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CINÉ TRICO'THÉ
    Prochain CINÉ TRICO’THÉ, le samedi 7 octobre pour la séance de CRASH TEST AGLAE à 14h15. Retrouvons-nous dans le hall après la projection du film, pour en discuter autour d’un thé et … tricoter ! Disons vers 15h30 !... Lire CINÉ TRICO'THÉ...

SÉANCES BÉBÉS
Les séances “bébé” sont des séances où les parents peuvent venir avec leur nouveaux nés. Et déguster un film pendant qu’ils roupillent dans leurs bras. Les séances sont évidemment ouvertes à tous les spectateurs, il suffit de savoir qu’il peut arriver qu’un bébé fasse du bruit en suçant son pouc...

Après «120 BPM», épargnez-nous vos louanges
Tribune de Didier Lestrade, journaliste, écrivain, cofondateur d’Act Up et de Têtu, parue dans Libération le 30 mai 2017 Il y a encore deux mois, ma mère me disait à table : ­«Didier, tu as tout fait contre le sida, c’est bien, maintenant, il faut que tu tournes la page et que tu écrives sur a...

SAYONARA

Écrit et réalisé par Kôji FUKUDA - Japon 2015 1h52mn VOSTF - avec Bryerly Long, Geminoid F, Hirofumi Arai, Makiko Murata... D'après la pièce de Oriza Hirata.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

SAYONARAC’est historique : Sayonara est le premier film où une actrice humaine partage l’écran avec un androïde. On ne parle pas là d’un robot aux apparences humaines interprété par un acteur, ni d’effets visuels créant l’illusion d’un androïde à l’image. Non, cette fois-ci, le seuil de la vraisemblance est franchi puisque le rôle de Leona est tenu par un androïde bel et bien réel nommé « Geminoïd F » qui a été programmé pour jouer dans le film. Et il ne s’agit pas là d’un simple artifice car ce dispositif matérialise un avenir à peine anticipé où les androïdes domestiques feront partie du quotidien de nos sociétés les plus évoluées. C’est pour cela que, même s’il se situe dans un avenir indéterminé, Sayonara ne ressemble en rien aux films d’anticipation traditionnels : ici le fantasme du futur se confond avec sa présence concrète à l’écran. Dès lors, la science-fiction quasi réaliste de Kôji Fukuda s'éloigne du registre de la fantaisie pour se déployer sur un mode intimiste et songeur. L’univers apocalyptique est bien là, mais il prend la forme d’une lente errance paysagère ; la tragédie est inéluctable, mais elle progresse avec une étonnante douceur. Sayonara est certainement moins un film sur demain que sur une humanité en train d'engendrer son propre déclin, évoquant avec une infinie poésie ce qui en a été l'essence même.





Les couleurs sont lavées, légèrement ocres, et la lumière ondulante du soleil semble brûlante. Comme tous les résidents du pays encore présents sur le territoire, Tania attend d’être évacuée à l’étranger par les autorités. Cinq mois auparavant, le Japon a subi un désastre nucléaire rappelant sans hésitation la catastrophe de Fukushima. Treize de ses centrales ont explosé, laissant le pays dans un état invivable. Dans sa maison de campagne isolée, Tania vit aux côtés de Leona, son androïde de première génération que lui a offert son père quand elle était jeune. N'étant pas originaire du Japon et atteinte d'une longue maladie, Tania ne figure pas parmi les citoyens prioritaires. Dans les villes qui se vident, quelques laissés-pour-compte expriment encore leur rage à l'encontre du pouvoir qui organise l'exode des plus aisés avant tout. Alors que faire ? Il n'y a plus qu'à attendre : rien à reconstruire, rien à espérer de ces terres irradiées. Au début, les journées de Tania sont encore rythmées d'une promenade avec son amant ou par la visite d'une amie voisine. Mais peu à peu, l’androïde Leona devient sa seule interlocutrice, dans une relation crépusculaire où le vivant s’oppose au fonctionnel, où la sensibilité affronte la connaissance sans limite, où la dégénérescence fait face à l'impérissable.

Inspiré d'une courte pièce de théâtre d'Oriza Hirata, Sayonara (« Au revoir » en japonais, faut-il le rappeler) ne se place pas sous l’angle rebattu du clivage éthique entre l'homme et le robot. Le rapport entre Tania et Leona ne s’envisage pas comme une confrontation, mais plutôt comme un accompagnement où chacune se sait inapte à emprunter le chemin de l’autre. Au centre de leur relation, le poème Le Bateau ivre de Rimbaud, souvent récité par l'androïde, souffle sur tout le film sa substance : la lucidité face à la mort et sa consolation par la beauté du monde. Kôji Fukuda accomplit un travail impressionnant sur le temps qui, tour à tour, s'écrase et se distend. La contamination du monde conduit à un ralentissement généralisé qui plonge le film dans un état fantomatique, proche de la somnolence. Le formalisme soigné des images, rappelant le cinéma de Tarkovski ou de Sokurov, renforce l’apparition d’une étrange poésie où le lâcher-prise rejoint la pure
contemplation.