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FRIDA, VIVA LA VIDA

Giovanni TROILO - documentaire Italie 2020 1h35mn VOSTF - Commentaire dit par Asia Argento.

Du 01/12/21 au 21/12/21

FRIDA, VIVA LA VIDAVoici un documentaire aussi exubérant et bigarré que l’était Frida Kahlo et son Mexique natal. Peut-être fit-elle d’elle-même, de son corps mutilé, sa première œuvre d’art, non par narcissisme, mais guidée par le besoin impérieux de transcender sa douleur, de ne pas se laisser terrasser par elle. Près de 70 ans après sa disparition, le message de résistance que nous envoie cette survivante à travers ses toiles n’a pris aucune ride. « Dépêchons nous d’en rire en attendant la mort ! », s’exclamait notre regretté Desprosges… « Viva la Vida », Vive la vie, écrit Frida – consciente que la camarde la talonne – au bas de sa dernière toile qui offre à nos lèvres gourmandes de généreuses tranches de pastèques à croquer à pleines dents. Et ce n’est pas rien ! Frida, avant que d’être une femme avec ses failles, ses contradictions, c’est une force vitale qui n’abdique jamais. Ce sont plus que des témoignages admiratifs qui émaillent cette heure et demi de film, ce sont de véritables déclarations d’amour vibrantes pour cette pétillante luciole à l’existence trop courte, cette résiliente qui nous invite inlassablement à dépasser nos peines. Du fond de ce pays mystérieux vers lequel nous allons tous, elle continue de nous souffler qu’être heureux est toujours possible, pour peu qu’on refuse le malheur. Le rythme de ce documentaire très luxuriant, très pop, à l’instar de l’univers de la peintre, nous la rend très présente, vivante. On ressort tout émus de mieux la connaître, mais bien nostalgiques de ne pas l’avoir vraiment connue.

Ce sont les œuvres de Frida qui guident nos pas dans les siens. Elles agissent comme une mise en abyme perpétuelle, une boucle sans fin entre son histoire et sa représentation, ses représentations. L’attachement des muséographes, de ceux et celles qui commentent, racontent, analysent, leur passion inextinguible, deviennent vite communicatifs. Au gré d’un tourbillon d’images, de mots, de chorégraphies, de musiques enjouées et tendres, qui nous transportent dans son univers intime, la petite Mexicaine devenue une grande dame, une légende pour les siens, nous apparait de plus en plus humaine, charnelle. À travers ses écrits, ponctués par les commentaires d’Asia Argento, à travers ses coups de pinceaux, on décrypte son langage aussi métissé que ses racines,, européennes, indigènes… Tout en Frida explore une dualité constitutive, pleine d’une vitalité morbide, la liberté n’allant pas sans le joug, la lumière sans la pénombre, la modernité sans le folklore ancestral, mythologique. Frida est une femme morcelée à l’instar de son corps, mais surtout une battante en route vers l’indépendance, qui assumera ses choix, ne reniera rien, ne se privera d’aucune nourriture terrestre ou relation tumultueuse. Son parcours, ses aventures, nous immergent dans une époque peuplée de personnalités hautes en couleur : d’abord le peintre Diego Rivera qui deviendra son mari, puis Léon Trotsky, André Breton, Picasso et Vassili Kandinsky… Mais, à l’image de la civilisation zapotèque, réputée pour être matriarcale, elle ne restera pas dans l’ombre des hommes, refusant tous les enfermements, préférant parfois leurs femmes.

Engagée, considérée par certains comme une sainte, par d’autres comme une féministe, Frida Kahlo ne fera en tout cas jamais partie ce celles que l’on peut enfermer dans une case. « On me prenait pour une surréaliste. Ce n’est pas juste. Je n’ai jamais peint de rêves. Ce que j’ai représenté était ma réalité. »