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LE TABLEAU VOLÉ

Écrit et réalisé par Pascal BONITZER - France 2023 1h31mn - avec Alex Lutz, Léa Drucker, Nora Hamzawi, Louise Chevillotte, Arcadi Radeff, Olivier Rabourdin, Alain Chamfort...

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

LE TABLEAU VOLÉAndré Masson. Un patronyme assez quelconque, voire carrément banal, passe-partout, de ceux qui se retiennent sans effort mais s’oublient aussi vite, parce que, précisément, sans grand éclat. André Masson, comme « Maître André Masson, notaire », ou « André Masson, inspecteur des impôts », « André Masson de Masson et fils », patron d’une grosse PME de province qui aurait réussi dans le joint en caoutchouc. Mais notre André Masson a le costume impeccable et bien taillé qui sent le sur-mesure, une forme d’autorité naturelle propre à ceux qui jouissent d’un petit pouvoir et la rutilante voiture de luxe qui signe aussi bien la réussite sociale qu’une arrogance assumée mais néanmoins légèrement vulgaire. Sur sa carte de visite il est écrit : « André Masson, commissaire-priseur », au service de prestigieuse maison de vente Scottie’s.
André Masson rend régulièrement visite aux riches propriétaires – ou à leurs héritiers – de demeures cossues, d’appartements opulents, puis, avec juste ce qu’il faut de condescendance, il évalue, il estime, il expertise les tableaux et autres œuvres de valeur qui décorent leur intérieur. Il s’aventure même parfois à risquer quelque promesse alléchante d’enchères mémorables, éblouissantes. Pour ce public connaisseur ou qui fait semblant de l’être, son discours est un baume qui flatte et met en confiance. Bien sûr, nous sommes dans le milieu de l’Art, l’élégance est donc de mise, mais sous le vernis, il s’agit bien de sous, de gros sous, et ce qui intéresse notre cher André, c’est avant tout la valeur marchande de ses découvertes et le prestige de la vente qu’il conduira, en chef d’orchestre inspiré, et qui le mettra en lumière, par ricochet.

Contre toute attente, le bouleversement de cette mécanique bien huilée va venir non pas d’un hôtel particulier parisien, mais d’un modeste pavillon de province. On aurait paraît-il découvert une œuvre d’Egon Schiele – disparue depuis 1939, spoliée par les nazis – sur les murs décrépis du salon de Martin, jeune ouvrier qui fait les trois-huit. Circonspect, l’expert balaie d’abord d’un revers de la main la note tendue par son inexpérimentée et néanmoins charmante assistante. Mais la perspective de réussir un gros coup, celui d’une carrière, sera plus fort que l’invraisemblance de la nouvelle et puisqu’il faut en avoir le cœur net, le voilà parti pour Mulhouse.
« Vous verrez, ce sont des gens simples » prévient sur place l’avocate du jeune ouvrier. À n’en pas douter le regard d’André sur ce monde est pour le moins perplexe, mais son expertise – doublée de celle de Bertilla, son ex-femme et ex-associée revenue pour l’occasion – est formelle : le tableau est authentique !
Dès lors tout va s’enchaîner et la maison Scottie's va entrer en ébullition. L’expertise, la mise en place de la vente, la valse des ayants-droits, des avocats mais aussi des profiteurs, des magouilleurs, des filous, des entourloupeurs. Parce qu’une vente aux enchères, c’est un peu comme une partie de poker : une affaire de tchatche, de séduction, de bluff, de baratin, jouée par des flambeurs, des cow-boys.
La rencontre avec le jeune Martin, jeune homme au cœur pur, mystérieux et touchant, qui pressent tout ce que l’argent pourrait pourrir dans sa vie, va faire prendre un inattendu mais salutaire virage à la vie de notre commissaire-priseur, engluée dans le luxe…

Narrateur hors pair, meneur vif et brillant de ce jeu de rôles et de faux-semblants où personne ou presque n’est absolument dupe ni vraiment sincère, Pascal Bonitzer nous livre ici une fantaisie de haut vol : vive, acérée, intelligente, caustique. C’est drôle, c’est fin, c’est grinçant, ça se moque avec férocité et éloquence… Bref, du travail d’orfèvre, servi par un casting en or.