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LA SOCIALE

Gilles PERRET - documentaire France 2016 1h24mn -

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

LA SOCIALEIl y a 70 ans, les ordonnances promulguant les champs d’application de la sécurité sociale étaient votées par le Gouvernement provisoire de la République. Un vieux rêve séculaire émanant des peuples à vouloir vivre sans l’angoisse du lendemain voyait enfin le jour. Le principal bâtisseur de cet édifice ô combien humaniste se nommait Ambroise Croizat. Qui le connait aujourd’hui ?
Et si, bien plutôt que financier, le grand trou de la Sécu était mémoriel ? C'est une des questions qu'on peut se poser après avoir vu La Sociale, le nouveau film de Gilles Perret (Ma Mondialisation, Walter, retour en résistance, Les Jours heureux, De mémoires d'ouvriers… autant de films qu'il est venu présenter à Utopia)… Le réalisateur se rend ainsi à l'École nationale de la Sécurité Sociale, qui forme les futurs cadres. Il y trouve un amphi au nom de Pierre Laroque, haut fonctionnaire gaulliste et premier directeur général de la Sécu. Mais pas même une petite plaque à la mémoire de son ministre de tutelle, le communiste Ambroise Croizat cité plus haut, dont une responsable de l'école avoue d'ailleurs ne pas savoir grand chose. On aura d'ailleurs une autre séquence sidérante d'ignorance crasse dans le bureau de Pierre Rebsamen, ministre socialiste du Travail au moment du tournage du film…




Mais au-delà du rôle plus ou moins éminent de tel ou tel, c'est la Sécu elle-même que Gilles Perret met en vedette. Pendant une heure et demie, la Sécurité Sociale qui comprend, ne l'oublions pas, les branches maladie, retraite et famille, n'est plus une histoire de déficit ou un objet de débat « comptablo-technique » mais redevient une immense œuvre sociétale. « La Sécu, c'est le droit de vivre » résume l'historien Michel Etievent, un des intervenants du film, en rappelant le cas de ce paysan forcé, avant guerre (donc avant la Sécu), de vendre deux de ses trois vaches pour que son fils puisse se faire opérer de l'appendicite. La Sécu, c'est la vie au sens strict, confirme la sociologue Colette Bec : en 1945, le taux de mortalité infantile est de 108 pour 1000 ; neuf ans plus tard seulement, il a été divisé par trois (37 pour 1000) et c'est avant tout grâce à la Sécu.
Gilles Perret prolonge ici l'exploration entamée avec Les Jours heureux (2013), qui était dédié aux avancées sociales extraordinaires initiées par le Conseil National de la Résistance. Il en reprend les mêmes ingrédients : des images d'archives remarquablement choisies, des précisions percutantes de spécialistes, des témoignages forts. Sans commentaire ni voix off. Et sans passéisme : si l'histoire, une fois de plus, occupe une place importante, tout le dernier tiers du film est tout à fait contemporain. En lui rappelant le passé, Gilles Perret aide le spectateur à mieux comprendre le présent et semble l'interroger sur l'avenir : « Et maintenant, on fait quoi ? » (d'après E. Renevier, Éco des Pays de Savoie)