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Le blog des profondeurs...
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PCA
 Paysans et Consommateurs Associés, Bordeaux-Vallée de l’IslePCA Chaque Mercredi de 19h à 20h30 au cinéma, salle de la Cheminée, des petits producteurs de Dordogne et de Gironde apportent leurs légumes, leurs œufs, volailles, rillettes, pain, miel, nougat, veau, bœuf, agneau, fromages de chèvres...

Revoir le débat avec Amandine Gay à Utopia pour "Ouvrir la voix"
Nous vous proposons de revoir le débat avec Amandine Gay à l’issue de la projection en avant-première de son film “Ouvrir la voix” le 29 septembre 2017. Organisée par le collectif Voix décoloniales. Projection animée par Sarah Daniel, anthropologue junior de l’Université de Bordeaux, membre du c...

LE ROCHER DE PALMER, Dimanche 19 NOVEMBRE
12h, BRUNCH MUSICAL 14h, PROJECTION de I AM NOT YOUR NEGRO de Raoul Pecksuivie d’un échange avec l’écrivain Eddy L. Harris et Fadila Kellala, présidente de l’association Espace Culturel des 2 Rives et membre du Conseil Citoyen du Haut-Cenon. Tarif film + brunch : 15 €Tarif film seul : 5 €. Il es...

SÉANCES POUR LES MALENTENDANTS
 Projections de films français en Version Sourds et Malentendants (VSM) avec sous-titres spéciaux. Les séances estampillées du symbole dans les grilles horaires indiquent des projections de films français en VSM, accessibles aux personnes sourdes et malentendantes, grâce à des sous-titres spécia...

Cherche parrain désespérément…
Il semblerait que nous ne soyons pas seuls à sentir comme une odeur de poudre dans le milieu du cinéma français. Notre nouvelle ministre de la culture, pleine de bonne volonté sans doute, a entrepris cette semaine de pacifier les relations dans notre petit monde en chargeant l’ex-directeur fin...

WESTERN

Écrit et réalisé par Valeska GRISEBACH - Allemagne / Bulgarie 2017 2h VOSTF - avec Meinhard Neumann, Reinhardt Wetrek, Siuleyman Alilov Letifov, Vyara Borisova, Veneta Frangova...

Du 29/11/17 au 19/12/17

WESTERNUn crépuscule bleuté, légèrement vaporeux, tombe sur un petit village bulgare. Un homme et une femme, allongés dans l'herbe drue, contemplent le clocher de l'église, dressé vers le ciel. Le moment a quelque chose de magique, d'onirique. D'un peu poignant aussi, comme tous ces instants qui nous rappellent quelque chose de définitivement perdu. Elle est d'ici, lui est d'ailleurs : il est venu d'Allemagne travailler sur le chantier d'installation d'une turbine électrique. Elle : « Tu n'as pas le mal du pays ? » Lui : « Le mal du pays ? Qu'est ce que c'est ? » La nostalgie, voilà le sujet de Western… Peut-on échapper à la nostalgie ? Et de quoi sommes-nous secrètement nostalgiques, alors même que nous sommes convaincus de ne pas l'être ?
Meinhard donc ne connaît pas le mal du pays : il est chez lui où qu'il se trouve. Nous apprenons à le connaître alors que, peu à peu, il s'acclimate à un nouveau territoire. Il faut voir avec quel calme et quelle sûreté il assujettit un cheval sur la croupe duquel il découvrira, ensuite, le paysage rocailleux et hirsute qui, telle une frontière sauvage – nous sommes à la lisière de la Grèce et de la Bulgarie –, se déploie autour de lui.

C'est que Meinhard diffère de ses collègues de chantier. Eux en sont encore à jouer aux cow-boys et aux Indiens. Ils divisent l'espace selon les codes du western primitif : deux camps, deux drapeaux, deux côtés de la rivière, deux idiomes. Lui au contraire se mêle aux autochtones, essaie de parler leur langue. Il tente de s'inventer une autre patrie, de se trouver une nouvelle famille : quête que la mise en scène exprime par l'alternance des plans larges d'une nature majestueuse et des plans-séquences serrés, souples et chaleureux qui exaltent l'approche et le contact, le frôlement et l'empoignade, l'implicite et le malentendu. Il faut noter la beauté des scènes où, grâce aux sous-titres, le spectateur comprend ce que les personnages disent alors qu'eux-mêmes peinent encore à se déchiffrer ; ces scènes où nous accompagnons le processus par lequel des hommes – bivouaquant, jouant aux cartes, partageant des alcools forts – se révèlent les uns aux autres jusqu'à finir par s'accorder. À ce titre Western est un western dans la double et ambigüe dimension du genre. D'une part, en traduisant un mouvement impérialiste, une conquête territoriale, brutale, avide, coloniale (« on vient vous apporter des infrastructures »). D'autre part, en accompagnant le mouvement par lequel, en se projetant vers un ailleurs, un homme espère s'arracher à son passé, à soi-même.

Meinhard aura-t-il, en fin de compte, trouvé son lieu ? Sa patrie ? Ou bien s'est-il contenté de projeter sur un nouveau territoire un désir d'appartenance illusoire et, par essence, impossible à satisfaire ? […] Un moment fort du film le montre dansant seul, son corps sec et musculeux essayant de s'assurer une place, de s'ancrer dans un nouveau monde. Le sentiment nous gagne que la mélancolie qui le transit alors relève de ce que la langue allemande nomme d'un mot intraduisible dans la nôtre : sehnsucht. À savoir le désir pour un ailleurs indéfini et inaccessible. Un désir qui nous fait saisir le manque qui, au fond, nous définit. Le mal du pays ? Pourquoi ? Quel pays ? Il n'y a pas de pays.

(J.C. Ferrari, Positif)