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CINÉ TRICO'THÉ
    Prochain CINÉ TRICO’THÉ, le samedi 7 octobre pour la séance de CRASH TEST AGLAE à 14h15. Retrouvons-nous dans le hall après la projection du film, pour en discuter autour d’un thé et … tricoter ! Disons vers 15h30 !... Lire CINÉ TRICO'THÉ...

SÉANCES BÉBÉS
Les séances “bébé” sont des séances où les parents peuvent venir avec leur nouveaux nés. Et déguster un film pendant qu’ils roupillent dans leurs bras. Les séances sont évidemment ouvertes à tous les spectateurs, il suffit de savoir qu’il peut arriver qu’un bébé fasse du bruit en suçant son pouc...

Après «120 BPM», épargnez-nous vos louanges
Tribune de Didier Lestrade, journaliste, écrivain, cofondateur d’Act Up et de Têtu, parue dans Libération le 30 mai 2017 Il y a encore deux mois, ma mère me disait à table : ­«Didier, tu as tout fait contre le sida, c’est bien, maintenant, il faut que tu tournes la page et que tu écrives sur a...

JEUDI 14 SEPTEMBRE à 19h30, séance suivie d'une rencontre avec Didier Lestrade - journaliste, co-fondateur et président d'Act Up Paris, auteur du livre "Act Up-une histoire" (en 2000, éd. Denoël) qui a inspiré le film.
En partenariat avec la Librairie Le grain des mots.

120 BATTEMENTS PAR MINUTE

Robin CAMPILLO - France 2017 2h20mn - avec Adèle Haenel, Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois, Antoine Reinartz, Felix Maritaud, Mehdi Touré, Aloïse Sauvage, Simon Bourgade... Scénario de Robin Campillo et Philippe Mangeot. Festival de Cannes 2017 : Grand Prix et Prix de la Critique internationale.

Du 23/08/17 au 17/10/17

120 BATTEMENTS PAR MINUTEIls étaient jeunes, fougueux, gourmands à vouloir goûter jusqu'aux fruits défendus. Certains timides, d'autres exubérants, de tous horizons et de tous styles. Tous avaient la vie devant eux et mordaient dedans à bouche que veux-tu, sans complexe, sans crainte, sans penser à s'économiser, ni à se protéger. Mai 1968 était passé par-là, puis 1982 avec des modifications de loi, un vent de liberté semblait vouloir balayer les préjugés rétrogrades. On avait le droit d'aimer qui on voulait ouvertement, ou presque, et on n'allait pas s'en priver ! Insouciance savoureuse des années 1990…
Puis parvinrent des rumeurs lointaines, incertaines, sur une maladie qui frappait on ne savait encore trop comment, laissant libre cours aux fantasmes les plus extravagants. Soudain il devenait périlleux de boire dans le verre d'un autre, de croquer dans la même pomme, d'échanger des baisers, sans parler de la gaudriole… Une partie du microcosme hétérosexuel tentait sottement de se rassurer en constatant que les victimes appartenaient principalement à la communauté gay. Les pires pisse-froid moralisateurs allaient même jusqu'à y voir l'intervention ciblée d'une main invisible punissant les liaisons contre-nature des seuls « pédés ». C'était avant de constater que le fléau s'abattait également sur « d'innocents » hémophiles… avant qu'on ne comprenne le mode de propagation du virus du Sida…




Le film démarre dix ans plus tard dans un petit amphithéâtre plein comme un œuf, lors d'une vivifiante réunion d'Act Up Paris. On y discute stratégie, on décide des actions, l'imagination est au pouvoir. Ils s'appellent Pierre, Paul, Jacques, Nathan, Sophie, Éva, Hélène, Muriel… ils ont pour eux la fougue, la jeunesse, ou pas, ils sont homo, gouines, ou pas… Séropositifs, en pleine santé, ou pas… En dépit de leurs différences, de leurs egos, de leurs grandes gueules, ils sont tous animés par cette magnifique ambition : rendre visible les invisibles, ceux qui meurent dans un silence gouvernemental irresponsable, voire coupable, parce que complice des laboratoires pharmaceutiques qui privilégient leurs intérêts financiers au détriment de l'intérêt général ! Sempiternel leitmotiv qui rend l'épopée de ces activistes atemporelle si bien que, des années plus tard, elles résonne toujours aussi puissante, brûlante d'actualité, d'urgence. Ensemble ils vont construire une forme de lutte joyeuse, impertinente qui n'a pour tous moyens que la solidarité, le courage, l'intelligence collectifs.
Face à l'injustice, à l'indifférence, au mépris, ils ne vont baisser ni les yeux, ni les bras ! Ils vont s'acharner, développer une forme d'expertise pour aller se confronter aux élus, aux médecins, faire activer la mis en place des traitements. Ils étaient à l'avant garde de leur temps, ils le seront aussi en matière de VIH. Vivre intensément ! Lutter férocement ! Bien loin du « pour vivre heureux, vivons cachés » cher à notre époque, ils vont crier à la face du monde ce qu'il ne veut pas entendre. S'ils provoquent, montrent leur nombril ou leur cul, ce n'est pas dans l'espoir d'obtenir plus de « like » sur une page, mais pour secouer le cocotier d'une société muselée par les tabous.
120 battements par minute… C'est comme une accélération du cœur, une accélération du temps pour ceux qui n'en ont plus à perdre. 120 bpm, musique, ce n'est pas le tempo d'un requiem, c'est celui d'un rythme qui percute, d'une ode à la vie, à la force vitale. C'est le tempo des corps qui se cherchent, qui se trouvent avant de s'enlacer éperdument, tendrement dans l'intimité de la nuit… L'eurythmie d'une jeunesse qui exulte, qui court, danse fougueusement sur l'air de Smalltown boy de Bronski Beat pour faire la nique à la mort ! Même le dance-floor peut-être un terrain de jeu politique.

Robin Campillo nous fait rentrer magnfiquement dans l'intimité d'un combat qui fut aussi le sien (et n'oublions surtout pas son co-scénariste Philippe Mangeot qui fit aussi partie de l'aventure). À la Grande Histoire d'une génération, il mêle des histoires individuelles émouvantes mais sans pathos, il raconte la peur, la grandeur et la noblesse d'âme de ses compagnons de colère, parfois perdus en route. Ce n'est pas pour rien qu'il a su galvaniser une pléiade d'acteurs qui interprètent ces engagés de la première heure de façon juste et formidable ! Après l'accueil triomphal au Festival de Cannes, les avant-premières de 120 battements par minute soulèvent un enthousiasme extraordinaire : n'hésitez pas, rejoignez le mouvement !