UTOPIA SAINTE BERNADETTE
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Le blog des profondeurs...
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SÉANCES BÉBÉS
Les séances “bébé” sont des séances où les parents peuvent venir avec leur nouveaux nés. Et déguster un film pendant qu’ils roupillent dans leurs bras. Les séances sont évidemment ouvertes à tous les spectateurs, il suffit de savoir qu’il peut arriver qu’un bébé fasse du bruit en suçant son pouc...

À LA VIE À LA MORT
Quelle joie de se retrouver sous les étoiles hier à Berat, en Haute-Garonne!Expo, rencontre et ciné avec Nevada. Quel bonheur.Déjà 200 personnes pour les prémisses d’un nouveau lieu vivant et pluridisciplinaire co animé par les habitants. Ce sont les premières festivités de l’été d’Utopia et du ...

Loi « sécurité globale » : « un outil pour permettre aux forces de l’ordre de cacher leurs dérapages »
Lu dans le journal Le Monde https://www.lemonde.fr/police-justice/article/2020/11/05/loi-securite-globale-un-outil-pour-permettre-aux-forces-de-l-ordre-de-cacher-leurs-derapages_6058574_1653578.htmlJournalistes indépendants, collectifs, associations et syndicats se mobilisent contre un texte qu’...

LA DÉRIVE DES CONTINENTS (AU SUD)

Lionel BAIER - Suisse / France 2022 1h25mn - avec Isabelle Carré, Théodore Pellerin, Ursina Lardi, Tom Villa...

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LA DÉRIVE DES CONTINENTS (AU SUD)L’impromptu, ça se prépare.
En marge d’un sommet européen, Angela Merkel et Emmanuel Macron ont convenu de visiter ensemble, « à l’improviste », un centre d’accueil pour réfugiés situé en Sicile, aux portes de l’Europe. Haute fonctionnaire mandatée par l’Union Européenne pour superviser la gestion des demandes d’asile, Nathalie Adler voit sa mission un brin contrariée par l’arrivée des représentants des deux chefs d’États, chargés chacun de mettre en scène cet événement « spontané » de manière à ce que « son » chef d’État puisse en tirer le minimum de gloriole pour contribuer à écrire sa petite légende politique personnelle. On se figure assez bien comment sont ces communicants : naviguant dans les hautes sphères du pouvoir, imbus du prestige que leur confère par ricochet celui de leur mentor, méprisants caméléonesques, et finalement moins malfaisants que ridicules. Ute, la belle Allemande, efficace sans autoritarisme, correspond assez bien à l’idéal merkelien, avant tout fait de pragmatisme et de sobriété. Le français Charlan est quant à lui une jubilatoire caricature de Macron-boy, affairé comme un chihuahua cocaïnomane, totalement hors-sol, étranger aux réalités qui l’entourent comme aux individus qui ne sont, au mieux, que des éléments de décor plus ou moins utiles à mettre en valeur la stature de son héros.
Les joutes à fleurets à peine mouchetés auxquelles donne lieu la mise en place de ces protocoles diplomatiques, Nathalie en ferait encore son affaire – d’autant que ses retrouvailles avec la blonde Ute seraient l’occasion de reprendre momentanément le cours d’une romance à épisodes. Non, le vrai problème, c’est Albert, son grand échalas de fils, déjà presqu’adulte, qu’elle n’a pas vu grandir. Albert, en rebellion ouverte contre sa mère, coupable de tous les maux – aux premiers rangs desquels l’impardonnable responsabilité d’avoir fait voler en éclat la cellule familiale. Coupable donc, par ricochet et vu sa fonction, de l’inhumanité de la gestion toute comptable et administrative des situations individuelles des migrants qui viennent s’échouer sur les plages siciliennes. Militant « No border » des plus actifs, anar humanitaire radical, forte-tête-à-claques mais tellement craquant, Albert s’invite dans la vie de sa mère avec la ferme intention de régler tous les comptes à la fois – les siens propres et ceux de l’humanité.

Troisième opus de la tétralogie caustique et sentimentale de Lionel Baier sur la construction européenne, démarrée en 2006 en Pologne avec Comme des voleurs (à l’est), suivi en 2013 au Portugal par Les Grandes ondes (à l’ouest) – on attend avec curiosité son incursion au nord, vraisemblablement en Écosse –, La Dérive des continents (au sud) fait mouche grâce à son humour imparable. Tant il est vrai que la comédie est l’expression cinématographique de la politesse du désespoir, le film tient tout du long un ton d’une gracieuse légèreté, qu’il s’agisse pourtant de politique migratoire, de mélodrame familial ou, tiens donc, de pandémie. Amusant, narquois, parfois franchement drôle, il vous garde aux lèvre un sourire salvateur.
Jusque dans ce moment presque hors du film, emprunt de gravité : la traversée – réellement impromptue, elle – de Gibellina. Les ruines de ce village sicilien, détruit par un tremblement de terre, ont été enfermées par un artiste sous un sarcophage de béton qui dessine le contour des rues. « Bouleversante de solennité et de tranquillité, cette œuvre dit la fragilité de nos constructions, que ce soient des maisons ou des nations, face au tragique de l’Histoire. Le rapprochement des plaques tectoniques africaines et européennes produit des tremblements de terre capables de créer la misère des deux côtés de la mer. Gibellina nous rappelle notre fragilité face à la dérive des continents ». (Lionel Baier)