LA GAZETTE
(à télécharger au format PDF)

NOUS TROUVER
(et où trouver la gazette)

NOS TARIFS :
TARIF NORMAL : 6,50€
CARNET D'ABONNEMENT : 47€ (10 places, non nominatives, non limités dans le temps, et valables dans tous les Utopia)
Séance sur fond gris : 4€
Moins de 14 ans : 4€
(paiements uniquement en chèques et en espèces)

RSS Cinéma
RSS Scolaires
RSS Blog

(Quid des flux RSS ?)

EN DIRECT D'U-BLOG

Le blog des profondeurs...
(de champ)

CALENDRIER - ACCESSIBILITÉ PMR partie 9
Chers spectateurs,Suite aux travaux de reconstruction, merci de noter que la rampe PMR ne sera pas accessible aux fauteuils roulants entre le mercredi 26 février et le vendredi 28 février inclus.N’hésitez pas à nous appeler (0467523200) pour connaître l’avancement des travaux afin de ne pas vous...

SÉANCES BÉBÉS
Les séances “bébé” sont des séances où les parents peuvent venir avec leur nouveaux nés. Et déguster un film pendant qu’ils roupillent dans leurs bras. Les séances sont évidemment ouvertes à tous les spectateurs, il suffit de savoir qu’il peut arriver qu’un bébé fasse du bruit en suçant son pouc...

CALENDRIER - ACCESSIBILITÉ PMR partie 8
Chers spectateurs.Actuellement, la rampe d’accès PMR est praticable.Veuillez noter qu’une nouvelle déconstruction/reconstruction est prévue, mais nous ne savons pas encore quand.Cordialement.... Lire CALENDRIER - ACCESSIBILITÉ PMR partie 8...

SWALLOW

Écrit et réalisé par Carlos MIRABELLA DAVIS - USA 2019 1h35mn VOSTF - avec Haley Bennett, Austin Stowell, Elisabeth Marvel, David Rasche, Denis O'Hare...

Du 12/02/20 au 03/03/20

SWALLOWRien de plus anodin qu'une petite bille de verre ; quoi de plus dérisoire qu'une punaise en métal ? Et quoi de plus troublant qu'une bouche entrouverte qui avale l'une et l'autre, dans un geste létal ?
Hunter Conrad a tout pour être heureuse : un riche et beau mari, le bien-nommé Richie, héritier de l'empire financier paternel, une grande maison de béton et de verre nichée entre un lac et une forêt profonde, une vie à l'abri des tracas matériels et du temps à ne savoir qu'en faire : l'American Dream tel qu'on le rêvait du temps des Trente Glorieuses, du président Eisenhower et des Cadillac roses ; mais comme dans les mélodrames flamboyants de Douglas Sirk, les banlieues les plus chics, comme les visages les plus lisses, cachent des fissures qu'un tremblement suffit à faire voler en éclats. Et ce tremblement, pour Hunter, va se manifester de la plus étrange des façons, le jour où elle apprend qu'elle est enceinte : un irrépressible appétit pour les objets, non plus au sens figuré sur un mode bêtement consumériste, mais littéral : Hunter engloutit une bille, puis une punaise, se blesse, saigne et recommence. Sa belle-famille, alarmée, décide alors de la soigner de force et de la surveiller étroitement pour éviter toute rechute, moins par souci de sa santé que pour garantir celle de l'enfant à naître. Mais si cette maladie qu'on lui diagnostique, dite de Pica, au lieu d'être la cause de son malheur, était au contraire le symptôme d'un malaise plus profond ?

Vous l'aurez deviné, Swallow est moins un documentaire sur le syndrôme de Pica, ou un thriller psychologique, que le portrait Cassavettien d'une « femme sous influence » entrant en rébellion contre elle-même et revendiquant son droit à exister, fut-ce au prix de sa santé mentale (et physique). Belle plante muette et docile, issue d'un milieu modeste que son mariage a extraite de sa condition, Hunter doit remplir dans la famille Conrad un rôle simple : sourire, servir son mari et engendrer sa descendance. Point. Personne ne l'écoute lorsqu'elle se risque à ouvrir la bouche, alors cette bouche elle va l'ouvrir pour autre chose. Si Hunter se met à avaler (to swallow) des objets, c'est peut-être et avant tout parce qu'elle est elle-même un objet aux yeux de ses proches.
Loin de se contenter de dépeindre la déréliction mentale d'une femme réduite à quia par la violence des rapports de domination exercée sur elle par un patriarcat qui ne dit plus son nom, Swallow explore au contraire la résilience d'une femme-enfant brisée par son passé mais qui cherche par tous les moyens à conquérir son indépendance. On la croit folle, quand ses actes mystérieux et apparemment auto-destructeurs ne sont peut-être que des efforts désespérés et inconscients pour se libérer de ses chaînes.
Toute l'habileté du récit tient dans la minutie avec laquelle Carlo Mirabella-Davis scrute ces signes de craquement, à la recherche du souffle de vie caché au fond de sa poupée de cire : un plissement des lèvres, un battement de cil, un imperceptible hochement de tête, autant de signes d'un malaise existentiel qui va déborder jusque dans la mise en scène : aux plans fixes et blafards, mortifères, de Hunter tournant en rond dans sa prison de verre, vont imperceptiblement succéder des mouvements d'appareils et l'apparition de teintes chaudes, quand elle cède à sa pulsion, puis quand elle prend conscience de ce que celle-ci signifie pour elle.

Brillamment mis en scène et interprété par des comédiens hors pair (mention spéciale à Haley Bennett qui s'offre là un rôle à la mesure de Mia Farrow dans Rosemary's baby), Swallow est une ode féministe à la liberté, au prix qu'il en coûte de la revendiquer, et aux dangers qu'on encourt à défier le statu quo et ses adorateurs, les brûleurs de sorcières de partout et d'ailleurs.