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C'EST LA FÊTE DU CINÉMA
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Mardi 26 JUIN 2018 à 20h15

DÉSORDRE / 6 – échos de Mai 68 au cinéma


Un cycle de projections proposé par l’association Monoquini

LES DOIGTS DANS LA TÊTE

Jacques DOILLON - France 1974 1h40mn - avec Christophe Soto, Olivier Bousquet, Roselyne Villaumé, Ann Zacharias... Scénario de Jacques Doillon et Philippe Defrance.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

LES DOIGTS DANS LA TÊTEQuatre jeunes gens encore adolescents – deux garçons, deux filles – vont au cours d’une semaine d’été expérimenter un ménage à quatre entre les murs d’une petite chambre sous les toits de Paris. Cela sera pour eux autant une initiation sentimentale qu’une prise de conscience de leur condition sociale.
D’un côté, les jeunes prolétaires : Chris, l’apprenti-boulanger, entre en conflit avec son patron et se barricade dans le logement que ce dernier lui concède ; son copain Léon, mécano par intermittence et truculent hâbleur, s’amuse de l’existence du GRAT (Groupe de Résistance au Travail) où il espère gagner une place de cadre ; Rosette, la timide petite amie de Chris, est vendeuse à la boulangerie. De l’autre, Liv, une jolie Suédoise de passage dans la capitale, instruite, émancipée et un peu délurée, va déniaiser ce petit groupe et ouvrir de nouvelles perspectives.

On saisit d’emblée que Les Doigts dans la tête, avec son drôle de titre, est encore tout imprégné de l’esprit libertaire de L’An 01, le premier film de Jacques Doillon d’après la BD éponyme de Gébé, dont le postulat était : « On arrête tout et on réfléchit ». Ici, on arrête en premier lieu de travailler, non plus sur le plan conceptuel et utopique, mais concrètement, dans un rapport neuf à l’existence, où il n’est plus question de perdre sa vie à la gagner, avec les conséquences que cela implique. Il s’agit pour ces jeunes adultes, qui veulent rompre avec le déterminisme social et un certain carcan moral, d’envisager un autre avenir possible, et de le faire dans un tourbillon de fantaisie. Car on prend avant tout le temps de faire l’amour, de jouer et de plaisanter, de rire des autres et de soi, avec une soif communicative de liberté.
Au moment où, dans le sillage du cinéma militant hérité de mai 68, la « fiction de gauche » et l’injonction politique sont largement répandues dans le cinéma français du début des années 70 dans un souci supposé de réalisme et d’authenticité, émerge un courant qui tend à rompre avec les films sentencieux d’intervention sociale. De nouveaux auteurs s’évertuent, à l’instar des cinéastes tchèques du Printemps de Prague, de montrer la jeunesse issue de milieux modestes ou la classe ouvrière dans leur quotidien, au travail et dans leurs amours, sans dogmatisme, en se rapprochant du détail et de la vie des personnages.
Ce label de « Nouveau Naturel », indiquant une voie possible mais finalement éphémère, fut d’ailleurs contestée par Doillon qui, réfutant le naturalisme, revendique plutôt la maladresse et les hésitations des acteurs pour atteindre une forme d’émotion. Les interprètes des Doigts dans la tête, inexpérimentés mais capables de s’identifier à leur personnage, sont prodigieux de simplicité, donnant l’impression que l’intrigue s’invente sous nos yeux. Il y a pourtant chez Doillon une exigence d’écriture (les dialogues ont été minutieusement composés) et de mise en scène qui, avec ses longs plans fixes admirablement cadrés en noir et blanc dans une unité de lieu, le rapproche de Jean Eustache.

C’est en effet à cette famille informelle en marge de la Nouvelle Vague, « enfants de Robert Bresson » pour certains, où l’on trouve Maurice Pialat, Jacques Rozier, Philippe Garrel, qu’il faut rattacher le film de Doillon, d’inspiration autobiographique, « fait à la main », avec peu de moyens. Un cinéma pauvre, nécessaire, qui rayonne de vitalité.
Entre chronique sociale et récit initiatique, la justesse des acteurs, la drôlerie des situations, le mélange de naïveté et de vérité confèrent à ces scènes de vie de Bohème une fraicheur et un bonheur intacts.