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SÉANCES BÉBÉS
Les séances “bébé” sont des séances où les parents peuvent venir avec leur nouveaux nés. Et déguster un film pendant qu’ils roupillent dans leurs bras. Les séances sont évidemment ouvertes à tous les spectateurs, il suffit de savoir qu’il peut arriver qu’un bébé fasse du bruit en suçant son pouc...

CINÉ TRICO'THÉ
    Prochain CINÉ TRICO’THÉ, le samedi 2 décembre pour la séance de AU REVOIR LA-HAUT à 13h50. Retrouvons-nous dans le hall après la projection du film, pour en discuter autour d’un thé et … tricoter ! Disons vers 15h40 !... Lire CINÉ TRICO'THÉ...

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À force de tricoter bien au chaud, en papotant au ciné, un projet est né :  l’envie de réaliser un ouvrage collectif, de petits carrés d’environ 10cm x10cm, cousus les uns aux autres pour former des couvertures. Que nous enverrons à l’Auberge des migrants, à Calais. L’hiver approche – plus r...

LE MUSÉE DES MERVEILLES

(WONDERSTRUCK) Todd Haynes - USA 2017 1h57mn VOSTF - avec Oakes Fegley, Millicent Simmonds, Julianne Moore, Michelle Williams, Amy Hargreaves... Scénario de Brian Selznick, d'après son roman graphique Black out. Pour les enfants à partir de 10 ans.

Du 13/12/17 au 26/12/17

LE MUSÉE DES MERVEILLESFugue : n.f. I. Composition musicale caractérisée par une entrée successive des voix, un thème répété ou suivi de ses imitations, qui forme plusieurs parties qui semblent « se fuir et se poursuivre l'une l'autre » (Rousseau). II. Action de s'enfuir momentanément du lieu où l'on vit habituellement. Escapade.




Il est évidemment peu probable que ni Todd Haynes ni Brian Selznick se soient plongés dans le Nouveau Petit Robert de la langue française au moment de mettre en œuvre ce délicat autant que somptueux Musée des merveilles. De fait, si l'analogie avec la forme d'écriture musicale tombe presque sous le sens tellement elle colle avec le film, on a bien vérifié : pas plus dans la langue de Shakespeare que dans celle de Dylan, a fugue ne signifie une fuite ou une escapade. Mais flûte ! On conviendra qu'il y a des concordances troublantes. Car enfin, Le Musée des merveilles nous entraine bel et bien sur les pas de deux enfants fugueurs dont les routes, à 50 ans d'écart, vont se chevaucher, s'entrecroiser, dessiner les deux motifs d'un même voyage et qui semblent, effectivement, « se fuir et se poursuivre » l'un l'autre. Deux gamins, deux fugitifs en apparence aussi dissemblables que possible, presque les deux héros de deux films mais tous deux inextricablement liés par un destin commun, par la même ivresse de liberté au fil de leur découverte d'un toujours plus vaste monde. Et tous deux, pareillement handicapés, accidentellement ou depuis toujours totalement insensibles aux bruits et à la rumeur du monde, le dévorent du regard pour ne pas rester isolés dans leur surdité.
1927, New Jersey : Rose vit dans le silence avec un père à peine présent dans une trop grande maison de maître et se languit de sa mère absente – célèbre actrice du cinéma muet sur laquelle elle collectionne les articles de presse. Elle abandonne ses cours assez barbants de langage des signes pour filer à l'anglaise, déterminée à retrouver son héroïne qui joue au théâtre à New York.
1977, Minnesota : Ben vient de perdre sa mère et vit chez sa tante, à un jet de pierre de ce qui fut sa maison. Il s'y réfugie aussi souvent que possible, à la recherche d'indices sur l'identité d'un père qu'il n'a pas connu – et y est, un soir frappé par la foudre. Devenu sourd, il s'échappe de l'hôpital, déterminé à retrouver son paternel à New York.
Pour découvrir New York en 1927 et raconter la quête de Rose, pour arpenter New York en 1977 et suivre celle de Ben, le film emprunte malicieusement la forme des films des deux époques. De façon très crédible mais sans que jamais l'exercice de style vire à l'académisme ni à la reconstitution embarrassante, Todd Haynes fait se répondre les époques avec légèreté, passe subtilement de l'évocation urbaine en noir et blanc et muette pour l'une, à la ville colorée, poussiéreuse et assourdissante du cinéma 70's pour l'autre, au gré des rencontres, des bonheurs et des déboires des enfants.

Mine de rien, on est là dans un cinéma intemporel, à des années-lumières des effets de mode et des sacrifices à l'air cynique du temps. Tout en retenue et en délicatesse, Todd Haynes nous offre au contraire un Musée des merveilles d'une douceur exquise – très drôle également – et réussit le tour de force de raconter la trajectoire des deux gamins sans que jamais leur handicap, pourtant le sujet central, ne soit utilisé comme un ressort tire-larmes. L'émerveillement du titre est le leur. Émerveillement des découvertes et des rencontres qu'ils font, mais aussi, surtout, devant leur propre capacité à prendre leur vie à bras le corps. D'une élégance un de ces grands films qui vous parsèment d'étoiles les yeux.