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GRÊLE : HALTE AUX MESURETTES, LE CHAOS CLIMATIQUE C'EST L'AFFAIRE DE TOUTE LA SOCIETE
a Gironde a été durement touchée par la grêle le 26 mai. Plusieurs milliers d’ha de vignes mais aussi de cultures maraîchères et de grandes cultures ont été ravagés. L’entraide collective spontanée s’est organisée dès la fin de semaine. Face à cette situation, la réponse du Ministè...

Interdiction du glyphosate : qu’a voté votre député-e ?
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PROJECTION DES DESSINS RÉALISÉS PAR GIUSEPPE LIOTTI
SUR L’ÉCRAN DE LA SALLE 4, À PARTIR DU 4 JUILLETPROJECTION DES DESSINS RÉALISÉS PAR GIUSEPPE LIOTTIpour les storyboards des films de Matteo Garrone Né à Salerno le 23 juin 1978, Giuseppe Liotti est diplômé en Sciences de la communication. En 2001, il s’investit pendant un an dans une production ...

C'EST LA FÊTE DU CINÉMA
Du Dimanche 1er au Mercredi 4 JUILLET4 euros pour tout le monde à toutes les séances... Lire C'EST LA FÊTE DU CINÉMA...

Savez-vous quel est le point commun entre le Linky et le RGPD ? L’exploitation des données personnelles.
Le règlement général pour la protection des données (RGPD) applicable en Europe depuis le 25 mai 2018 concerne le traitement et la circulation des données à caractère personnel, sur lesquelles les entreprises s’appuient pour proposer des services et des produits. Les données personnelles sont mainte...

LES BONNES MANIÈRES

Écrit et réalisé par Juliana ROJAS et Marco DUTRA - Brésil 2017 2h15mn VOSTF - avec Isabél Zuaa, Marjorie Estiano, Miguel Lobo, Cida Moreira, Andrea Marquee... Couvert de prix, dont plusieurs du public, dans moult festivals.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

LES BONNES  MANIÈRESRarement il y eut de « bonnes manières » si peu disciplinées ! Telles d’indomptables créatures aux crocs acérés, elles ne connaîtront pas de répit avant d’avoir lacéré les cases étriquées dans lesquelles quelques imprudents pourraient vouloir les enfermer hâtivement. Elles badinent avec les codes du cinéma, flirtant avec brio entre les genres, n’en épousant aucun, s’accouplant avec tous. Progressivement elles jouent de nos nerfs, manipulent notre esprit, titillent délicieusement nos sens, jusqu’à l’envoûtement. Ces bonnes manières-là sont faites de chair et de sang, parcourues de frissons, de désirs et de peurs bleues. Celles qu’éveillent les histoires lors des veillées, après que les enfants sont couchés, à l’orée des nuits de pleine lune, quand le loup l'emporte sur le chien et que le feu de braise crépite dans l’âtre, rougeoiement hypnotique.

L’histoire prend corps dans un Sao Paulo bien contemporain et pourtant fantasmagorique, dont les décors aux lumières sublimées semblent tout droit sortis d’un recueil de contes. Entre les gratte-ciel futuristes et la forêt d’humbles bicoques des bas quartiers, le temps semble avoir arrêté d’égrener ses secondes. Ce sont deux mondes qui s’ignorent, qu’un plafond de verre invisible mais bien perceptible semble devoir séparer à tout jamais. Clara Macedo le porte dans son allure résignée, dans son sourire incertain, dans son regard vaincu, si typiques des êtres du bout de la chaîne. La voix impersonnelle qui l'apostrophe via l’interphone, l’œil de la caméra qui suit ses déplacements, l’injonction de passer par l’ascenseur de service, la blonde friquée qui la reçoit comme si elle n’était qu’un vulgaire cheveu tombé dans la plus délicate des soupes : tout cela n’est que son lot quotidien. Clara, aussi sombre qu’une nuit vaudou sous ses airs inquiets, presque inquiétants, ne bronche pas, prête, sans mot dire, à rebrousser chemin. Celle qui pourrait devenir sa future patronne, Ana, enceinte jusqu’aux yeux, jauge et questionne d’un regard condescendant cette femme noire aux cheveux ras, bien peu volubile. Décidément, elle n’a ni le profil, ni la gueule de l’emploi recherché : celui de nounou. Aucune expérience, aucune recommandation, aucune référence, noyant résolument son passé dans l’ombre… Rien n’incite à l’embaucher. Pourtant, contre toute attente, Ana choisit Clara, comme mue par une irrésistible main invisible, et commence par renégocier son rôle : la nouvelle recrue devra non seulement s’apprêter à pouponner, mais entretenir l’appartement, cuisiner, se tenir à la disposition de la parturiente un brin capricieuse.
Voilà donc Clara qui emménage à pas de velours dans l’univers acidulé de la bourgeoise Ana, dans son immense appartement d’ange déchu, peuplé des mystères et des vestiges d’instants de gloire révolus. Dans la chambre pastel du futur enfant, le petit cheval d’une boite à musique donne le ton, lancinant, tandis que la langue brésilienne et sa saudade finissent par nous charmer irrésistiblement. Mais alors qu’on serait à peine étonné d’y trouver une pantoufle de vair, c’est un pistolet que Clara va trouver dans la chambre de sa maîtresse (qui le deviendra à plus d’un sens)… La nuit venue, Clara se terre au fond de son petit lit de bonne, alors que lui parviennent les bruits toujours plus angoissants des nuits agitées de sa patronne qui déambule dans la maison, aux prises avec d’étranges crises de somnambulisme et une envie compulsive de mordre la vie et ses semblables à pleines dents, tandis que la lune s’élève dans le ciel, toujours plus présente, toujours plus ronde, comme le ventre d’Ana qui parait prêt à exploser.

Dans l’intimité de l’attente, entre deux échographies, va s’installer une étrange symbiose entre les deux femmes que tout séparait. On est transporté par les sortilèges d’une œuvre somptueuse, surprenante, qui propulse un vent de fraîcheur dans la grande famille des films fantastiques, passionnants mais trop souvent prévisibles. Le film nous submerge dans son immense puissance poétique, sa beauté onirique, qui pioche dans tous registres. De la bande son à la photographie, en passant par la peinture, la bande dessinée, la sculpture, les deux réalisateurs ne se refusent rien pour donner corps à un songe qui devient subitement plus authentique et transgressif que la plate réalité.