UTOPIA SAINTE BERNADETTE
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SÉANCES BÉBÉS
Les séances “bébé” sont des séances où les parents peuvent venir avec leur nouveaux nés. Et déguster un film pendant qu’ils roupillent dans leurs bras. Les séances sont évidemment ouvertes à tous les spectateurs, il suffit de savoir qu’il peut arriver qu’un bébé fasse du bruit en suçant son pouc...

À LA VIE À LA MORT
Quelle joie de se retrouver sous les étoiles hier à Berat, en Haute-Garonne!Expo, rencontre et ciné avec Nevada. Quel bonheur.Déjà 200 personnes pour les prémisses d’un nouveau lieu vivant et pluridisciplinaire co animé par les habitants. Ce sont les premières festivités de l’été d’Utopia et du ...

Loi « sécurité globale » : « un outil pour permettre aux forces de l’ordre de cacher leurs dérapages »
Lu dans le journal Le Monde https://www.lemonde.fr/police-justice/article/2020/11/05/loi-securite-globale-un-outil-pour-permettre-aux-forces-de-l-ordre-de-cacher-leurs-derapages_6058574_1653578.htmlJournalistes indépendants, collectifs, associations et syndicats se mobilisent contre un texte qu’...

RETOUR À REIMS (Fragments)

Jean-Gabriel PÉRIOT - documentaire France 2021 1h23mn - avec la voix d’Adèle Haenel... D’après le texte Retour à Reims de Didier Eribon, parsemé de judicieuses archives cinématographiques et de l’INA.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

RETOUR À REIMS (Fragments)« J’avais fui ma famille et n’éprouvais aucune envie de la retrouver » écrit Didier Eribon. Pourtant ce passionnant documentaire sonne le temps des retrouvailles, celui de la réconciliation autant avec sa propre histoire familiale qu’avec l’histoire collective, les deux intimement imbriquées. Et l’on verra vite avec quelle force les deux riment avec la grande oubliée de ce siècle, l’histoire de la classe et de la pensée ouvrières.
« Tant que les lapins n’auront pas d’historiens, l’histoire sera racontée par les chasseurs » constatait Howard Zinn… Grâce à un montage et une mise en scène impeccables – à ce stade de maîtrise de l’agencement des images d’archives, on peut même parler de haute virtuosité – qui font la part belle aux images et rendent très présent le passé, Jean-Gabriel Périot raconte l’histoire du xxe siècle depuis le point de vue des dominés et cela éclaire toute notre époque, ses dérives extrémistes. Il montre ces corps invisibilisés par les médias, ces corps abîmés par la chaîne, les rudes conditions de travail.
Le réalisateur, en faisant le choix de ne pas rependre l’intégralité du texte originel mais en concentrant le récit sur sa partie plus féminine, rend un bel hommage à toutes celles qui n’avaient d’autre choix que de se taire ou perdre leur emploi, les exploitées, les tondues d’un système de domination patriarcal jadis incontournable et incontesté. Le choix de confier la narration (des extraits donc du texte d’Eribon) par une femme, Adèle Haenel, dont la voix vibre d’une calme révolte, donne au récit une ampleur d’autant plus universelle.



Pourquoi avoir fui sa famille, qui fut sans doute aimante, à sa manière ? Sans doute pour s’en émanciper comme beaucoup. Sans doute parce qu’elle semblait représenter tout ce que le sociologue et philosophe Didier Eribon combattait : le rétrécissement de la pensée, la xénophobie, l’homophobie… Pourquoi alors cette tentation d’y revenir ? Ce retour vers son lieu et milieu d’origine, ses racines, le transfuge qu’il est devenu l’entreprend une fois son père parti, comme si la parole pouvait enfin se libérer, comme s’il lui devenait possible de creuser le passé pour tenter de comprendre pourquoi et comment le vote ouvrier a fini par sanctionner la gauche au profit de l’extrême droite.
En démarrant l’aventure par celle de la grand-mère de Didier Eribon, le film tord le cou aux idées reçues qui voudraient que toutes les femmes des années 30 aient été naturellement dociles et serviles. Il nous raconte la force de volonté de celles qui, humiliées par le système, ont voulu et ont su s’en émanciper. Ce dont rêvaient ces femmes, ce n’est pas tant de richesses, mais d’une liberté qui ne leur était pas accessible faute de moyens, fautes d’études, à une époque où même les ambitions d’ascension les plus modestes restaient hors de portée. Leurs parcours sont représentatifs d’une reproduction sociale implacable à laquelle il est quasiment impossible d’échapper. Critique sans concession d’un système éducatif faisant tout pour que la classe ouvrière reste à sa place, pour qu’elle n’aie pas accès à une culture qui aurait pu lui permettre de s’émanciper. Et puis ce sentiment prédominant de la honte, celui de ne pas être reconnu, de ne pas avoir réussi, celui qui perdure avec le temps, sur les ronds-points des Gilets jaunes. Celui aussi de ne plus savoir à quel saint, à quel parti se vouer, celui qui fait dire que voter à droite ou à gauche, c’est du pareil au même, tant cette dernière a trahi… Non seulement passionnant, mais essentiel !