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Mekong stories et Nahid sur Vidéo en Poche
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Mercredi 17 JANVIER à 11h(Entrée libre)Les étudiants, du Parcours Le temps scellé, en 1er cycle de l’École supérieure des Beaux-Arts de Bordeaux, s’infiltrent dans des événements culturels importants de leur ville – le festival Chahuts, festival des arts et de la parole et le FIFIB, Festival Int...

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CITOYEN D’HONNEUR et UN MONSTRE À MILLE TÊTES sur Vidéo en Poche
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UNE FEMME DANS LA TOURMENTE

Mikio NARUSE - Japon 1964 1h38mn VOSTF - avec Hideko Takamine, Yuzo Kayama, Mitsuko Kusabue, Yumi Shirakawa, Aiko Mimasu... Scénario de Zenzo Matsuyama.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

UNE FEMME DANS LA TOURMENTEC'est une splendeur japonaise réalisée il y a plus de cinquante ans que nous vous invitons aujourd'hui à découvrir dare-dare. Une splendeur restée inexplicablement inédite en France et réalisée par le quatrième mousquetaire du cinéma japonais classique (les trois autres étant évidemment Mizoguchi, Ozu et Kurosawa), le moins connu et le moins diffusé, en tout cas chez nous, j'ai nommé Mikio Naruse, 89 films à son actif, le plus célèbre étant sans doute Nuages flottants (1955). À l'égal d'Ozu mais dans un style totalement différent, Mikio Naruse est un maître des « Shomin-geki » (« théâtre du peuple »), des films racontant la vie ordinaire et les problèmes quotidiens des petites gens.

Reiko – interprétée par la merveilleuse Hideko Takamine, actrice de prédilection du cinéaste, puisqu'ils feront dix-sept films ensemble – n'a connu son époux que quelques mois. Après sa mort dans les combats de la Seconde Guerre Mondiale, la jeune veuve est restée auprès de sa belle-famille, et c'est elle qui fait tourner l’épicerie familiale. Dix-huit ans d’efforts accomplis avec bonheur, Reiko étant jusqu'ici portée par une dévotion sans faille à son défunt mari. Il va sans dire que les sentiments qu’elle semble éprouver pour le jeune frère de celui-ci, Koji, n’ont pas de place dans cet ordre établi…
Les temps changent et l'ouverture d'un supermaché met en difficulté les petits commerces du quartier. La famille est reconnaissante à Reiko de tous les efforts qu'elle déploie mais elle pense qu'il faudrait qu'un homme reprenne les rênes et elle souhaiterait que la jeune femme trouve un nouveau mari, afin d'obliger l'insouciant Koji, adepte du jeu de cartes et des beuveries entre amis, à assumer enfin ses responsabilités en prenant sa succession…

Une femme dans la tourmente, figure rare, sinon exceptionnelle, est un « shomin geki » brechtien : grandeur et décadence d’un petit commerce. Avec rigueur, il décrit dans le contexte japonais des années 60, dans une petite ville, la façon dont les petits commerces sont menacés par l’arrivée des supermarchés qui vendent les mêmes produits moins chers avec les outils de communication publicitaires d’alors… A ce cadre économique implacable (la fin inéluctable des petits commerces, l’hégémonie des supermarchés), s’ajoute le cadre familial, qui est dans Une femme dans la tourmente (le titre vaut aussi bien pour les tourments économiques que pour les tourments amoureux, totalement liés), celui d’une entreprise familiale, d’un petit commerce, menacé lui aussi, dans sa structure économique et familiale, car celle qui dirige de fait ce petit commerce, Reiko, la belle-fille, n’appartient pas vraiment à la famille. A ces deux strates, la vie d’une entreprise et d’une famille qui tient cette entreprise, le film en ajoute une troisième, celle d’un couple impossible, formé par Reiko et Koji, au sein de cette entreprise et de cette famille, car l’amoureux est le beaufrère, le frère cadet du mari défunt. Avec une simplicité finalement très complexe, le film associe ces trois niveaux, de telle sorte que chaque comportement ou action aura une répercussion sur les trois cercles de l’histoire, celui à l’échelle du village (ce que va devenir le magasin à l’heure des supermarchés), de l’entreprise familiale (qui va la diriger ? Reiko ou Koji ?) et du couple interdit et secret formé par Reiko et Koji…

Dans sa présentation du cinéma de Naruse, Audie Bock, pour différencier Naruse de Ozu, use de cette belle et simple expression : « Il ne se détourne jamais de l’activité humaine. » Soit, d’une certaine manière, la source et la condition de son pessimisme lucide, poignant, si pudique et délicat, à la douceur inexorable, qui fait de Une femme dans la tourmente un film essentiel et profond, si bouleversant, et de Naruse un cinéaste immense.

(Charles Tesson)