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LES SÉANCES « BÉBÉ » de Juillet-Août
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ÉCOLOGIE, SOCIAL, LIBERTÉS : La solidarité internationale comme sortie de crises
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GERBOISE BLEUE

Djamel OUAHAB - documentaire France-Algérie 2008 1h30mn -

GERBOISE BLEUELiberté immuable, Tempête du Désert, Turquoise, Amaryllis, Pluie d’été… Que de jolis noms poétiques… qui désignent en fait de sales opérations militaires ! « Liberté immuable », c’est quand même l’écrabouillage de milliers de villages afghans ; « Tempête du Désert », c’est la destruction avec armes conventionnelles et chimiques de milliers d’irakiens en 1991 ; quant à « Turquoise » et « Amaryllis », elles incarnent les deux opérations qui ont consisté pour l’armée française à regarder 4 millions de personnes se faire massacrer au Rwanda. Gardons le plus joli pour la fin : « Pluie d’été », c’est le déluge de bombes que largua en 2006 l’armée israëlienne sur la population de Gaza.
« Gerboise Bleue », du doux nom de ce petit rongeur adorable que l’on trouve dans les déserts du Maghreb, est en fait le premier essai atomique français réalisé dans le Sud algérien, le 13 février 1960. Il y aura encore quelques essais aériens puis des essais souterrains jusqu’en 1978, le nouvel Etat algérien ayant signé un accord secret avec l’Etat français.

Djamel Ouahab, de manière sobre et opiniâtre, est allé à la rencontre des acteurs et victimes de cette guerre secrète, de cette mort invisible qui, 40 ans après, a marqué définitivement les corps et les esprits, la plupart des protagonistes ayant développé cancers, leucémies, problèmes cardiaques mais aussi graves troubles psychologiques, tant tous partagent le sentiment d’avoir été dupés par la France, pour qui ils étaient prêts à donner leur vie. Désormais regroupés en association, l’Association des Vétérans des Essais Nucléaires, ils tentent de faire reconnaître leurs douleurs et leurs blessures par une Armée Française qui plus que jamais joue la Grande Muette.
Mais il y a aussi les populations touaregs, ces nomades que l’armée française ne jugeait pas forcément nécessaire de prévenir et qui ont été exposés en premier lieu. Un ancien se souvient qu’en février 1960 il a été ébloui par un grand éclair blanc et que plusieurs bêtes sont mortes peu après…
La radioactivité est toujours là, on tente bien de faire de la prévention pour éviter les contaminations aujourd’hui sur les sites des essais Gerboise mais on sent le traumatisme bien enfoui dans l’inconscient collectif touareg. Alors bien sûr, dans ce que décrit Djamel Ouahab, il ya les séquelles physiques parfois terribles : il suffit de voir un des vétérans montrer à titre pédagogique son œil énucléé pour se rendre compte de toute l’horreur des conséquences des contaminations radioactives. Mais surtout, ce contre quoi luttent inlassablement Gaston Morizot, Lucien Parfait, Mohamed Bendjebbar, Salah, Gérard Ruhot et Ali Boualali, c’est le déni de leur histoire.

Le documentaire de Djamel Ouahab contribue à cette lutte, mais éclaire aussi la complexité des rapports franco-algériens. Comment, pour un échange de bons procédés, le nouvel Etat algérien a pu laisser se poursuivre ces essais ? Peut-être est-ce symptomatique du désintérêt des états maghrébins pour leurs populations des Suds désertiques ? Et comment aujourd’hui l’Etat français, qui n’a de cesse de se déclarer soucieux de faire les comptes de ses méfaits coloniaux, n’arrive-t-il pas à reconnaître la simple souffrance de ces gens ? Peut-être que parce qu’on touche à l’histoire nucléaire et là c’est encore plus compliqué ? Le film, en tout cas, est formidable.

Le film est les Mercredi 11/3 à 11h50, Samedi 14/3 à 13h45, Lundi 16/3 à 18h, Mercredi 18/3 à 18h, Samedi 21/3 à 17h30 et Lundi 21/3 à 14h05.