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FROST

Sharunas BARTAS - Lituanie / Pologne / Ukraine 2017 2h VOSTF - avec Mantas Janciauskas, Lyja Maknaviciute, Andrzej Chyra, Vanessa Paradis... Scénario de Sharunas Bartas et Anna Cohen Yanay. Directeur de la sublime photographie : Eitvydas Doskus.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

FROSTVenu de l’autre côté du froid, le lituanien Sharunas Bartas est le prince de la mélancolie fatale, du plan qui cristallise, des sentiments qui expirent, du monde qui s’efface. Bientôt trente ans que cette œuvre confidentielle, d’une admirable beauté formelle et d’une douleur sans fond, fait vivre cette couleur rare, ce blanc tremblant de la ténuité des choses et des êtres, sous le grand chapiteau du cinéma mondial…

Un couple de jeunes Lituaniens se retrouve, un peu par hasard et au terme d’une décision hâtivement prise, au volant d’une camionnette bourrée de vivres et de vêtements à destination des militaires ukrainiens qui défendent le territoire national contre les séparatistes russes. Munis de quelques laissez-passer et de leur inexpérience en matière d’action humanitaire, ils ne se doutent pas qu’un long et pénible périple les attend jusqu’au front.
Fort de cette entame, le spectateur attend quant à lui quelque chose qui s’annonce à la fois comme un road-movie, un film engagé, peut-être même un film de guerre. Si rien de tout cela n’est évidemment étranger à Frost, on sera probablement plus près de la vérité en disant qu’il s’agit plutôt d’un grand film d’amour. Il faudra en effet pas mal de temps pour s’apercevoir que Rokas et Inga se sont vraisemblablement engagés dans cette aventure intempestive peut-être moins pour s’éprouver comme citoyens du monde que comme couple. Frost serait à ce titre une sorte de Voyage en Italie (Rossellini) septentrional et postmoderne, au cours duquel un couple d’amoureux se perd dans les nuits alcoolisées et les steppes enneigées, avant de mesurer, devant le danger réel de la guerre enfin atteinte, enfin étreinte, à quel point l’imminence de la mort rend précieux l’amour et la vie.

Ce long voyage est d’ailleurs traversé de moments magnifiques. Le surréalisme de cet hôtel luxueux où se retrouvent une délégation d’humanitaires, les discours dont ils s’abreuvent, l’épreuve de l’infidélité qui s’y joue, avec une Vanessa Paradis absolument admirable dans le rôle d’une femme qui confie, au creux de la nuit, son désarroi amoureux au jeune Rokas. Plus loin, ces plans de neige et de désolation qui disent l’ultime et atroce vérité de la guerre, qui consiste simplement à tuer ou à être tué. Tout meurtri qu’il soit, l’humanisme de Bartas est là.

(J. Mandelbaum, Le Monde)