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PROJECTION DES DESSINS RÉALISÉS PAR GIUSEPPE LIOTTI
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C'EST LA FÊTE DU CINÉMA
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Savez-vous quel est le point commun entre le Linky et le RGPD ? L’exploitation des données personnelles.
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ZAMA

Écrit et réalisé par Lucrecia MARTEL - Argentine 2017 1h55mn VOSTF - avec Daniel Gimenez Cacho, Lola Duenas, Matheus Nachtergaele, Juan Minuji, Rafael Spregelburd... D'après le roman d'Antonio di Benedetto.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

ZAMADès le premier plan on est subjugué par la beauté poisseuse qui va habiter le film tout du long. On voit un homme dans un costume quelque peu fatigué indiquant qu'on est au xviiie siècle, au bord d'un fleuve tropical. L'homme semble pensif voire déprimé. Peu de temps après, on le découvre dissimulé derrière une dune, en train de reluquer de jeunes indiennes indigènes en train de se baigner nues, avant d'être repéré et traité de voyeur. Nous sommes en fait dans le Grand Chaco, au bord du fleuve Paraguay, non loin de l'actuel Asuncion, dans une région écrasée par une chaleur humide, bien éloignée des grandes villes de l'Empire espagnol que sont Buenos Aires ou d'autres métropoles animées. L'homme est le corregidor (haut magistrat) Diego de Zama.

Dans cette petite bourgade fluviale, il exerce, dans la parfaite routine et le parfait ennui, une parodie de justice, qui consiste la plupart du temps à faire torturer de pauvres bougres ayant commis quelque petit larcin ou des esclaves en fuite. On apprend aussi que l'homme a fait un enfant à une indigène et il s'inquiète mollement de son rôle de père, avec ce peu d'enthousiasme qui marque tout ce qu'il fait… Par ailleurs il courtise avec peu de succès une jolie aristocrate mariée et tentatrice dont les tenues extravagantes et le riche mobilier contrastent avec l'ambiance générale de fin du monde.
Mais surtout Diego de Zama attend désespérément, depuis un temps probablement fort long, un ordre de mutation du gouverneur qui lui permettrait de retrouver sa famille à Buenos Aires. Ce qui n'arrivera peut être jamais au vu d'une nouvelle règle qui prévaut et qui empêche les « Americanos » (les hispaniques qui sont comme lui nés en Amérique et non en Espagne) de progresser dans la hiérarchie.

Lucrecia Martel, que l'on avait pas vue derrière la caméra depuis près de dix ans (La Femme sans tête, étonnant film intimiste autour d'un accident de voiture), décrit parfaitement l'enfermement à ciel ouvert, autour de ce bras de fleuve dont Diego ne parvient pas à s'échapper, la langueur qui gagne tout le monde mais aussi la violence du pouvoir colonial, jamais flagrante, jamais spectaculaire, juste décrite par bribe ou en hors champs, à travers une scène d'interrogatoire musclé, le racisme latent, ou encore l'oreille coupée d'un brigand que le gouverneur se complaît à porter en pendentif. La réalisatrice, par son travail sur le son , sur la lumière qui écrase tout, mais aussi en distillant des séquences incongrues, comme ces négociations avec les indigènes au milieu des lamas – bien que vainqueur, l'occupant espagnol n'est pas totalement maître du pays –, décrit parfaitement cette torpeur, cette attente permanente, qui peut rappeler Le Désert des Tartares de Buzzati ou l'œuvre de Borges…
Le film bascule quand on demande à Zama de conduire un corps expéditionnaire à travers la jungle marécageuse à la recherche d'un bandit introuvable. Et si le hors-la-loi, considéré comme très dangereux, était beaucoup plus proche qu'on ne le croyait ? Le film évoque alors irrésistiblement le génial film d'Herzog, Aguirre ou la colère de Dieu, sur l'expédition désespérée de conquistadors au cœur de la jungle amazonienne. On pourrait trouver pire référence…