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Mekong stories et Nahid sur Vidéo en Poche
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Mercredi 17 JANVIER à 11h(Entrée libre)Les étudiants, du Parcours Le temps scellé, en 1er cycle de l’École supérieure des Beaux-Arts de Bordeaux, s’infiltrent dans des événements culturels importants de leur ville – le festival Chahuts, festival des arts et de la parole et le FIFIB, Festival Int...

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CITOYEN D’HONNEUR et UN MONSTRE À MILLE TÊTES sur Vidéo en Poche
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Mardi 24 Octobre à 14h


CARTE BLANCHE À VIRGINIE DESPENTES


Dans la cadre du FIFIB 2017
Elle est anticonformiste et pourtant tout le monde l’adore, les punks et les gens bien comme il faut, les religieux et les profanes. La sulfureuse Virginie Despentes inspire, fascine et bouscule l’ordre établi en douceur mais avec ferveur. Elle dit ce qu’elle pense et défonce intelligemment toutes les formes de dominations : masculine ou de classes. Quel plus grand rêve pour les cinéphiles que d’explorer à travers ses yeux son univers cinématographique par le biais d’une carte blanche ?

ÉVOLUTION

Lucile HADZIHALILOVIC - France 2015 1h21mn - avec Max Brebant, Julie-Marie Parmentier, Roxane Duran, Nathalie le Gosles, Mathieu Goldfeld... Scénario de Lucile Hadzihalilovic et Alanté Kavaïté. Grand Prix du Jury, Festival des Utopiales de Nantes.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

ÉVOLUTIONSi rares sont les grands films fantastiques français (nous préférerons taire la litanie des navets hexagonaux du genre) que nous ne pouvons que sauter de joie après la vision de ce petit bijou anxiogène, à la fois fascinant et inquiétant, qui va aller gratter vos angoisses enfantines les mieux enfouies.
Le propre du fantastique, c’est d’introduire des éléments étranges dans un univers tout à fait crédible, contemporain ou passé. Et de fait rien – du moins au début du film – ne paraît incongru dans la vie de Nicolas, un gamin de onze ans qui vit au bord de la mer, sur une terre volcanique aux plages noires de lave, comme il en existe sur les Iles Eoliennes, au Cap Vert, ou aux Canaries. Dans une maison cubique et pour le moins austère, qui ne permet pas de situer précisément l’époque mais peu importe. Il s’adonne aux jeux que tout enfant du littoral pratique, en particulier la plongée en apnée. Jusqu’au jour où il croit apercevoir sur le fond marin, entre étoiles de mer et bancs coralliens, le corps d’un enfant noyé. Mais sa mère ne le croit pas, lui dit assez sèchement que tout cela est le fruit de son imagination. Et petit à petit le doute nait chez l’enfant, qui était toute innocence et amour filial fusionnel. Des questions s’immiscent : pourquoi dans ce village ne vivent-ils qu’entre garçons du même âge et leurs mères, toutes jeunes et diaphanes ? Quel est cet étrange traitement qu’on leur impose dans cette clinique fantomatique ? Et si sa mère ne l’était pas ?

Scénariste puis réalisatrice singulière, Lucile Hadzihalilovic a toujours exploré les eaux troubles de l’enfance et la perte de l’innocence, autant dans son remarquable court métrage La Bouche de Jean-Pierre que dans son premier long métrage Innocence, huis-clos troublant autour d’une communauté de jeunes danseuses. S’immergeant ici dans le monde aquatique qui l’a toujours fascinée (elle a grandi au bord de la mer, au Maroc), elle aborde les angoisses de l’enfantement, de la mutation, de l’univers médical et chirurgical. Elle interroge l’ambivalence du rôle de la mère, qui ne veut pas forcément que du bien à son enfant…
Les amateurs du genre apprécieront à quel point Lucile Hadzihalilovic a parfaitement intégré les influences et références des grands cinéastes qui ont marqué sa cinéphilie. On ne peut pas ne pas penser, dans cette histoire trouble de mutations d’êtres semi marins, à David Cronenberg ou à « l’accouchement » de l’Alien de Ridley Scott. Mais c’est un film espagnol des années 1980, connu seulement des vrais afficionados – et qui traumatisa votre serviteur à peine adolescent –, Les Révoltés de l’an 2000 de Narciso Ibañez Serrador, qui a inspiré à la réalisatrice cette ile peuplée d’enfants, aux maisons cubiques que l’on croirait dessinées par une main juvénile.

Mais foin de toutes ces influences, Hadzihalilovic crée un univers bien à elle, installe un climat fascinant grâce à une mise en scène d’une grande maîtrise qui joue parfaitement de la lumière, des paysages singuliers des Canaries, des fonds marins ou des intérieurs quasi-carcéraux de la clinique… Le film est profondément étrange et séduisant, comme le visage de madones flamandes de ses deux magnifiques actrices, Julie-Marie Parmentier et Roxane Duran.