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TEHACHAPI

- documentaire France / Suisse 2023 1h32mn VOSTF -

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

TEHACHAPIEn octobre 2019, JR obtient la permission d’intervenir au sein d’une prison de sécurité maximale située dans la ville de Tehachapi, en Californie. Il s’y rend une première fois pour rencontrer 28 prisonniers, et leur présente le projet qu’il a en tête pour la cour de la prison. Tehachapi est l’une des prisons les plus violentes des États-Unis. La plupart des prisonniers y sont incarcérés depuis au moins dix ans, et certains y purgent une peine à perpétuité, sans possibilité de sortir un jour, pour des crimes commis alors qu’ils n’étaient encore que mineurs.
JR les photographie un par un, et leur demande de raconter leur histoire face caméra. Chacun a la liberté d’offrir le témoignage qu’il souhaite. JR photographie également d’anciens prisonniers, ainsi que des membres du personnel de la prison. Au total, il rassemble les portraits et les histoires de 48 personnes, apportant autant de regards différents sur l’univers carcéral.

Dans le sillage de son travail photographique, entre sociologie et geste conceptuel, l’artiste français (Face2Face, Inside Out, Visages Villages) donne à voir les visages de prisonniers américains ostracisés et signe ici l’un de ses documentaires les plus politiques, à la fois critique du système carcéral et éloge du pardon.
Hypermédiatisé et anonyme derrière ses lunettes noires, amateur de dispositifs grandioses et observateur ultra lucide des réalités sociales qu’il décortique : l’artiste français rendu célèbre par ses collages photos, n’est pas à un paradoxe près. C’est cette ambiguïté qui a fait de lui un passionnant portraitiste des minorités et des oubliés. Entre 2004 et 2006, lors des émeutes provoquées par la mort à Clichy-sous-bois de Zyed Benna et Bouna Traoré, coursés par la police, il agrandit les visages des émeutiers sur les murs de Montfermeil,. En 2017, il placarde à la frontière américano-mexicaine une fresque montrant des yeux, pour protester contre le mur érigé par l’administration Trump.

Son dernier documentaire, Tehachapi, salué au Festival de Telluride, creuse encore ce sillon politique à travers la reconnaissance et l’exhibition de l’altérité. Pendant trois ans, JR a travaillé avec les détenus de cette prison de haute-sécurité située dans le désert californien. Surnommée Supermax, cette citadelle incarne la politique carcérale déshumanisante des États-Unis : en grande majorité condamnés à perpétuité pour des délits commis alors qu’ils étaient mineurs, certains de ces criminels ne reverront jamais le monde extérieur. Autarcie, déni d’une société qui a fait le choix de parquer consciemment ses prisonniers plutôt que de les réinsérer : puisque tout est fait pour qu’on ne les voit plus, JR va imposer leur visage et leur histoire par-delà les murs de béton.
Armé de son appareil photo et de son portable, curieux mais jamais intrusif, il imprime les stigmates de leur peau, les rides et les remords, en multipliant les effets de mise en scène (format vertical qui donne la sensation d’immédiateté des témoignages, voix off introspectives, plans silencieux sur les espaces carcéraux). L’artiste touche soudain à une dialectique inattendue : tandis que les détenus collent leur portrait dans la cour de la prison, ils expriment l’envie d’effacer leurs tatouages de croix gammée ou de skinhead, derniers vestiges d’une jeunesse violente, d’une appartenance révolue à des gangs. Faire disparaître une marque du passé pour la remplacer par une nouvelle image. Bel exercice de réhabilitation que la société refuse à ces détenus, et que JR leur offre grâce à son intervention ! En cela, Tehachapi est un documentaire précieux sur les plaies qu’on colmate par l’art, l’ostracisme social qu’on combat par le renouvellement de l’identité. Dans un monde de plus en plus divisé, où chacun possède sa propre vérité, et où le dialogue semble parfois impossible, comment l’art peut-il changer les choses, telle est la question !