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VOL AU DESSUS D'UN NID DE COUCOU

(One flew over the cuckoo's nest) Milos FORMAN - USA 1975 2h14mn VOSTF - avec Jack Nicholson, Louise Fletcher, William Redfield, Brad Dourif, Will Sampson, Christopher Lloyd, Brad Dourif, Danny De Vito... Scénario de Lawrence Hauben et Bo Goldman, d'après le roman de Ken Kesey, oeuvre phare de la contre-culture US. OSCARS 1976 : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur, meilleur actrice, meilleur scénario.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

VOL AU DESSUS D'UN NID DE COUCOUUn film imparable qui, 35 ans après sa réalisation, non seulement n'a pas pris une ride mais se voit avec une jubilation, une exaltation décuplées dans le contexte actuel, sécuritaire et réactionnaire. Je m'adresse ici en particulier à la jeune génération, à ceux qui n'ont jamais vu Vol au dessus d'un nid de coucou : ruez-vous pour le découvrir, il va s'inscrire immédiatement sur la liste de vos films-cultes, garanti !

Randall McMurphy (Nicholson), condamné pour viol – qu'il nie – et détournement de mineure – qu'il reconnaît, mais en expliquant que la mineure en question avait tous les attributs d'une féminité beaucoup plus mûre – est transféré dans un hôpital psychiatrique : il est immédiatement interrogé par le directeur et on comprend vite qu'il se sert d'une supposée folie comme système de défense, pour essayer d'échapper à la prison. Toujours est-il qu'il est placé en observation dans l'établissement, le temps qu'un comité d'experts détermine s'il relève de la psychiatrie ou du droit pénal commun.
L'irruption de McMurphy, trublion incontrôlable, à l'humour, au charme, au sens de la provocation ravageurs, va mettre un bordel sans nom dans cet univers aseptisé, déshumanisé, infantilisé, sur lequel règne, en maîtresse souriante autant qu'impitoyable, l'infirmière-chef Ratched. Prénommée Mildred, mais il n'y aura bien que McMurphy pour oser l'appeler par son petit nom !
Jusqu'ici la vie dans le service était réglée au millimètre : emploi du temps minuté et intangible, déplacements contrôlés, échanges surveillés, pas un mot plus haut que l'autre, musique d'ascenseur obligatoire et omniprésente, pas le temps d'essayer de penser par soi-même, initiative et imprévu rigoureusement interdits… Et tout ça sans brutalité, sans coercition visible : le sourire, la voix douce, la persuasion suave de Miss Ratched font régner l'ordre sans vague, sans soubresaut. Le comble du système oppressif : faire en sorte que ses victimes l'acceptent, et même en redemandent !
Mais McMurphy va faire voler en éclats cette belle machine à endormir en se montrant tout simplement vivant, joyeux, turbulent. Irrespectueux de l'autorité mais pas des « malades », qu'il ne traite justement pas comme tels, mais comme des gens avec qui on peut jouer aux cartes (avec des cigarettes pour enjeu, carton jaune !), avec qui on peut rigoler, qu'on peut chambrer, qu'on peut engueuler, et à qui on peut demander leur avis (et même faire voter pour un changement d'emploi du temps afin de voir la finale de base-ball à la télé, carton rouge !)… Miss Ratched va évidemment réagir, d'abord à sa manière habituelle, feutrée, sournoise, avant de durcir ses méthodes au fur et à mesure que McMurphy met la pression.

D'une efficacité impressionnante, qui n'empêche ni le lyrisme, ni la complexité, ni l'émotion, Vol au dessus d'un nid de coucou vous emporte d'un bout à l'autre, au fil de quelques séquences mémorables : les parties de poker et de basket, le match de base-ball réinventé par McMurphy, la virée en mer, la relation avec Big Chief, l'Indien grand comme une montagne et muet comme les pierres, la séance d'électrochocs… jusqu'à la scène finale, terrible et magnifique.
Autour de Nicholson et Louise Fletcher, tous les deux extraordinaires dans des registres diamétralement opposés, les « seconds rôles » sont absolument parfaits. Bref un vrai classique des années 70, décade prodigieuse pour le cinéma américain, qui ne demande qu'à continuer à vivre…