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MON COUSIN

Jan KOUNEN - France 2019 1h44mn - avec Vincent Lindon, François Damiens, Pascale Arbillot, Alix Poisson... Scénario de Jan Kounen, Fabrice Roger-Lacan et Vincent Lindon.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

MON COUSINPierre Pastié, c’est un genre de Bernard Arnault : le rejeton fortuné d’une grande famille dont le nom est à lui seul synonyme de réussite industrielle. Un gars né avec dans la bouche une cuiller en argent massif et dont l’activité consiste à faire fructifier la fortune reçue en héritage. En l’occurrence, Pierre est pédégé du Groupe Pastié, qui réunit les plus grandes marques internationales d’alcool mais aussi de grands crus classés. « Pastié : le goût du goût ». La devise familiale n’a pas seulement l’air ridicule : elle l’est. Nonobstant, notre Pierre, de contrat en réunion, d’assemblée en déplacements, court, vole, roule – court encore, le téléphone vissé à l’oreille et le point de croissance comme seul horizon.

Pas qu’on pense que c’est un fils à papa bien feignant (c’est sans doute là qu’il diffère de certains modèles), le moins qu’on puisse dire c’est qu’il mouille la chemise. Mais Pierre Pastié a un caillou dans son mocassin de luxe. Un caillou persistant qui se rappelle à lui tous les cinq ans. Car Pierre a hérité du bazar avec son cousin, Adrien, qui lui n’en a que fiche du « goût du goût » et du groupe Pastié. Rêveur, maladroit, d’une gentillesse spontanée, il soigne périodiquement son mal de vivre dans une clinique psychiatrique. Pour Pierre, Adrien, c’est « le fou ». Or, du « fou » il a besoin, tous les cinq ans, pour qu’il lui renouvelle devant notaire le mandat de gérer les affaires familiales. Il se trouve que cette fois, le groupe Pastié vacille et Pierre a un besoin vital de la signature de son cousin. Or Adrien est au plus mal et bien décidé à y mettre son nez, dans les affaires familiales, pour retrouver l’affection de Pierre. Pendant quelques jours, Adrien et Pierre vont donc cohabiter, poussés chacun par un besoin contradictoire de celui de l’autre. Et le contact des deux cousins, outre quelques étincelles, va produire des catastrophes en chaine.

Qu’on se le dise d’emblée : Mon cousin n’est résolument pas, du tout, le film le plus représentatif de l’œuvre de Jan Kounen. Plutôt adepte d’un cinéma au montage épileptique et nourri de prouesses visuelles (on lui doit aussi bien un Blueberry hermétique et halluciné qu’un documentaire fascinant sur le chamanisme amérindien), sa seule incursion à ce jour dans le domaine de la comédie, l’adaptation de 99 Francs de Beigbeder, ne le changeait guère de ses sujets (ni de sa forme) de prédilection. Or, ici, surprise ! À quelques rares scènes oniriques près et une séquence virtuose de crash aérien, on se pincerait pour y croire tellement il se trouve rangé, assagi, attentif à capter simplement l’humanité de ses personnages. Et on vous le dit tout net : ça lui va bien au teint. Il adapte sobrement sa mise en scène à la confrontation, tantôt douce et posée, tantôt raide et agressive, des cousins campés dans des registres très différents par Vincent Lindon et François Damiens, chacun évoluant à travers le regard de l’autre. Éberlué, ahuri, Pierre n’en finit pas de ronger son frein en observant la cascade de dégâts collatéraux que provoque l’irruption, comme un chien dans un jeu de quilles, du lunaire Adrien dans son environnement professionnel et familial. De son côté, le doux quoique dérangé Adrien est, suppose-t-on, susceptible à tout moment d’entrer en éruption : il observe avec une tristesse teintée de nostalgie les gesticulations d’un homme d’affaires qui lui semble totalement déconnecté de ses sentiments, voire des sensations humaines. Les compères, appairés par la force des choses, vont devoir voyager ensemble, traverser un nombre raisonnable d’épreuves et de catastrophes pour tenter de se retrouver, se reconstruire, chacun de son son côté, et renouer ensemble un lien qu’ils croyaient perdu.