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QUELQUES HEURES DE PRINTEMPS

Stéphane BRIZÉ - France 2012 1h48mn - avec Vincent Lindon, Hélène Vincent, Emmanuelle Seigner, Olivier Perrier... Scénario de Florence Vignon et Stéphane Brizé.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

QUELQUES HEURES DE PRINTEMPSC’est une claque. Une vraie belle claque radicale. Mais est-ce bien le mot ? Car il n’y a pas de violence là-dedans, si ce n’est celle qui existe dans les échanges en milieu tempéré, familial. Que vous ayez un fils, que vous n’en ayez pas… Que vous ayez une mère, que vous n’en ayez pas. Qu’elle fut trop présente ou trop absente. C’est un film qui touchera chacun différemment, mais ne vous laissera pas de bois à moins que vous ne le soyez déjà. Une histoire qui s’accroche délicatement en vous sans que vous en ayez pleine conscience.
Elle, c’est Yvette (magnifique Hélène Vincent). Yvette Evrard. Un prénom déjà d’un autre temps, un nom raboteux qui colle bien avec le personnage. Yvette, une petite souris grise et rêche. Le geste précis, méticuleux, sec. La parole rare, technique, comme tarie. Pas de place pour le futile, le superflu, l’affectueux. Elle semble recluse dans une vie réglée comme une pendule, où tout grain, qu’il soit de poussière ou de fantaisie, est à tout jamais banni. Lui, c’est Alain, son fils. Interprété par Vincent Lindon. Si je vous dis que lui aussi est magnifique, ça devient redondant ? Et pourtant c’est bien le cas. Vous voyez, c’est un film dont on comprend vite qu’il est touché par la grâce et que chaque acteur s’est investi avec une intensité qui sonne juste, résonne profondément. En sortant du film l’équipe d’Utopia s’est écriée : les quatre acteurs sont fantastiques ! C’est vrai mais pas tout à fait juste : on avait oublié le cinquième acteur, le chien, inénarrable !

Mais revenons à Alain. Comme sa mère, ce n’est pas un bavard. Euphémisme. Mais il a l’air d’un bon gars. Qui sort quand même de taule où il a atterri quasi par accident. Il était routier (le boulot idéal pour lui : des heures seul au volant, pas besoin de causer). Un jour, pour améliorer son ordinaire, il a accepté de passer de la drogue. Chopé illico : 18 mois à l’ombre. À sa sortie, grillé comme chauffeur, les routes de l’ANPE bien encombrées, il n’a d’autre alternative que le retour à la case départ : chez sa mère. Pas de geste affectueux entre ces deux-là. Seul la chienne y a droit. Que du quotidien, temps réglé sur la pendule qui ronronne au salon, sur l’heure des actualités à la télé, des tâches, des obligations à remplir… La solitude, l’impression d’une vie de regrets suintent des murs, des non dits, du silence. Ah, le silence ! Sa dureté, sa pureté. La vie d’Yvette ne semble faite que de cela, tout ce qui la sort de son ordinaire silencieux l’excède. Il n’y a pas de place pour Alain. Y en a jamais-t-il eu ? Les rituels presque obsessionnels, l’absence de spontanéité, tout est là pour qu’il ne se sente pas chez lui. Et s’il l’oublie, Yvette n’a de cesse de le lui rappeler. Et Alain le lui rend bien. Ils ne parviennent pas à transformer en indifférence le désir d’échapper à l’autre. Mais dans ce grand vide qu’ils entretiennent se lovent bien sûr plus de fragments d’amour qu’ils voudraient nous le faire croire…
Et de fait la maladie qui commence à miner Yvette, et qu’Alain découvre en cours de film en même temps que nous, et surtout la façon radicale dont elle décide de faire face vont venir détricoter tout ce qu’on pensait avoir compris. C’est l’élément charnière qui fait basculer l’intrigue, donne une tout autre ampleur au film et une nouvelle perspective au temps, mais il n’est pas question de s’appesantir ou de s’apitoyer dessus, de sombrer dans un pathos dégoulinant. La mort n’est qu’un choix. Une formalité qu’Yvette veut remplir à son heure.
Rayons de soleil bienvenus dans cet univers si gris qui vire à l’orage : Monsieur Lalouette, le voisin de toujours, compagnon de cette route silencieuse, qui seul tente la parole. Secrètement enamouré d’Yvette, le seul à la comprendre si bien que malgré son propre isolement, il respectera à la lettre l’omerta imposée ; et puis Clémence, splendide, toute en retenue et en finesse joyeuse, qui ne se laisse pas rebuter par la rudesse d’Alain. Ose s’aventurer à pas mesurés, l’attend, pardonne sans s’oublier. Que de patience il faut à ceux qui approchent ces deux castrés du sentiment…

Au-delà de cette la relation entre les personnages, ce qui touche dans le film, c’est qu’il nous place tout naturellement, tout tranquillement face à nous-même. Les bilans que l’on fait dans la vie, ceux qu’on regrette de faire trop tard. Entre ce qu’on a été, ce que l’on rêvait d’être, ce que l’on aurait pu être. La difficulté, le courage qu’il faut pour dire, se dire. L’urgence qu’il y a de le faire car le temps passe qui ne nous laisse pas le choix. Si l’humain est oublieux, la camarde ne l’est pas. Tout est beau, subtil et juste dans ce film qui décortique l’âme humaine. Jusque dans le petit détail, dans le soin pris pour incarner le personnel qui accompagne ceux et celles qui choisissent de partir un peu plus tôt, on appelle cela un suicide assisté en Suisse.