propose Kiyoshi Kurosawa (rappelez vous son sublime Tokyo Sonata). Shokuzai brosse un ample portrait de cinq femmes, aujourd'hui étrangères les unes aux autres mais unies par un passé traumatique commun : l'excellente et intrigante idée de Kiyoshi Kurosawa, c'est d'avoir construit son récit fleuve en quatre épisodes distincts composant au final – complétés d'un prologue et d'un épilogue – un diptyque en miroir : Celles qui voulaient se souvenir / Celles qui voulaient oublier. A partir d'un point nodal posé dans le long prologue, Kurosawa décortique avec méticulosité la façon dont se dessinent les itinéraires humains, entre rejet et acceptation du passé, désir de vengeance et expiation. Empruntant tant à la chronique domestique qu'au conte japonais et au thriller, Shokuzai forme une fresque captivante.

Elles sont cinq gamines d'une dizaine d'années, cinq modèles de pureté, comme des poupées de porcelaine, à jouer dans la cour de l'école. Emili est attirée à l'écart par un homme dont le visage nous est masqué, mais que ses quatre camarades ont largement eu le temps de voir. Quelques minutes plus tard, elles découvrent le corps sans vie de leur amie. Frappées par le traumatisme, la peur ou la culpabilité, aucune d'entre elles ne peut donner une description du très probable meurtrier. Toutes s'emmurent dans un silence qui enfouit cette blessure au plus profond de leur être et qui leur vaudra la malédiction de la mère endeuillée : pour n'avoir rien dévoilé, elles devront faire pénitence toute leur vie…
Toute la suite du récit se déroule quinze ans plus tard, lorsque chacune des fillettes devenue femme devra faire face à son passé et au châtiment lancé par la mère d'Emili. Avec intelligence, Kiyoshi Kurosawa ne cherche jamais à recouper les destins de ces femmes mais choisit au contraire de filmer quatre chroniques distinctes, comme quatre interprétations d'une même névrose, et les quatre chemins par lesquels chacune tente de s'accommoder du destin qui lui est tragiquement tracé.
Celles qui voulaient se souvenir, la première partie, évoque les deux d'entre elles qui ont choisi d'affronter leur blessure. Sae, magnifique jeune femme enfermée dans sa pureté, tente de surmonter sa peur des hommes en acceptant un mariage arrangé. Et Maki, institutrice à la réputation salie, essaie de se racheter auprès de sa hiérarchie en démontrant jusqu'à l'absurde son courage.
Celles qui voulaient oublier, la seconde partie, montre celles que le mal a rongé malgré elles. D'abord Akiko, trainant chez ses parents dans des fringues niant sa féminité, et qui saisit en sa petite nièce l'occasion d'exprimer sa pulsion protectrice. Et enfin Yuka la fleuriste, qui entretient des relations « coupables » avec le mari de sa sœur qui a, à ses yeux, l'immense qualité de la sécuriser puisqu'il est policier. Quant à Asako, la mère inconsolable, son personnage est le seul à traverser toute l'intrigue et c'est dans l'épilogue qu'il trouvera toute sa vénéneuse dimension.

A travers ces cinq femmes, Kiyoshi Kurosawa se saisit de nombreux piliers de la société japonaise contemporaine. Mariage, éducation, famille, hiérarchie, réussite et vengeance : c'est tout cela qui résonne dans Shokuzai. Kurosawa a su s'emparer d'un format original – le film a été produit par la télévision et diffusé en cinq épisodes au Japon – sans rien concéder de ce qui fait la force de son cinéma. Il excelle dans la complexité des sentiments, dans la délicatesse de son analyse des âmes tourmentées, dans la création d'un univers visuel à la fois épuré et inquiétant. Et Shokuzai sonne dores et déjà comme une œuvre majeure dans sa filmographie.