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SUR L’ÉCRAN DE LA SALLE 4, À PARTIR DU 4 JUILLETPROJECTION DES DESSINS RÉALISÉS PAR GIUSEPPE LIOTTIpour les storyboards des films de Matteo Garrone Né à Salerno le 23 juin 1978, Giuseppe Liotti est diplômé en Sciences de la communication. En 2001, il s’investit pendant un an dans une production ...

C'EST LA FÊTE DU CINÉMA
Du Dimanche 1er au Mercredi 4 JUILLET4 euros pour tout le monde à toutes les séances... Lire C'EST LA FÊTE DU CINÉMA...

Savez-vous quel est le point commun entre le Linky et le RGPD ? L’exploitation des données personnelles.
Le règlement général pour la protection des données (RGPD) applicable en Europe depuis le 25 mai 2018 concerne le traitement et la circulation des données à caractère personnel, sur lesquelles les entreprises s’appuient pour proposer des services et des produits. Les données personnelles sont mainte...

WESTERN

Écrit et réalisé par Valeska GRISEBACH - Allemagne / Bulgarie 2017 2h VOSTF - avec Meinhard Neumann, Reinhardt Wetrek, Siuleyman Alilov Letifov, Vyara Borisova, Veneta Frangova...

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

WESTERNUn crépuscule bleuté, légèrement vaporeux, tombe sur un petit village bulgare. Un homme et une femme, allongés dans l'herbe drue, contemplent le clocher de l'église, dressé vers le ciel. Le moment a quelque chose de magique, d'onirique. D'un peu poignant aussi, comme tous ces instants qui nous rappellent quelque chose de définitivement perdu. Elle est d'ici, lui est d'ailleurs : il est venu d'Allemagne travailler sur le chantier d'installation d'une turbine électrique. Elle : « Tu n'as pas le mal du pays ? » Lui : « Le mal du pays ? Qu'est ce que c'est ? » La nostalgie, voilà le sujet de Western… Peut-on échapper à la nostalgie ? Et de quoi sommes-nous secrètement nostalgiques, alors même que nous sommes convaincus de ne pas l'être ?
Meinhard donc ne connaît pas le mal du pays : il est chez lui où qu'il se trouve. Nous apprenons à le connaître alors que, peu à peu, il s'acclimate à un nouveau territoire. Il faut voir avec quel calme et quelle sûreté il assujettit un cheval sur la croupe duquel il découvrira, ensuite, le paysage rocailleux et hirsute qui, telle une frontière sauvage – nous sommes à la lisière de la Grèce et de la Bulgarie –, se déploie autour de lui.

C'est que Meinhard diffère de ses collègues de chantier. Eux en sont encore à jouer aux cow-boys et aux Indiens. Ils divisent l'espace selon les codes du western primitif : deux camps, deux drapeaux, deux côtés de la rivière, deux idiomes. Lui au contraire se mêle aux autochtones, essaie de parler leur langue. Il tente de s'inventer une autre patrie, de se trouver une nouvelle famille : quête que la mise en scène exprime par l'alternance des plans larges d'une nature majestueuse et des plans-séquences serrés, souples et chaleureux qui exaltent l'approche et le contact, le frôlement et l'empoignade, l'implicite et le malentendu. Il faut noter la beauté des scènes où, grâce aux sous-titres, le spectateur comprend ce que les personnages disent alors qu'eux-mêmes peinent encore à se déchiffrer ; ces scènes où nous accompagnons le processus par lequel des hommes – bivouaquant, jouant aux cartes, partageant des alcools forts – se révèlent les uns aux autres jusqu'à finir par s'accorder. À ce titre Western est un western dans la double et ambigüe dimension du genre. D'une part, en traduisant un mouvement impérialiste, une conquête territoriale, brutale, avide, coloniale (« on vient vous apporter des infrastructures »). D'autre part, en accompagnant le mouvement par lequel, en se projetant vers un ailleurs, un homme espère s'arracher à son passé, à soi-même.

Meinhard aura-t-il, en fin de compte, trouvé son lieu ? Sa patrie ? Ou bien s'est-il contenté de projeter sur un nouveau territoire un désir d'appartenance illusoire et, par essence, impossible à satisfaire ? […] Un moment fort du film le montre dansant seul, son corps sec et musculeux essayant de s'assurer une place, de s'ancrer dans un nouveau monde. Le sentiment nous gagne que la mélancolie qui le transit alors relève de ce que la langue allemande nomme d'un mot intraduisible dans la nôtre : sehnsucht. À savoir le désir pour un ailleurs indéfini et inaccessible. Un désir qui nous fait saisir le manque qui, au fond, nous définit. Le mal du pays ? Pourquoi ? Quel pays ? Il n'y a pas de pays.

(J.C. Ferrari, Positif)