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Samedi 13 Février 2016 à 20h30

PROJECTION-RENCONTRE avec Serge Le Péron : militantisme et cinéphilie, un double engagement


Dans le cadre de la 13e édition LA CLASSE OUVRIÈRE C’EST PAS DU CINÉMA.
Projection suivie d’une rencontre avec le réalisateur du film, Serge Le Péron et la participation de Bachir Ben Barka, fils de Mehdi Ben Barka, président de l’Institut « Mehdi Ben Barka – Mémoire vivante ».

J’AI VU TUER BEN BARKA

Serge LE PERON avec la collaboration de Saïd SMIHI - France 2005 1h41mn - Avec Charles Berling, Simon Abkarian, Josiane Balasko, Jean-Pierre Léaud, Mathieu Amalric, Fabienne Babe... Scénario de Serge Le Peron, Frédérique Moreau et Saïd Smihi.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

J’AI VU TUER BEN BARKALe 29 octobre 1965, Mehdi Ben Barka a rendez-vous à Paris. Il doit rencontrer le journaliste Philippe Bernier et le cinéaste Georges Franju, qui préparent un film sur la décolonisation. À peine arrive-t-il à la brasserie Lipp, boulevard Saint-Germain, que deux policiers, Louis Souchon et Roger Voitot, l’interpellent et le somment de monter dans une Peugeot 403. La voiture gagne l’Essonne et s’arrête devant la maison de Georges Boucheseiche, un petit caïd du milieu parisien.
Là se perd la trace de Mehdi Ben Barka, militant nationaliste marocain en exil en France, dirigeant de l’Union nationale des forces populaires, le principal parti d’opposition au roi Hassan II, et condamné à mort au Maroc pour activisme politique. Mort sous la torture en France avant d’y être enterré, ou rapatrié au Maroc avant que son corps y soit dissous dans une cuve d’acide… les versions de la disparition de Ben Barka sont multiples.
Après quelques mois d’enquête éclate l’un des plus gros scandales politico-médiatiques de l’époque, où l’on retrouve Marguerite Duras au banc des témoins, Papon signant d’obscures notes de service à la préfecture de police de Paris, de Gaulle minimisant la participation de la France dans la disparition de l’activiste politique, Hassan II, les milieux intellectuels de Saint-Germain et tout un aréopage de truands chargés du sale boulot.
L’enquête mal élucidée laisse encore le doute planer sur les éventuelles connivences entre le pouvoir français et le royaume marocain. Un complot où l’argent, la diplomatie et le secret d’Etat se révèlent moins probants que la révélation d’une humanité saumâtre digne d’un polar de James Ellroy. « En lisant les minutes du procès, explique Serge Le Péron, j’ai découvert des hommes au passé trouble, une machination dont il fallait tirer tous les fils pour approcher une vérité. Je cherche moins à refaire l’enquête qu’à raconter l’histoire humaine et mettre au jour les relations secrètes et les intérêts cachés de chacun, sur fond de politique et de cinéma… »

L’affaire Ben Barka révèle la part d’ombre de ces années, de la fin de la guerre d’Algérie à Mai 68, celles des coups tordus du Service d’Action Civique (SAC) et des barbouzes, de la pègre s’installant sur les ruines de la Libération, d’anciens nazis ou collabos soudainement repentis, celles encore, selon Serge Le Péron, « où de Gaulle semblait pour l’éternité sur un trône qui soudain vacilla ». L’assassinat éclabousse les marches les plus hautes du pouvoir et divise confusément le pays, comme le firent les affaires Dreyfus en 1898 et Stavisky en 1934.
Le 5 juin 1967, le ministre de l’Intérieur marocain, Mohammed Oufkir, est reconnu par la justice française comme le responsable de l’assassinat de Mehdi Ben Barka et condamné par contumace à la réclusion à perpétuité. Cette peine à l’encontre d’un ministre en exercice provoquera le gel pendant deux ans des relations franco-marocaines.

Cette affaire lourde de secrets et de conséquences, le film l’aborde comme un polar, comme une arnaque de deuxième zone – ce qu’elle fut également –, à travers le personnage de Georges Figon, magouilleur multi-cartes dont on découvre le cadavre dans la première scène, située en 1966, et qui sera pourtant le fil rouge de l’intrigue – des intrigues – à travers une suite de flashes-back. En Janvier 1965, Figon (excellent Charles Berling), lassé des affaires foireuses et des escroqueries minables, est à la recherche d’un coup juteux. Proche du « milieu » depuis ses années de prison, et en même temps curieusement ami avec quelques membres éminents de l’intelligentsia, il se voit confier une mission de belle envergure : produire un film documentaire sur la décolonisation, écrit par Marguerite Duras (Balasko, sobre) et réalisé par Georges Franju (Léaud, allumé), avec l’aide du célèbre opposant marocain Mehdi Ben Barka, engagé comme conseiller historique.
Ce projet de film est un piège…