UTOPIA SAINTE BERNADETTE
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SÉANCES BÉBÉS
Les séances “bébé” sont des séances où les parents peuvent venir avec leur nouveaux nés. Et déguster un film pendant qu’ils roupillent dans leurs bras. Les séances sont évidemment ouvertes à tous les spectateurs, il suffit de savoir qu’il peut arriver qu’un bébé fasse du bruit en suçant son pouc...

À LA VIE À LA MORT
Quelle joie de se retrouver sous les étoiles hier à Berat, en Haute-Garonne!Expo, rencontre et ciné avec Nevada. Quel bonheur.Déjà 200 personnes pour les prémisses d’un nouveau lieu vivant et pluridisciplinaire co animé par les habitants. Ce sont les premières festivités de l’été d’Utopia et du ...

Loi « sécurité globale » : « un outil pour permettre aux forces de l’ordre de cacher leurs dérapages »
Lu dans le journal Le Monde https://www.lemonde.fr/police-justice/article/2020/11/05/loi-securite-globale-un-outil-pour-permettre-aux-forces-de-l-ordre-de-cacher-leurs-derapages_6058574_1653578.htmlJournalistes indépendants, collectifs, associations et syndicats se mobilisent contre un texte qu’...

LA TERRE DES HOMMES

Naël MARANDIN - France 2020 1h39 - avec Diane Rouxel, Finnegan Oldfield, Jalil Lespert, Olivier Gourmet... Scénario de Naël Marandin, Marion Doussot et Marion Desseigne-Ravel.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

LA TERRE DES HOMMESOn croit à fond au bouche-à-oreille pour porter très haut ce film emballant, fortement ancré dans le monde agricole mais en dépassant largement le cadre : il est à lui tout seul un véritable condensé de société, intense, captivant, une œuvre politique au sens noble et donc humain du terme.

La foire aux bovins bat son plein, les voix s’élèvent fortes, masculines… Au milieu de cette assemblée, Constance (extraordinaire Diane Rouxel qui sera de presque tous les plans et dont on percevra les plus subtiles vibrations) dépare un peu. Trop jeune, trop jolie, trop menue, trop femme… Les enchères montent, pas assez, tandis qu’elle se tait mais que son regard en dit long. La déception est grande pour Bernard, le père (Olivier Gourmet parfait : c’est un pléonasme !) de la jeune paysanne : le prix tiré de la vente n’est pas à la hauteur d’un labeur sans relâche. Ne subsiste que la fierté d’accomplir un travail d’excellence. Mais ni la fierté, ni l’excellence ne paient les traites en retard et progressivement leur modeste exploitation agricole, comme tant d’autres, s’enlise dans la misère et le dégoût d’un redressement judiciaire improductif.


Mais Constance refuse de baisser les bras. En protégeant le terroir, en misant sur les niches délaissées par la grande distribution, elle ne doute pas de pouvoir redresser la situation avec son compagnon. Et si Bernard, victime des préjugés de sa génération, n’y croit guère, on lit dans son regard revêche, mêlée à l’inquiétude paternelle, une forme de reconnaissance, d’admiration. Sa fille est de sa trempe, droite dans ses bottes, tenace… Il soutiendra le jeune couple plein d’espoir et d’ambitions. Tout semble leur sourire, même Sylvain, l’un des exploitants agricoles les plus influents du coin : « Des jeunes avec de l’ambition et des idées, c’est exactement ce dont notre région a besoin » déclare-t-il à Constance qui se sent pousser des ailes d’espoir, prête à faire tout ce qu’il faudra, à passer par les fourches caudines de la paperasse administrative, à être la meilleure des élèves, pour conserver ferme et dignité familiales… C’est compter sans la domination générationnelle et masculine insidieuse qui trône dans toutes les commissions agricoles. Les représentants des syndicats, de la SAFER (Société d’Aménagement Foncier et d’Etablissement Rural), dont elle dépend, s’avèreront être des hommes jaloux de leurs prérogatives, suppôts du modèle intensif qui les enrichit… Constance va se retrouver aux prises avec un maelstrom d’enjeux de pouvoir, d’influences, tandis que monte en elle un malaise indicible. Mais, envers et contre tout, elle essaiera de faire bonne figure face à la violence croissante de ces échanges en milieu taiseux.

Le jeune Naël Marandin (qui impressionne par sa maîtrise alors qu’il n’en est qu’à son second film, après le très attachant La Marcheuse en 2015) a su fédérer autour de son projet une équipe formidable qui donne de la charpente à un scénario tendu sur une corde d’équilibriste. Les prises de vues (signées Noé Bach) sublimes servent humblement le propos, la direction d’acteurs est impeccable et le quatuor principal incarne de façon si intense les personnages qu’on ne peut plus se détacher d’eux, troublés par leurs ambivalences, leurs complexités. Et c’est sans doute cela la plus belle réussite du film, ce qui le rend passionnant : sa capacité à éviter tout manichéisme, tout cliché, à nous faire ressentir la vérité d’autrui.