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Le blog des profondeurs...
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SEANCES "BEBES"
Chers parents voici les séances auxquelles vous pouvez sereinement amener vos bébés, nous mettons le son moins fort ! le vendredi 10 mai à 14h30 No le samedi 18 mai à 14h15 Quartet le vendredi 24 mai à 14h Free Angela le jeudi 30 mai à 12h05 Le premier homme le mercredi 5 juin à 14h Hannah Arend...

Pierre Rabhi bouscule nos programmes (et ça nous ferait plutôt plaisir)
mardi 2 avril, sous la pression populaire, nous proposons une rencontre supplémentaire avec Pierre Rabhi à l’issue de la projection du film de Marie-Dominique Dhelsing : PIERRE RABHI, AU NOM DE LA TERRE les places pour les deux séances à 18h et 20h se sont arrachées en quelques heures. Le fil...

Sans chanter ni déchanter
très chouette billet sur le blog de l’ami Jean-Michel Frodon, sur Les Lendemains de Bénédicte Pagnot. Nous vivons des temps déplaisants, où un premier film français que n’accompagne aucun parrainage prestigieux ni aucun signe extérieur de richesse (genre culte, vedette au générique, etc.) souffr...

MADAME SOLARIO

Écrit, réalisé et produit par René FÉRET - France 2012 1h33mn - avec Marie Féret, Cyril Descours, Salomé Stévenin, Harry Lister Smith...

MADAME SOLARIO1906. Le lac de Côme. Par un bel été. Toute une petite société désœuvrée, richissime, comblée, parfois affublée de titres de noblesse, s'y retrouve. Un petit cercle de privilégiés, fermé, très fermé. Si fermé qu'ils ne cessent d'y tourner en rond. Qu'on soit de Moscou ou de Genève, qu'on aille à Londres ou à Paris, on finit immanquablement par retrouver les mêmes. Et si l'on fuit sa capitale pour retrouver la paix d'un lac de carte postale, on n'échappe pas à son rang, on se retrouve à nouveau coincé entre Mr de Machin et Madame de Chose. On se connaît par cœur et les attitudes de bienséance, les rires dissimulent mal cette lassitude bien installée. On feint d'être heureux mais n'a t-on pas oublié ce que cela signifie ? On prétend se divertir, on s'essaie au dernier jeu à la mode, on organise des fêtes enrubannées, aux invités triés sur le volet. Nous sommes chez les ancêtres de la société du CAC 40, où l’on croise le fondateur des Casques Bleus, un architecte qui a conçu des palais pour le sultan de Brunei, un millionnaire de Pennsylvanie expatrié en Europe, deux sœurs également belles, également passionnées et qui choisiront toutes deux le suicide à trente ans d’intervalle, un éditeur prestigieux ami personnel de John Steinbeck, une ancienne maîtresse de Maxime Gorki…

Une micro-élite trop affairée à s'auto-satisfaire pour s'intéresser aux enjeux de ce monde. Une ruche aveugle peuplée de reines prisonnières de leur rang social dont on imagine facilement que le réveil sera dur le jour où ça craquera, pour qui n'aura rien vu venir. Si l'on parle des événements extérieurs, de politique, c'est en regardant par la lorgnette de ses petits intérêts, de l'argent qu'on peut perdre en bourse. Mais ça ne dure que peu de temps par « peur d'ennuyer ces dames » qui ne sont expertes évidemment qu'en matière de toilettes.
Imaginez donc, combien, dans ce ronron insipide, on peut-être à l'affut de la moindre anecdote croustillante, assoiffé de la plus infime nouveauté…
L'arrivée de Madame Solario, jeune veuve au passé nimbé de mystère, fait donc l'effet d'une petite bombe de fraîcheur. Nelly-Natalia-Ellen Solario amène la romance, la passion, l'intrigue, l'inédit. Et peut-être l'amour, dans le cœur de Bernard Midelton, le narrateur naïf et timide de cette histoire, qui la guette et l'espère secrètement. Elle devient comme une sorte de coqueluche à la mode. Son charme agit, plongeant les hommes dans la rêverie, laissant les femmes hésitantes entre la jalousie et l'envie de s'en faire une alliée. Et le phénomène s'amplifie à l'apparition d'Eugène Ardent, son turbulent et séduisant frère qui revient de l'étranger. Conscients de leur pouvoir sur tout ce petit monde, le frère et la sœur oeuvrent de concert, pensant se refaire une virginité et une santé financière. L'ambiance s'enrobe d'un parfum de liaisons dangereuses. Mais peu à peu leur passé sulfureux, forgé de souvenirs glauques, de scandales et d'inceste, refait surface.
Et voilà nos aristocrates versatiles, tels de petits poissons appartenant au même banc, tributaires des mouvements du groupe qui se détourne brusquement. Ce qui amusait n'amuse plus. Ce qui intriguait devient scandaleux. Voilà qu'on méprise ceux que l'on badait.

Le roman intrigua à l'époque. Il intrigua d'autant plus que planait un mystère : qui se cachait derrière l'anonymat de son auteur ? On le sait désormais. On sait aussi que si ce microcosme est si bien dépeint, c'est que l'écrivaine en faisait partie… René Féret a tiré de l'œuvre oubliée de Gladys Huntington un film feutré et d'une élégance folle. Qui corsète les passions pour mieux les faire sourdre, impérieuses, dévastatrices… Et que les jeunes générations n'aillent pas s'imaginer que 1906 est si loin, un truc pour les mamies et les momies. L'intrigue reste forte, actuelle, moderne. Presque Facebookienne. Et on réalise que l'on vit décidément une époque formidable, qui a réussi à mondialiser l'ennui.