LA GAZETTE
(à télécharger au format PDF)

NOUS TROUVER
(et où trouver la gazette)

NOS TARIFS :
TARIF NORMAL : 6,50€
CARNET D'ABONNEMENT : 47€ (10 places, non nominatives, non limités dans le temps, et valables dans tous les Utopia)
Séance sur fond gris : 4€
Moins de 14 ans : 4€
(paiements uniquement en chèques et en espèces)

RSS Cinéma
RSS Scolaires
RSS Blog

(Quid des flux RSS ?)

EN DIRECT D'U-BLOG

Le blog des profondeurs...
(de champ)

CINÉ TRICO'THÉ D'OCTOBRE
On reprend les bonnes habitudes et on se retrouve le premier samedi du mois d’octobre pour tricoter, siroter un thé, s’échanger des trucs et astuces en tout genre … et puis aussi discuter du film que l’on aura regardé ensemble. Cette fois ci nous avons choisi LA SAVEUR DES RAMEN réalisé par de E...

SÉANCES BÉBÉS
Les séances “bébé” sont des séances où les parents peuvent venir avec leur nouveaux nés. Et déguster un film pendant qu’ils roupillent dans leurs bras. Les séances sont évidemment ouvertes à tous les spectateurs, il suffit de savoir qu’il peut arriver qu’un bébé fasse du bruit en suçant son pouc...

CINÉ TRICO'THÉ, LE RETOUR!
   On reprend les bonnes habitudes et on se retrouve le premier samedi du mois de septembre pour tricoter, se raconter les vacances, siroter un thé glacé, s’échanger des trucs et astuces en tout genre … et puis aussi discuter du film que l’on aura regardé ensemble. Cette fois ci nous avons chois...

MY WONDER WOMEN

(Professor Marston and the Wonder Women) Écrit et réalisé par Angela Robinson - USA 2017 1h49mn VOSTF - avec Rebecca Hall, Luke Evans, Bella Heathcote, Connie Britton, Oliver Platt...

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

MY WONDER WOMEN« C’est, mon cher ami, la grande contribution de Wonder Woman à l’éducation morale des jeunes. Le seul espoir pour la Paix est d’enseigner aux jeunes gens pleins de dynamisme les bienfaits de se plaire à être ligoté. » (lettre de William Moulton Marston à son éditeur).

Alors qu’Hollywood n’en finit pas de produire, recycler, re-booter à jet continu du film de « super héros », on avait oublié, à force de remâcher le même brouet sans saveur, que ceux-ci auraient pu, aux origines, mitonnés avec de bons ingrédients, avoir un vrai goût. Et peut-être même être sacrément plus épicés qu’on ne l’aurait imaginé. Ainsi « Wonder Woman », à la différence de nombre de « sauveurs » masqués, encapés, venus de l’espace, fut conçue dès l’abord par son créateur, William Moulton Marston, comme un projet politique. Condensant une vie de recherche scientifique et incarnant une philosophie de vie, un projet de société, le personnage est aussi l’expression d’une vie intime hors normes et d’une enthousiasmante recherche d’absolue liberté.

Un drôle de coco, ce William Moulton Marston. Brillant prof de psycho à Harvard à la fin des années 20, il met au point avec sa femme le « polygraphe » – un ingénieux dispositif qui mesure les variations de sa pression artérielle selon que le cobaye dit ou non la vérité (joujou plus connu sous le nom de « détecteur de mensonge »). Une drôle de gisquette également, cette Elizabeth Holloway Marston. Multi-diplômée, scientifique qui partage (dirige ?) les recherches de son mari mais doit se contenter d’enseigner dans les universités pour filles, moins prestigieuses. Le couple détonne, même dans ces paradoxales années 1920, « années folles » où la griserie de la libéralisation des mœurs est farouchement combattue par les ligues de vertu qui étouffent la société américaine sous une chape de plomb morale. Les Marston s’accommodent de l’amour, de l’eau fraîche (coupée en cachette d’un peu d’alcool) et de la recherche scientifique qui est leur quotidien, vivent ensemble, travaillent ensemble, aiment ensemble. Et lorsqu’Olive, une jeune étudiante, se propose pour les assister dans leurs travaux, c’est presque naturellement qu’ils vont ensemble s’éprendre de la jeune femme, sans qu’on sache précisément qui séduit qui, et vivre comme précédemment, mais à trois, un (poly-)amour passionné. Ce qui finit par heurter quelque peu la bonne société d’Harvard…
Notre trio, sacrifiant tout plan de carrière à son idéal de vie, va vivoter cahin-caha, s’aimer beaucoup et enfanter un peu, expérimenter des voies inattendues pour pimenter leur vie amoureuse, jusqu’à ce que le Professeur qui sommeillait en William se réveille à l’aube des années 40. Les super-héros naissants connaissent un succès fulgurant, il imagine donc de transcrire son idéal de société matriarcale en mettant en scène une héroïne de papier, déesse venue à la rescousse du monde libre, le pendant féminin et politisé de Superman, l’homme d’acier. Avec ses spécificités bien à elle, puisqu’à longueur de pages, on l’attache, on la ligote, on la fesse joyeusement (quand ce n’est pas elle qui tient le bout de la corde), sans que jamais cette amazone de papier n’ait besoin de quelque sauveur mâle que ce soit pour se libérer des pétrins dans lesquels elle tombe. Le succès est fulgurant. La réaction des ligues de vertus, qu’il ne faut tout de même pas prendre pour plus tartes qu’elles ne sont, est tout aussi spontané, qui vont demander son interdiction.

Le film va et vient de l’audition devant la commission qui réglemente les publications destinées à la jeunesse aux différentes étapes de la vies de nos tourtereaux, qui portent en germe tout ce qui fera la force et la spécificité de leur héroïne. La réalisation, classique et soignée, ne surligne rien, ne surcharge pas la belle aventure d’Elizabeth, William et Olive, dont la puissance se suffit à elle-même. Angela Robinson se met en retrait, au service de cette histoire qu’on a toutes les peines du monde à imaginer réellement vraie. Belle image, beaux acteurs, belle écriture, le profond sentiment de liberté que le film dégage est étourdissant – mais emporte également avec lui une diffuse tristesse. Nous sommes donc en 2018, et cette Wonder Woman éclatante, enthousiasmante, dont les ligues n’avaient pas pu avoir la peau, a finalement plié devant un ordre moral contemporain beaucoup plus insidieux et finalement beaucoup plus efficace. Guettons donc le retour des épicuriens forcenés qui feront à nouveau voler en éclat tout cela !