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MADEMOISELLE PARADIS

Barbara ALBERT - Autriche / Allemagne 2017 1h37mn VOSTF - avec Maria Dragus, Devid Striesow, Lukas Miko, Katja Kolm, Maresi Riegner... Scénario de Kathrin Resetarits, d’après le roman Mesmerized d’Alissa Walser.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

MADEMOISELLE PARADISC’est bien le diable qui a joué un tour à Maria Theresia Paradis. Qui d’autre sinon pour lui offrir d’une main un si prodigieux talent et de l’autre la priver d’un bien aussi précieux que la vue ? Mademoiselle est un oiseau rare. Bien née d'une famille bourgeoise dans la Vienne étincelante de la fin du xviiie siècle, elle interprète avec une virtuosité extrême autant qu’exaltée des pièces de clavecin… sans pouvoir déchiffrer la moindre partition puisqu'elle a perdu la vue à l'âge de trois ans. On vient de loin observer ce spécimen de salon et l’on s’extasie en chœur durant les réceptions que donnent Monsieur et Madame von Paradis (Monsieur insiste sur le von, pourtant usurpé) pour la belle société. Ils ne manquent jamais une occasion de vanter les prouesses de leur fille Maria Theresia, sa fougue, son talent, sa dextérité… Il s’agirait d’un petit singe savant, ce serait pareil. Quand elle joue, Mademoiselle est tout entière absorbée par son art. Son visage se plie, se crispe, se tend et se détend, tout son corps se balance au rythme de ses doigts qui courent sur l’instrument. Elle n’a que faire de ses grimaces, de ses mimiques disgracieuses puisqu’elle ne voit pas les regards embarrassées que les autres portent sur elle. Mais sa mère autant que les représentants de la haute société viennoise qui n’aiment que la beauté, l’harmonie et la délicatesse n’omettent jamais de lui rappeler de faire taire cette vilaine nature qui fait offense aux bien voyants.

Après d’innombrables et vaines tentatives pour lui faire retrouver la vue, la science de cette époque étant pleine d’inventivité plus ou moins heureuse, sa famille décide de la confier aux bons soins d’un médecin controversé, aux méthodes avant-gardistes et prometteuses. Le docteur Frans Anton Mesmer a pu, grâce à la fortune de son épouse, créer une annexe dans sa grande demeure où il accueille quelques estropiés ou mal nés sur lesquels il tente de nouveaux traitements basés sur le magnétisme. Son « fluide » a déjà fait ses preuves mais fait aussi beaucoup parler de lui.
Et c’est ainsi que Maria Theresia devient l’une de ses pensionnaires. C’est pour elle un espace de liberté inespéré avec la perspective, peut-être, de redevenir autonome. C’est pour lui l’occasion d’approcher un être exceptionnel, complexe et talentueux et peut-être obtenir la guérison qui le ferait enfin reconnaître comme un grand scientifique.
Mais à part lui qui veut vraiment que Mademoiselle retrouve la vue ? La société viennoise dont les œillères sont si bien vissées qu’il lui est impossible d’admettre que la science peut défier les dessins divins ? La cour dont les nouvelles idées progressiste et humanistes issues des Lumières risqueraient de mettre en péril les privilèges ? Ses parents qui perdraient la pension d’invalidité en même temps que l’attraction exercée par leur petite pianiste aveugle ? Maria Theresia elle-même qui n’aura peut-être plus les mêmes capacités si la lumière lui revenait et qui ne souhaite pas forcément voir les contours de sa prison dorée ?

Mademoiselle Paradis nous livre l’histoire de ce personnage hors norme méconnu avec tout ce qu’il faut de justesse, d’émotion musicale et de beauté visuelle, la rencontre avec le très controversé Docteur Mesmer offrant au récit sa dose de mystère. La peinture de la haute société viennoise, qu'on voit cupide, dominatrice et uniquement tournée vers l’accession au niveau supérieur de l’échelle sociale, préfigure les bouleversements historiques à venir. Jeune femme exceptionnelle qui côtoya les plus grands compositeurs-interprètes de son temps, Mozart en tête, Maria Theresia Paradis défia les carcans de l'époque et fut avant l’heure une féministe engagée, pour la musique, pour les aveugles… Le diable en fut finalement pour ses frais.