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LOVING

Écrit et réalisé par Jeff NICHOLS - USA 2016 2h03mn VOSTF - avec Joel Edgerton, Ruth Negga, Marton Csokas, Michael Shannon, Nick Kroll...

Du 15/02/17 au 11/04/17

LOVINGLa vraie, belle, formidable réussite de Jeff Nichols, c'est d'avoir su restituer l'humanité, la simplicité, le refus catégorique de tout héroïsme de la part de Mildred et Richard Loving, amoureux, amants puis mari et femme, dont la petite histoire se retrouve au cœur d'un de ces tourbillons vertigineux qui façonnent l'Histoire. Pas qu'ils refusent le combat, ils ont si peu à y perdre, mais dans le tumulte qu'ils provoquent, ils se mettent volontairement en retrait, avec humilité et dignité. Et le film, d'une classe folle, tout aussi humble et digne, adopte leur regard et leur distance, les magnifie sans en faire des icônes, accompagne leur lutte sans jamais verser dans l'hagiographie, souligne l'émotion sans sombrer dans le pathos.
C'est que Mildred et Richard Loving ne se veulent en rien exemplaires de quoi que ce soit. Tout ce qu'ils demandent, en définitive, se résume en peu de choses : qu'on les laisse vivre, paisiblement, chez eux, élever leur petite famille, pas trop loin de leurs parents, dans ce petit coin d'Amérique rurale qu'ils ont toujours connu. Problème, et de taille : Mildred est noire, Richard est blanc – et dans l'État de Virginie où ils vivent, en 1958, le Racial Integrity Act en vigueur interdit les mariages mixtes, considérés comme une « menace à la paix et la dignité de la communauté ».

Richard Loving, maçon, un peu charpentier, est un taiseux, un rien tête de mule. Blanc, noir, qu'importe : sa famille, sa classe, n'est pas raciale mais sociale. Les ouvriers, artisans, paysans, qu'il côtoie dans son bled, à la santé desquels il trinque à la fin d'une semaine de labeur, n'ont pas de couleur. Qu'il bricole des carburateurs pour organiser des courses de voitures le Dimanche ou qu'il scelle, l'une après l'autre, des briques dans les murs qu'ils monte, les maisons qu'il bâtit, il avance dans la vie de la même façon : avec l'obstination, la certitude de faire quelque chose de droit, de juste, de bien. De fait, lorsque sa Mildred se retrouve enceinte, il ne cherche pas midi à quatorze heure : ils filent dans l'État voisin de Washington DC pour légaliser leur union – et ni une ni deux, presque ingénument, reviennent au nid filer le parfait amour et reprendre le train train de leur vie bien réglée. Arrêtés, jugés, ils sont condamnés à de la prison avec sursis, peine assortie de 25 ans d’exil hors du territoire de Virginie. Et comme il leur est dit, ce n'est pas de la ségrégation puisque noire et blanc encourent la même peine…
Transplantée à Washington, ville pleine de bruit, de danger et de fureur, la famille (rapidement enrichie de trois enfants) peine à retrouver l'harmonie antérieure. Mais c'est là, à la télévision, que Mildred découvre la figure de Martin Luther King et la grande marche pour les droits civiques. Là que la femme noire qu'elle est s'éveille à une conscience politique, là que va naître l'idée et grandir la détermination de se battre pour faire reconnaître son union, ses droits et ceux de sa famille.



L'affaire Loving vs. Virginia (Loving contre l'État de Virginie) est un épisode peu connu chez nous du « mouvement des droits civiques aux États Unis ». Pour autant, Jeff Nichols ne semble qu'à peine nous raconter le long combat des époux Loving, jusqu'au jugement de la Cour suprême des États Unis rendant inconstitutionnelles toutes les lois interdisant les unions mixtes. Pas de prêchi-prêcha, pas de coups d'éclat ni de confessions tire-larmes, pas de révélations fracassantes ni de vibrantes plaidoiries de tribunal, il fait l'économie de tous les poncifs du genre, laisse tout ce fatras hors-champ. Mais nous invite à partager du temps qui s'étire au quotidien, tout ce qui témoigne à l'évidence du « crime » de s'aimer. Dans une très belle séquence, alors que leurs avocats tentent de médiatiser l'« affaire Loving », un photographe du magazine Life vient dans leur retraite faire un reportage sur les époux hors la loi. Et, ne sachant où trouver sa place, comment tirer le portrait de ceux-là qui ne pensent tellement pas à se mettre en avant, il finit par s'oublier, partager le bonheur simple de la famille et en tirer les plus beaux des clichés. De la même façon, Jeff Nichols met au rencard les effets de mise en scène virtuose qui ont fait sa petite renommée, comme si la fragilité du sujet, des personnages, imposait délicatesse, sobriété et respect. C'est insensiblement, tout comme Mildred semble toujours s'excuser d'avoir à combattre – mais n'en lâche pas la lutte pour autant – que se tisse le fil de la petite histoire qui la relie à la grande. Bien que relatant un épisode des années 60, Loving n'a rien de la reconstitution historique traditionnelle et, à cinquante ans de distance, tend un miroir à nos sociétés contemporaines, l'Amérique trumpiste au premier chef bien sûr, mais le repli réactionnaire ne semble pas connaître de frontières. Loving (le film) est un beau récit populiste, au vrai sens noble, littéraire, du terme. Un film qui nous raconte avec une empathie non feinte et sans la moindre condescendance, que ce ne sont pas les grandes figures héroïques, mais les gens du peuple, des Mildred et des Richard Loving, qui écrivent l'Histoire. C'est rarissime – et absolument enthousiasmant.

« Je ne suis toujours pas versée dans la politique, mais je suis fière que notre nom à Richard et à moi soit celui d'un arrêt de la Cour qui puisse favoriser l'amour, l'engagement, l'équité et la famille, ce que tant de personnes, noires ou blanches, jeunes ou vieilles, homo ou hétéros, recherchent dans la vie. Je suis pour la liberté de se marier pour tous. C'est de ça qu'il s'agit dans Loving (l'arrêt) et dans loving (l'amour). » (Mildred Loving, en 2007)