UTOPIA SAINTE BERNADETTE
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Le blog des profondeurs...
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SÉANCES BÉBÉS
Les séances “bébé” sont des séances où les parents peuvent venir avec leur nouveaux nés. Et déguster un film pendant qu’ils roupillent dans leurs bras. Les séances sont évidemment ouvertes à tous les spectateurs, il suffit de savoir qu’il peut arriver qu’un bébé fasse du bruit en suçant son pouc...

À LA VIE À LA MORT
Quelle joie de se retrouver sous les étoiles hier à Berat, en Haute-Garonne!Expo, rencontre et ciné avec Nevada. Quel bonheur.Déjà 200 personnes pour les prémisses d’un nouveau lieu vivant et pluridisciplinaire co animé par les habitants. Ce sont les premières festivités de l’été d’Utopia et du ...

Loi « sécurité globale » : « un outil pour permettre aux forces de l’ordre de cacher leurs dérapages »
Lu dans le journal Le Monde https://www.lemonde.fr/police-justice/article/2020/11/05/loi-securite-globale-un-outil-pour-permettre-aux-forces-de-l-ordre-de-cacher-leurs-derapages_6058574_1653578.htmlJournalistes indépendants, collectifs, associations et syndicats se mobilisent contre un texte qu’...

Séance unique le jeudi 25 novembre à 19h30 proposée et animée par la Mutami (une « vraie » mutuelle, la nôtre d’ailleurs) en partenariat avec le Planning familial et le collectif Femmemixité de l’Union Départementale CGT de l’Hérault. Apéritif à partir de 19h sur la terrasse d’Utopia (si le temps le permet).

OÙ VA LA NUIT

Écrit et réalisé par Martin PROVOST - France/Belgique 2011 1h45mn - avec Yolande Moreau, Pierre Moure, Edith Scob, Jan Hammenecker, Laurent Cepelluto... D’après le roman Mauvaise pente de Keith Ridgway (Prix Fémina étranger 2001).

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

OÙ VA LA NUITÉvidemment qu'on l'attendait, ce film ! La nouvelle collaboration entre Martin Provost et Yolande Moreau, le tandem de Séraphine, il y avait de quoi attiser l'impatience. Inévitablement accompagnée de la crainte d'être déçu… Mais pas du tout : Où va la nuit est un très beau film, et Yolande Moreau y est souveraine… Bien sûr les deux films sont très différents. Nous sommes ici dans un univers terriblement contemporain où l’art a peu de place (si ce n'est celui du réalisateur). Mais ce qu'on retrouve, c’est le talent de Martin Provost pour raconter, comme dans Séraphine, le parcours d’une femme atypique, que rien ne prédestinait à une vie libre et singulière, une femme que le regard des autres rabaissait ou au mieux ignorait, avant que par la force de sa volonté elle ne conquière sa dignité.

Rose Mayer n’a pas grand-chose pour elle. Dans ces Ardennes belges où l’on ne vous entend pas crier (ça tombe bien, Rose est une taiseuse qui a compris que crier ne servait plus à rien), elle mène l’existence monotone d’une femme d’agriculteur ponctuée par les trempes d’un mari qui abuse de la mauvaise gnôle. De temps en temps, en l’absence du tyran domestique, elle plie consciencieusement ses affaires dans une valise, s’apprête à quitter l’enfer du foyer, mais finalement elle renonce, et remonte l'escalier. Un rituel cathartique qui lui permet pour l’instant de supporter tant bien que mal la situation. Et puis arrive le déclic. Le mari renverse un jour accidentellement une jeune auto-stoppeuse (c'est en fait la scène d'ouverture du film, saisissante). Il fait quelques mois de prison durant lesquels elle réapprend le goût de la sérénité et de l’indépendance. Et quand il revient, c’est limpide : privé de permis, le mari va devenir piéton, à son tour à la merci d’un chauffard quand il rentre aviné du village, la nuit. Le chauffard, ce sera elle et personne n’en saura rien… se persuade-t-elle.
Son forfait commis, Rose part retrouver son fils à Bruxelles, un fils qui a quitté il y a bien longtemps le domicile familial et sa violence. Et c’est un tout nouveau monde qui s’offre à elle : citadin, ouvert, plein d'imprévu. Saura-t-elle y trouver sa place ? Peut-on par un geste, aussi radical soit-il, effacer des années de souffrance et de soumission ? Peut-on, malgré l’inhumanité de l’assassiné, s’affranchir de toute culpabilité quand on tue ? Comment assumer un tel geste auprès de ses proches ?

À partir du roman de Keith Ridgway, donc l'action se situait en Irlande (pas si éloignée des réalités des Ardennes belges), Martin Provost a su composer le portrait d’une femme tout en complexité et en finesse. Rose n'est pas une simple victime, Rose est un personnage tourmenté, à multiples facettes. Elle a quand même accepté une situation intolérable durant des années, fermant les yeux, y compris au détriment de son fils. Peur ? Résignation ? Manque de courage ? Et elle se débarrasse de ce regret envahissant par un acte d’une violence froide et déterminée, absolument pas édulcorée par la mise en scène. Elle tente de reconstruire un lien avec son fils sur des bases artificielles, sur un énorme mensonge. Quant au fils, les choses ne sont pas simples pour lui et la disparition de son père violent est loin de tout résoudre. Magnifique comme toujours, Yolande Moreau sait faire vivre en elle toutes les ambiguïtés et les métamorphoses du personnage, depuis Rose la taiseuse qui porte la colère et la haine, jusqu’à la femme enfin libre et sereine qui tente de fuir par les côtes flamandes dans une scène finale superbe. Martin Provost, amoureux de la Belgique, sait rendre aussi à merveille toute l’étrange poésie de ce pays, qui se marie parfaitement avec ce destin hors du commun.