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LE MONDE DU SILENCE Mardi 15, Mercredi 16, Samedi 19 et Dimanche 20 décembre, le cinéma Utopia de Bordeaux assurera symboliquement les séances initialement prévues dans son programme de réouverture. Les projecteurs seront allumés, les salles seront dans le noir et les images défileront sur nos écran...

BAD LUCK BANGING or loony porn

Écrit et réalisé par Radu JUDE - Roumanie 2020 1h46mn VOSTF - avec Katia Pascariu, Claudia Ieremia, Olimpia Măla, Nicodim Ungureanu... OURS D’OR, FESTIVAL DE BERLIN 2021.

Du 15/12/21 au 04/01/22

BAD LUCK BANGING or loony pornVoilà bientôt vingt ans que la cinéphiliee mondiale a été témoin d’une apparition passionnante : celle du nouveau cinéma roumain. Une génération de jeunes gens ayant assisté à la fin de l’ère Ceaușescu s’emparait alors de la caméra pour porter un regard d’un rare lucidité sur une société faussement débarrassée de son histoire et déjà plongée dans un néo-capitalisme sauvage. Cinéma du concret, à l’esthétique naturaliste souvent nappée d’humour grinçant, la nouvelle vague roumaine choisit presque toujours des personnages familiers dans le but de mieux décortiquer ce qui semble commun mais comporte de nombreuses répercutions sociales. En un mot, les jeunes cinéastes roumains ont ramené l’ordinaire dans le champ politique. Et les Cristi Puiu, Cristian Mungiu, Corneliu Porumbuiu, Radu Jude… l’ont fait sans prétendre capter la stricte réalité, mais en inventant des partis pris formels qui ne manquent jamais de questionner la place, voire la complicité du spectateur.

Bad luck banging nous plonge justement sans attendre dans la question du registre des images puisqu’il commence par une séquence de plusieurs minutes de sextape porno amateur : relation explicite et consentie entre une femme et un homme filmée avec un téléphone portable. Sans doute Radu Jude tient-il à nous montrer ces images sans fard et dans leur intégralité car elles sont précisément l’objet du nœud moral à venir. Le couple que l’on voit, c’est Emi, une enseignante en école primaire, et son mari Eugeu qui a – d’une manière ou d’une autre – laissé la vidéo se retrouver sur un site internet pour adultes. Malgré les efforts d’Emi pour en contenir la diffusion, sa réputation et son poste se retrouvent vite en jeu : les parents d’élèves réclament sa démission. Mais elle n’entend pas céder à la pression, estimant qu’elle n’a rien à se reprocher. Qui ces images choquent-elles vraiment ? Et quelles responsabilités ces parents pointent-ils, puisque leurs enfants ne sont de toute façon pas censés tomber sur ce genre d’images ? Nous voilà donc plongés dans un dilemme détonnant autour de la vie privée à l’ère des images virales et des fausses valeurs morales en circulation.
Pour rendre compte de cette problématique, l’iconoclaste Radu Jude a conçu une structure parfaitement libre en trois parties. Dans la première, nous suivons Emi dans les rues de Bucarest, affairée à contenir le problème par téléphone ou en rendant visite à différents protagonistes. Par opposition à la prétendue grossièreté des images initiales, c’est l’occasion pour le cinéaste de confronter notre regard à une autre vulgarité ambiante, celle de la société roumaine filmée en pleine pandémie (une particularité intéressante du film est que tout le monde porte un masque chirurgical) où l’espace public se partage entre consumérisme agressif et manque quasi systématique de considération pour autrui. La deuxième partie, proche de l’essai, prend congé du récit à proprement parler pour proposer un abécédaire élaboré à partir d’images issues de multiples sources (archives, internet, publicité, arts, etc), puisant dans l’histoire lointaine ou récente de la Roumanie afin d’évoquer ses incohérences les plus gênantes. Entre collages et décalages, Radu Jude élabore un véritable art du montage qui ne manque pas de provoquer les esprits les plus ouverts. Enfin, la troisième partie revient à notre époque pour suivre la fin de journée d’Emi, confrontée à ses opposants dans la cour de l’école transformée en tribunal populaire, où chacun expose avec de moins en moins de retenue ses arguments les plus cruels et réactionnaires, jusqu’à une fin particulièrement étonnante.

L’architecture ainsi construite par Radu Jude laisse pleinement le spectateur construire son regard sur les rouages de ce que notre époque peut fabriquer de plus sombre. À cela, Bad luck banging oppose ses remèdes, modestes mais dévastateurs : l’ironie face à la médiocrité humaine, le discernement face au chaos généralisé et une bonne dose d’autodérision.