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TROIS VISAGES

Écrit et réalisé par Jafar PANAHI - Iran 2018 1h40mn VOSTF - avec Benaz Jafari, Jafar Panahi, Marziyeh Rezaei, Maedeh Erteghaei... Festival de Cannes 2018, Sélection officielle, en compétition.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

TROIS VISAGESUne célèbre actrice iranienne reçoit la troublante vidéo d’une jeune fille implorant son aide pour échapper à sa famille conservatrice… Elle demande alors à son ami, le réalisateur Jafar Panahi, de l’aider à comprendre s’il s’agit d’une manipulation. Ensemble, ils prennent la route en direction du village de la jeune fille dans les montagnes reculées du Nord-Ouest où les traditions ancestrales continuent de régir la vie locale.
Trois ans après le succès de Taxi Téhéran (disponible en Vidéo en Poche), Jafar Panahi, toujours sous le coup d’une interdiction de tournage par les autorités iraniennes, nous revient en grande forme avec ce que Thierry Frémaux, Délégué général du Festival de Cannes, a appelé un « road-feel-good-movie » en annonçant sa sélection en compétition, une première pour le cinéaste. Cette fois, il s’embarque en voiture avec une comédienne célèbre, et part au fin fond du pays à l’appel d’une jeune fille en détresse. Au menu : choc des cultures entre urbains et villageois, modernité et traditions d’un autre âge, et surtout la question délicate de l’accès des femmes à la culture et à l’éducation. Plein d’humour et de cocasserie, le film s’achève en prime par un hommage émouvant au cinéaste iranien disparu Abbas Kiarostami.

« Le film est né d’une situation qui, sans être nouvelle, a littéralement explosé avec l’avènement des réseaux sociaux – extrêmement utilisés en Iran : la quête éperdue de contact, en particulier avec des personnalités du cinéma. Jafar Panahi, malgré sa situation officielle de réalisateur proscrit dans son propre pays, est l’un des destinataires les plus sollicités par ces propositions – notamment de jeunes gens qui veulent faire des films. Et comme la plupart de ceux qui reçoivent de nombreux messages de la part de leurs fans sur les réseaux sociaux, il n'y répond que rarement, mais cela lui est déjà arrivé de ressentir une sincérité, une intensité qui l'ont poussé à se questionner sur la vie de celles et ceux qui envoient ces messages. Un jour, il a reçu sur Instagram un message qui lui paraissait plus sérieux, et au même moment les journaux ont parlé d’une jeune fille qui s’était suicidée parce qu’on lui avait interdit de faire du cinéma. Il a imaginé alors recevoir sur Instagram une vidéo de ce suicide, et s’est demandé comment il réagirait face à cela.
« Cette idée a croisé l’envie de revenir sur l’histoire du cinéma iranien, et ce qui avait entravé ses artistes, de différentes manières, à différentes périodes. D’où l’idée d’évoquer trois générations, celles du passé, du présent et du futur, par l’intermédiaire de trois personnages d’actrices. En composant ces trois récits est née l’image de cette route étroite et sinueuse, qui est une représentation concrète de toutes ces limitations qui empêchent les gens de vivre et d’évoluer.
« Comme toujours, Jafar Panahi a entièrement écrit le scénario dans les moindre détails – même si en tournant il a fait quelques modifications en fonction de la situation. Une situation qui s’est révélée très accueillante au projet, pour un cinéaste retrouvant l’air libre après des films (Ceci n’est pas un film, Pardé, Taxi Téhéran) confinés dans des intérieurs – appartement, maison, voiture. En effet, le tournage a eu lieu dans trois villages, respectivement les villages natals de sa mère, de son père et de ses grands parents, qui se trouvent au Nord-Ouest du pays, dans la partie azérie de l’Iran, où les gens à la campagne sont particulièrement attachés aux traditions, avec des aspects encore très archaïques. Les comportements des habitants dans le film sont conformes à ce qui se passe dans cette région. » Jean-Michel Frodon