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WALK AWAY RENÉE

Écrit et réalisé par Jonathan CAOUETTE - USA 2011 1h30mn VOSTF - avec toute la formidable famille de Jonathan Caouette...

WALK AWAY RENÉEC’est probablement un des plus beaux films jamais réalisés sur la famille et l’amour filial, un film qui renvoie à l’enfance de chacun, au rapport à la mère, et lessivera vos cœurs d’émotions. Si vous permettez une confidence très personnelle, il est probable que votre rédacteur, ayant vécu son enfance aux côtés d’une mère adorable mais passablement maboule, voire totalement jetée de la caisse, ait été particulièrement touché. Mais quoi qu’il en soit, et quelque soit votre parcours, comment rester insensible à cette œuvre d’amour envoyée par l’auteur à sa mère dont l’esprit vacille ?
Il faut dire que l’enfance de Jonathan Caouette ne fut pas franchement ordinaire, encore moins facile. Sa mère, après une chute d’un arbre à l’âge de douze ans, a été victime des présupposés psychiatriques des années 60, qui voulaient qu’on bombarde les patients d’électrochocs pour prévenir toute séquelle mentale. Résultat : après cet affreux traitement, Renée a été rapidement diagnostiquée dépressive schizophrénique et bipolaire et a dû alterner séjours à l’hôpital et périodes plus sereines sous médication lourde. Au milieu de tout ça, Jonathan est né : abandonné par son père, à la charge d'une mère incapable de s'occuper de lui, il a été placé en familles d’accueil avant d’être adopté par ses grands parents, qui n’avaient pas forcément toutes les qualités requises pour l’éduquer. Jonathan aurait pu être traumatisé, laminé, mais il a trouvé dans le cinéma un bouclier : avec une petite caméra reçue en cadeau, il a tout filmé, du matin au soir, à partir de l'âge de huit ans !

Le résultat fut Tarnation (2004), étonnant collage psychédélique monté sur Imac avec trois sous, allant de l’enfance à son adolescence punk et gay. Une révélation montrée à Utopia en son temps. Sept ans plus tard, Renée croupit dans une maison d’accueil à Houston où les soignants ont la main lourde sur la camisole chimique. Jonathan décide de prendre un camion de déménagement et de faire un film de son voyage avec sa mère jusqu’à New York, où il veut la rapatrier : l’habitacle du camion est le théâtre de la reconstruction d’une relation distendue par la folie. L’affaire s’engage mal puisque Renée perd ses médicaments à la première étape, alors même qu’il sera impossible d’obtenir une nouvelle prescription avant deux bonnes semaines. Et elle se met à délirer, de plus en plus jour après jour, avec des moments terribles… Mais avec des moments merveilleusement cocasses aussi. Parce que mère et fils savent transformer parfois les difficultés en fête.
S’entremêlent au récit de ce road-movie personnel des digressions temporelles, à base de vidéos familiales qui rappellent l’histoire récente et tourmentée de Jonathan, son installation en couple avec David, l’arrivée de Joshua, l’enfant qu’il a eu d’une rapide union hétérosexuelle avec une amie, et celle du grand père frappé d’Alhzeimer et en proie à des crises de colère où il insulte tout le monde. La forme est étonnante – on pense au cinéma libre du Cassavetes d’Une Femme sous influence ou, plus underground, aux journaux filmés de l’immense Jonas Mekas –, confirmant que Caouette est actuellement l'un des cinéastes indépendants les plus innovants, à la frontière des arts plastiques, du documentaire et de la fiction…

Au bout du chemin, dans cette famille improbable mais formidablement soudée (les paroles du petit Joshua sont sublimes de lucidité et de générosité), c’est une victoire dans le combat vital de Jonathan, qui ne veut jamais abandonner ceux qu'il aime à l’inhumanité de l’institution. Caouette a le cœur aussi grand que le talent !