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PRIX DÉCOUVERTE DES SPECTATEURS D'UTOPIA
Décerné à votre film préféré parmi les premiers films français de l’année 2017 A l’initiative des deux associations de quartier La Commune Libre du quartier Saint Pierre et Les Amis de l’Utopia, sera décerné le premier Prix Découverte des Spectateurs du cinéma Utopia  de Bordeaux. C’est donc à v...

Solidarité avec Jean-Jacques Rue
Collègue d’Utopia Saint-Ouen l’Aumône et ci-devant chroniqueur cinéma à Siné Mensuel, et son camarade poète et cinéaste franco-grec Yannis Youlountas Jean-Jacques Rue, c’est une figure d’Utopia : un nounours punk qui s’active dans les salles de Saint-Ouen l’Aumône. À Bordeaux, vous l’avez vu tou...

STOP LINKY
Pour en savoir plus sur le compteur électrique Linky, savoir POURQUOI et/ou COMMENT faire pour le refuser, vous le pouvez, le collectif Stop Linky Bordeaux Métropole vous invite à venir Salle de la cheminée au Cinéma Utopia, à l’occasion de l’une de ses réunions. Et si vous souhaitez rejoindre l...

PCA
 Paysans et Consommateurs Associés, Bordeaux-Vallée de l’IslePCA Chaque Mercredi de 19h à 20h30 au cinéma, salle de la Cheminée, des petits producteurs de Dordogne et de Gironde apportent leurs légumes, leurs œufs, volailles, rillettes, pain, miel, nougat, veau, bœuf, agneau, fromages de chèvres...

Dimanche 26 Novembre 2017 à 11h

Présentation par Abdellah Taïa, auteur et réalisateur


Dans le cadre de LETTRES DU MONDE

L’ARMÉE DU SALUT

Abdellah TAÏA - Maroc 2013 1h25mn VOSTF - avec Saïd Mrini, Karim Ait M'Hand, Amine Ennaji, Frédéric Landenberg, Hamza Slaoui, Malika El Hamaoui, Abdellahk Swilah... Scénario d'Abdellah Taïa, d'après son roman du même titre.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

L’ARMÉE DU SALUT« Ma mère, le Maroc, ce n’est pas les autres, le gouvernement, les religieux, les éternels moqueurs, les “casseurs”, les empêcheurs, les jaloux, les mesquins… Le Maroc tout entier, celui que j’ai en moi et celui à qui je parle aussi à travers cette lettre, c’est toi. C’est un Maroc qui n’est pas parfait. Un Maroc dans la tension, la fièvre. Un Maroc dans l’élan. La possession. » (Extrait de la lettre d'Abdellah Taïa à sa mère et ses frères après la publication de son livre)

Le personnage central de L'Armée du salut est un jeune adolescent, alter ego assumé de l'écrivain et réalisateur Abdellah Taïa qui a raconté, dans un livre qui fit scandale au Maroc, la jeunesse d'un jeune Marocain homosexuel et la conquête difficile de sa liberté. Le livre est devenu film, c'est toujours aussi beau et fort.
Abdellah, quinze ans à peine, vit dans un faubourg pauvre de Casablanca entre une mère autoritaire au poing de fer, un père faible mais parfois violent, une tripotée de sœurs, un petit frère et surtout un grand, Slimane, à qui il voue un culte immodéré. Il pénètre parfois dans sa chambre, se couche dans ses draps pour sentir son odeur, lit ses livres, écoute sa musique. En tant que fils cadet, il n'est pas ménagé, souvent préposé aux tâches quotidiennes, malmené par les moqueries de ses sœurs, désormais sorti de l'enfance et donc rejeté par le gynécée que constitue la sphère autour de la mère, et pas encore assez adulte pour pouvoir vivre la vie libre et dissolue de son grand frère à qui on pardonne tout.

Dans cet environnement hostile, Abdellah suit son chemin souvent solitaire qui passe par la découverte de sa sexualité, en l'occurrence de son homosexualité : il s'offre aux désirs des hommes frustrés du quartier pour des échanges furtifs derrière le souk, ou se prête parfois aux jeux sexuels d'un touriste, le Maroc étant une destination privilégiée des voyageurs en mal de sensations. Et c'est comme ça qu'il fera la rencontre qui, quelques années plus tard, lui permettra de partir en Europe pour y faire ses études et devenir un homme libre, loin des contraintes familiales et du regard de ses compatriotes qui le désignaient comme un « zamel »…
On aurait tort de réduire le thème du film d'Abdellah Taïa à la représentation de l'homosexualité. Bien sûr la chose est très présente et le jeune réalisateur montre toute l’ambiguïté des hommes de son pays, où l'hypocrisie est une manière d'être, un pays musulman où l'homosexualité est officiellement dénoncée, alors qu'elle est omniprésente, plus peut être que dans certains pays occidentaux, non seulement à travers le tourisme sexuel sur lequel les familles ferment les yeux avec complaisance par intérêt économique – scène cruelle où un felouquier menaçant demande avec insistance à Abdellah si son ami suisse lui rapporte bien – mais aussi parce qu'elle est une réponse à l'immense frustration sexuelle des hommes là où la femme est mariée ou inaccessible.

Mais au-delà de tout ça, le vrai sujet est la complexité de la construction de l'identité chez un jeune adolescent comme Abdellah. Car bien sûr, même si le jeune homme va vivre sa vie loin de sa famille et du Maroc, il ne reniera jamais ni l'une ni l'autre. Et quand il deviendra jeune étudiant en littérature à Genève puis écrivain, c'est bien toutes ces influences contradictoires qui nourriront le grand auteur qu'il est devenu.
Splendidement incarné tant par l'acteur qui le joue adolescent que par celui qui le joue jeune adulte, Abdellah est le symbole de tous les jeunes hommes maghrébins qui se cherchent et finissent par se construire, riches de toute leur complexité.