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EN CORPS

Cédric KLAPISCH - France 2022 2h - avec Marion Barbeau (première danseuse de l’Opéra de Paris), Hofesh Shechter, Denis Podalydès, Pio Marmaï, Muriel Robin, François Civil, Souheila Yacoub… et avec les danseuses et danseurs du Ballet de l’Opéra de Paris et de la compagnie d’Ho... Scénario de Cédric Klapisch et Santiago Amigorena.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

EN CORPSTout commence dans les coulisses de l’Opéra de Paris. Le rideau de velours rouge est encore baissé, la tension est palpable, les danseurs se consacrent à leurs derniers mouvements d’échauffement. Élise est là, nerveuse elle aussi puisqu’elle est au cœur de ce ballet, jeune étoile d’une pièce classique du répertoire jouée depuis tant d’années dans ce lieu mythique et prestigieux de la danse classique. La lumière s’estompe, viennent les premières notes, les premières pointes…
Ces dix premières minutes de En corps, générique extrêmement soigné inclus, sont époustouflantes et nous rappellent à quel point la magie du cinéma n’est pas un vain mot : nous sommes immédiatement sous le charme. Il y a quelque chose de spécial, dans ce film de Cédric Klapisch. Certes on retrouve les codes de son cinéma : une joie sincère, un humour toujours vivifiant et cette manière de raconter les histoires d’amour de la jeunesse avec une fraîcheur intacte (et pourtant, L’Auberge espagnole, c’était il y a vingt ans !). Mais une maîtrise, une profondeur nouvelles viennent ici parfaire le tableau, donnant à son quatorzième long métrage une envergure, une ampleur qui nous emportent. En corps est un magnifique hymne d’amour à la danse et montre que l’art sous toutes ses formes, quand il se vit avec sincérité, que l’on en soit acteur (comme Élise), ou heureux spectateur (comme le personnage interprété par Muriel Robin) nous élève, nous nourrit et nous relie au monde.
Ce n’est pas la première fois que Cédric Klapisch filme la danse : il avait déjà consacré un documentaire à la danseuse étoile Aurélie Dupont en 2010 et signé en avril 2020 un court-métrage, Dire merci, réalisé avec les danseuses et danseurs du Ballet de l’Opéra National de Paris pendant le confinement (à découvrir absolument). Mais En corps est sa première tentative de transmettre sa passion de la danse à travers une fiction, en mêlant acteurs et danseurs professionnels (Marion Barbeau, qui joue Elise, est formidable), et c’est une totale réussite.

Mais retrouvons Élise… Elle se blesse gravement lors de son entrée en scène dans La Bayadère (le ballet du début) et ne pourra plus danser, pendant plusieurs mois… Mais un mois, c’est mille ans pour elle qui a consacré sa jeune existence au ballet. A 26 ans, Élise ne sait rien faire d’autre que danser, comment alors envisager une autre vie, loin des parquets de l’Opéra de Paris ? Son père, quinqua râleur et maladroit (Bruno Podalydès) le lui avait bien dit : elle aurait du faire son droit, comme lui, pour avoir « un vrai métier ». Pour parvenir au sommet de son art, Élise, bien plus que de talent et de grâce, a dû faire preuve d’une détermination sans faille. Aujourd’hui, elle va devoir renouer avec cette force de caractère qui lui a permis, petite fille, de quitter son foyer pour intégrer l’école de danse de l’Opéra. Son corps, son meilleur allié, l’a trahie ? Qu’à cela ne tienne, elle va le dompter à nouveau, à sa manière, à son rythme, convaincue que danser est sa raison d’être.
Par le hasard d’un foodtruck et d’une résidence d’artistes perdue au cœur de la Bretagne, elle va rencontrer une troupe de danse contemporaine. Elle qui connaissait la sensation de légèreté des entrechats et des pirouettes, la délicatesse aérienne d’une pointe, va découvrir le rythme saccadé des pieds frappant le sol comme s’ils voulaient posséder la Terre, cette force brute des corps qui s’appellent et se répondent. Qu’importe alors le style, la musique et la tenue vestimentaire pourvu qu’il y ait l’envie, la vie, le mouvement encore et toujours.