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TEMPÊTE DE SABLE

Écrit et réalisé par Elite ZEXER - Israël 2016 1h28mn VOSTF - avec Lamis Ammar, Ruba Blal, Hitham Omari, Khadija Aladel... Grand prix du jury, Festival de Sundance 2016. Pour son premier film, la jeune réalisatrice a placé haut la barre….

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

TEMPÊTE DE SABLEPremière scène simple et réjouissante : un père, Suliman, confie le volant à sa fille Layla. On est sur une petite route poussiéreuse, perdue et interminable qui trace tout droit vers leur village dépareillé. Le désert du Néguev, on l'apercevra peu, aux antipodes de celui des cartes postales. La seule tempête qui va secouer cette petite communauté bédouine sera celle qui se déroulera au cœur des hommes. Ou plutôt dans la tête des femmes, omniprésentes, comme autant de minuscules grains de sable perdus et ballotés dans des mécanismes sociaux qui les dépassent. Ce n'est pas parce que l'histoire prend sa source au fin fond d'Israël, à la frontière de la Jordanie, qu'elle ne fera pas résonner en nous quelque chose d'étrangement familier.

Entre le père et sa fille, à laquelle il apprend à conduire, transparaissent une complicité, une affection et une admiration indéfectibles. On devine que sous les traits de cette étudiante sérieuse se profile la promesse d'un avenir lumineux où les femmes auraient voix au chapitre, le choix de leur devenir, de leur carrière. Layla semble animée par une rage vitale, rentrée, maîtrisée, une volonté inaliénable qui lui permettront d'aller plus loin que ses ancêtres ne le pouvaient. On y croit ! On a envie d'y croire ! Bien sûr, lorsqu'on arrive près des demeures rapiécées, parfois miteuses, le père reprend le volant. Le doute fait une première brève incursion… Là les regards épient, les langues critiquent, les traditions reprennent le dessus. Il y a des choses qui ne se font pas, que l'on n'évoque pas, même si la modernité semble en marche.
La seconde fille de la famille c'est Tasnim, la cadette d'une douzaine d'années. Envers elle, le même lâcher prise semble régner. Privilège de l'âge ? De sa petite taille qui fait qu'on l'oublie ? De ses allures de garçon manqué ? Elle semble pouvoir traîner ses guêtres et ses oreilles un peu partout en se faisant oublier des adultes. C'est donc par elle que les informations arrivent parfois, de manière déconcertante. Trop spontanée et sans malice, la langue bien pendue, elle ne sait pas encore qu'il vaut parfois mieux se taire. Témoin malicieux et innocent qui fera naître bien des remous dans la maisonnée.
Et puis il y a la mère, Jalila, maîtresse femme, personnage qui n'a pas fini de nous étonner, peut-être le plus subtil, le plus profond. De prime abord elle apparaît plus rêche, moins progressiste que le père. Toujours en train de rappeler à l'ordre, de surveiller la mise de ses filles… qui comprendront plus tard la justesse et la portée de ses propos d'une lucidité douloureuse. Quand leurs vies et les rapports avec leur paternel vont basculer le jour où ce dernier ramène une seconde femme au village. Le jour des noces, c'est Jalila qui réceptionne dignement la jeune mariée au visage lourdement poudré de blanc, engoncée dans une robe naïvement immaculée. L'intruse aura le statut de seconde épouse tant que Jalila assurera celui de première. Amères sont les félicitations que les vaincus adressent aux vainqueurs.

Suliman met la dose pour accueillir sa nouvelle et beaucoup plus jeune compagne. La différence de traitement entre les deux maisonnées devient chaque jour plus criante. Mais si la cage de l'une est plus dorée que celle de l'autre, elle n'en reste pas moins liberticide. Rien n'est aussi simple et aucune de ces femmes, aux caractères ciselés par le vent et l'aridité de terres ingrates depuis des générations, ne l'ignore. Les victimes désignées sont parfois plus résistantes que leurs bourreaux et les bourreaux plus lâches et soumis qu'il n'y paraît. Tous et toutes complices d'un système archaïque, aux multiples facettes et aux rouages vicieux, contre lequel aucun pion du jeu ne peut gagner la partie seul.