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Journal de bord d'un cinéma fermé (semaine 8)
Ici est archivé le journal de bord du confinement de la semaine du mercredi 6/05 au lundi 11/05/2020  Mercredi 6 mai, jour 51 de l’après PCA (Paysans & Consommateurs Associés)
Aujourd’hui, mercredi 6 mai de 18h à 19h livraison dans le hall du cinéma des paniers de légumes, oeufs, fromages de chèv...

Journal de bord d'un cinéma fermé (semaine 7)
Ici est archivé le journal de bord du confinement de la semaine du mercredi 29/04 au mardi 5/05/2020  Mercredi 29 avril, jour 44 de l’après PCA (Paysans & Consommateurs Associés)
Aujourd’hui, mercredi 29 avril de 18h à 19h livraison dans le hall du cinéma des paniers de légumes, oeufs, fromages d...

Journal de bord d'un cinéma fermé (semaine 6)
Ici est archivé le journal de bord du confinement de la semaine du mercredi 22/04 au mardi 28/04/2020  Mercredi 22 avril, jour 37 de l’après La séquence du confiné #34 La séquence précédente était extraite de L’as de pique, premier long métrage de Miloš Forman. Réalisé en 1964, le film suit les a...

Journal de bord d'un cinéma fermé (semaine 5)
Ici est archivé le journal de bord du confinement de la semaine du mercredi 15/04 au mardi 21/04/2020  Mercredi 15 avril, jour 31 de l’après Comme la semaine dernière, nous vous soumettons ce mercredi quelques suggestions de films à voir (voir colonne de gauche). La semaine dernière c’était la ré...

Journal de bord d'un cinéma fermé (semaine 4)
Ici est archivé le journal de bord du confinement de la semaine du mercredi 8/04 au mardi 14/04/2020  Mercredi 8 avril, jour 24 de l’après PCA (Paysans & Consommateurs Associés)
Aujourd’hui, mercredi 8 avril de 18h à 19h livraison dans le hall du cinéma des paniers de légumes, oeufs, fromages de ...

Vendredi 18 Octobre 2019 à 14h15

FIFIB - DOUCE FRANCE

En présence du réalisateur Rachid Djaïdani

TOUR DE FRANCE

Écrit et réalisé par Rachid DJAÏDANI - France 2016 1h33mn - avec Gérard Depardieu, Sadek, Louise Grinberg, Nicolas Marétheux, Mabo Kouyaté...

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

TOUR DE FRANCEC'est un gamin qui se donne des airs de dur à cuire, un petit poète du bitume parisien qui joue un peu les stars, un peu les caïds. Il a un beau brin de plume, un doux visage et un regard de faux méchant qu'il cache précautionneusement sous la visière de sa casquette ou derrière un casque de moto. Comme dirait l'autre « il aimerait bien avoir l'air » mais il déborde clairement de sa panoplie de rappeur de base. Far'Hook, donc, à la scène, vingt ans, bourré de talent et un petit nom qui commence à se faire connaître même s'il peine à vraiment percer, vu que dans le rap comme ailleurs, pour les aspirants, la loi de la jungle est sans pitié. Et puis, en un rien de temps, pour une brusque embrouille, un clash imbécile avec un autre rappeur du genre plutôt sanguin, notre Far'Hook se voit instantanément et pour une durée indéterminée tricard des rues de Paris. Sous peine, quand même, de se prendre une balle, perspective qui le convainc rapidement de se mettre au vert quelques temps. Bilal, son « manager », plutôt roi de la débrouille, qui ne s'est pas toujours appelé Bilal, le charge de convoyer Serge, son paternel, qui doit rallier Liévin à Marseille.
Le gamin rimailleur des villes, se trouve confronté à un archétype du vieux grincheux des champs, lourd, râleur, haineux. Un veuf de cent et quelques kilos qui en veut à la terre entière d'avoir perdu sa femme après que son fils l'a quitté, un teigneux bouffi qui sent bien que tout se fissure, tout se délite autour de lui. Sa cité ouvrière du Nord qui n'en finit pas de tomber en ruines, sa vie d'artisan du bâtiment à la retraite qui s'étiole et se renferme au même rythme, comme a peu à peu disparu une certaine idée de la société, de son pays, la France, blanche, catholique, fière, industrieuse, qui n'est plus qu'une curiosité folklorique, un rêve perdu… La faute à l'autre, l'immigré, le musulman, l'Arabe, aux jeunes à casquette, aux dealers, aux gamins désœuvrés du voisinage dont le ballon de foot tape trop fort et trop souvent contre son mur.

Pas besoin de faire un dessin : de la confrontation improbable de ces contraires, de la cohabitation forcée du vieux « souchien » atrabilaire et du jeune beur frondeur qui incarne pêle-mêle toutes les causes de ses malheurs, va infailliblement naître une vraie, une belle rencontre. L'un comme l'autre, bardés de certitudes, se trouvent contraints de s'écouter mutuellement.
Rachid Djaïdani met une rare ferveur à raconter sa fable, se déleste de tout jugement, de tout second degré, de toute ironie, de toute cette connivence avec le spectateur qui est la marque de fabrique désagréable d'un cinéma français popu, chic et toc. Il fonce, prend les clichés à bras le corps et non seulement on se prend à marcher, mais on se rend progressivement compte à quel point on a besoin de croire avec lui à cette belle histoire d'aujourd'hui. Une des (nombreuses) belles idées du film, tient au prétexte improbable qui va guider nos Laurel er Hardy des temps post-modernes sur les routes. Le prolo misanthrope est par ailleurs peintre du dimanche – passionné, en fait, de peinture. Et il a fait la promesse à sa défunte épouse de refaire le tour des ports de France pour les peindre, comme Claude-Joseph Vernet à qui Louis XV avait passé commande quelque trois siècles plus tôt.

Le road movie sur fond de confrontation entre la peinture du XVIIIe et le rap, il faut une sacré dose de naïveté doublée d'un culot à toute épreuve pour s'embarquer dans un pareil périple sans verser dans le fossé au premier virage un peu serré. Pari gagné, parce que Rachid Djaïdani donne à son Tour de France tout en simplicité une délicatesse inattendue. Aidé en cela par Sadek, épatant pour ses débuts de comédien, et par un Gérard Depardieu dans le droit fil de ses compositions récentes pour Guillaume Nicloux, Delépine et Kervern, irrésistible de monstrueuse beauté et d'humanité.