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CINÉ TRICO'THÉ
    Prochain CINÉ TRICO’THÉ, le samedi 7 octobre pour la séance de CRASH TEST AGLAE à 14h15. Retrouvons-nous dans le hall après la projection du film, pour en discuter autour d’un thé et … tricoter ! Disons vers 15h30 !... Lire CINÉ TRICO'THÉ...

SÉANCES BÉBÉS
Les séances “bébé” sont des séances où les parents peuvent venir avec leur nouveaux nés. Et déguster un film pendant qu’ils roupillent dans leurs bras. Les séances sont évidemment ouvertes à tous les spectateurs, il suffit de savoir qu’il peut arriver qu’un bébé fasse du bruit en suçant son pouc...

Après «120 BPM», épargnez-nous vos louanges
Tribune de Didier Lestrade, journaliste, écrivain, cofondateur d’Act Up et de Têtu, parue dans Libération le 30 mai 2017 Il y a encore deux mois, ma mère me disait à table : ­«Didier, tu as tout fait contre le sida, c’est bien, maintenant, il faut que tu tournes la page et que tu écrives sur a...

LES INITIÉS

John TRENGOVE - Afique du Sud 2016 1h28mn VOSTF - avec Nakhane Touré, Bongile Mantsai, Niza Jay Ncoyini, Thobani Mseleni... Scénario de John Trengove, Malusi Bengu et Thando Mgqolozana, d'après son roman A man who is not a man.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

LES INITIÉSC'est une étrange histoire de sueur, de sang, de salive et autres humeurs de source vive… Un récit rare parvenu de l'ancien pays de l'Apartheid, dont on ne peut empêcher l'ombre de rôder dans nos têtes même s'il n'est pas évoqué, même si on ne voit quasiment aucun blanc à l'écran. De la première à la dernière minute, on retient son souffle, subjugué par cette palpitante visite au pays des non-dits, plongé dans les arcanes de rites secrets accessibles uniquement à une minorité d'initiés. Pour les Xhosa, ethnie d'Afrique du Sud, on ne nait pas homme, on le devient. Dans cette cambrousse apparemment déserte, ils arrivent de tous les coins du pays, ces jeunes mâles Xhosa, sans réellement savoir ce qui les attend, mais avec la ferme conviction que, quelques semaines plus tard, abandonnant à jamais derrière eux les oripeaux étriqués de leur enfance, ils seront enfin considérés comme des hommes à part entière. Passage obligé que franchirent leurs pères, leurs grands-pères et tant de générations avant eux…
Pas sûr que Xolani aurait choisi cette voie. Pas sûr que son paternel, qui le confie à son instructeur, Kwanda, en recommandant à ce dernier la plus grande fermeté envers ce fiston qualifié de « trop faible », lui en ait laissé le choix. Mais c'est bravement que Xolani s'apprête à affronter les épreuves qui l'attendent. Il se joint au cercle des autres jouvenceaux qui, tout comme lui, malgré leurs airs bravaches, sont peu rassurés. Les présentations à peine faites, une première cérémonie débute, douloureuse, où tout se passe au dessous de la ceinture. Nul ne geint ni ne pleure. L'un après l'autre ils s'efforcent de garder un timbre de voix assuré pour proclamer leur masculinité. Puis chacun se réfugie dans l'intimité d'une hutte individuelle construite spécialement pour l'occasion.



Voilà Xolani en tête-à-tête avec son instructeur, chacun découvrant l'autre, l'observant du coin de l'œil dans l'impudeur de la douleur. Kwanda applique des cataplasmes, annonce à son initié la suite des événements, le rase, le badigeonne de blanc, sans ménagement. Au travers des gestes qui guérissent, précis, ancestraux, semblent s'immiscer des sentiments ambivalents, indicibles. Est-ce de l'envie, de l'empathie, un brin de sadisme ? Tout cela est trouble et le restera. Plus on se prend à essayer de qualifier les choses, plus elles nous échappent. On pressent bien que les apparences sont trompeuses : Kwanda pas plus que Xolani ne collent complètement aux standards qui prévalent dans leur société. Peu à peu les deux personnages déparent, dérapent, fascinent, toujours plus complexes, dérangeants.
Surtout lorsqu'un autre instructeur entre en lice : Vija, beau gosse inaccessible, puissant et musclé, sur lequel le regard de Kwanda s'éternise un peu trop, un brin songeur… Vous l'aurez compris à demi-mot, sous des gestes virils et parfois brutaux, il est question de désir… Un mot tabou entre deux hommes dans cette tribu où ceux qui se doutent feignent au mieux d'ignorer la chose. Et au pire… ? Aucun silence n'est éternel et ce jeu de non dupes ne pourra pas toujours durer. L'atmosphère se fait plus tendue, plus lourde, plus inquiétante… Malgré le soleil qui accable les êtres, plane une menace glaciale qui fait froid dans le dos…

Au-delà de la beauté hypnotique des images, cette fiction aborde une réalité complexe sans se contenter de raccourcis faciles. Elle donne à voir sans tout déflorer, questionne plutôt que de condamner. C'est tout à la fois rude et plein de tact. Il en fallait au réalisateur pour parler d'une communauté qui n'est pas la sienne et à laquelle il a laissé une large place, modifiant souvent le scénario lors du tournage, écoutant ses excellents acteurs, la plupart non professionnels et véritables Xhosa (tout comme l'était Nelson Mandela qui connut le même rite initiatique…).