UTOPIA SAINTE BERNADETTE
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30237
Et voilà, Vidéo en Poche c’est fini, le compteur s’arrête à 30237 copies vendues sans DRM sur clés USB ! À bientôt dans le cyberespace indépendant et surtout IRL dans les salles de cinéma Le 30 novembre à minuit, Vidéo en Poche a tiré sa révérence et retourne dans sa bouteille de la...

SÉANCES BÉBÉS
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À LA VIE À LA MORT
Quelle joie de se retrouver sous les étoiles hier à Berat, en Haute-Garonne!Expo, rencontre et ciné avec Nevada. Quel bonheur.Déjà 200 personnes pour les prémisses d’un nouveau lieu vivant et pluridisciplinaire co animé par les habitants. Ce sont les premières festivités de l’été d’Utopia et du ...

MON PAYS IMAGINAIRE

Patricio GUZMAN - documentaire Chili 2022 1h23mn VOSTF -

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

MON PAYS IMAGINAIREPour se dépayser à bon compte, partir à l’autre bout du monde sans alourdir son bilan carbone, il suffit parfois d’une petite heure dans une salle de cinéma. Jamais les prises de vues ne seront aussi belles depuis une cabine d’avion que filmées par un grand cinéaste. Embarquement immédiat pour le Chili, ses chaînes de montagne, ses marées humaines impressionnantes, ses victoires et ses défaites, ses années de luttes, ses grandes espérances mises à mal par les dernières actualités : ils étaient pourtant à deux doigts de voter une nouvelle constitution réfléchie par une assemblée constituante, citoyenne…
30 pesos ! Il n’aura fallu que 30 pesos, soit 3 centimes d’euros pour que la jeunesse chilienne se révolte et exhorte la terre entière à la suivre, pour que tout le Chili s’embrase en octobre 2019. Un embrasement que Patricio Guzmán n’osait plus espérer, comme il le racontait dans son précédent opus La Cordillère des songes. Embourbée dans l’ultra-libéralisme implanté depuis la dictature de Pinochet, la population chilienne lui semblait irrémédiablement anesthésiée, incapable de se rebeller contre un système qui oppresse et divise. Et puis sont arrivés ces 30 pesos d’augmentation sur les tickets de métro, trois fois rien mais trop pour ceux, déjà exsangues, au bas de l’échelle sociale, ceux qui regardent sempiternellement pousser les gratte-ciels, les zones commerciales de luxe, contemplent un niveau de vie qu’ils n’atteindront jamais, même en plusieurs générations. Le grisou s’accumulait quelque part en sourdine sous les palais présidentiels, il n’attendait qu’une étincelle pour exploser…



« Quand tu veux filmer un incendie, il faut se tenir à l’endroit où surgira la première flamme ». Si dans le cas présent on la rate un peu, la maestria du réalisateur, l’intelligence de son propos, la rendent presque superflue. Son récit, en prenant de la hauteur, nous fait passer d’un petit point sur une carte à un propos universel, intemporel. Les révolutions se ressemblent toutes, magistrales, virales, salutaires. Une part belle est faite à la parole des femmes, si rarement audible. Elles sont jeunes, fragiles et fortes comme nous toutes et tous, ayant tout et plus rien à perdre, louves pour défendre leurs enfants, les êtres chers, leur dignité. La caméra nous fait frémir et vibrer à leurs côtés, en même temps que la foule qui s’exerce au courage face au bras armé aveugle de l’état, une police qui blesse, qui tue. Les mots résonnent avec ceux des gilets jaunes, des zadistes de tous les pays. La défiance envers les partis politiques, les institutions, les représentants de la nation, envers un processus économique en bout de course nous semblent familière. C’est comme l’aveu d’un échec démocratique généralisé, un constat global qui incite à passer à autre chose, à inventer d’autres formes. Ce sont les mêmes ferments, les mêmes racines et les mêmes réponses qui surgissent, réjouissantes : l’envie de se rassembler, d’abattre les barrières, de reconstruire un monde plus juste et équitable. Retrouver le goût du civisme, celui de la solidarité. Reconquérir ensemble la liberté. Ça galvanise ! En regardant à l’autre bout du monde, on ne se sait plus seul(e). On se sait des milliers. Et elles sont des milliers, nous serons des millions, à rire et chanter, à reproduire la même chorégraphie partie du Chili, à scander : « Ton silence est complice… c’est pas ma faute ni l’endroit, ni ma tenue ! Le violeur c’est toi ! L’état oppresseur est un macho violeur… »

À quel âge s’arrête-t-on de rêver, de s’émerveiller ? À quel âge abdique-t-on ses idéaux ? À 80 ans passés, ce jeunot de Patricio Guzman réalise une fois de plus un film d’une fraîcheur et d’une lucidité vivifiantes, essentielles. Gageons que 10, 20, 100, 200 ans plus tard, son œuvre sera toujours d’actualité, galvanisera bien des générations. En attendant ses propos nous revigorent, renforcent notre foi dans l’humanité et ses luttes.