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FOXTROT

Écrit et réalisé par Samuel MAOZ - Israël 2017 1h53mn VOSTF - avec Lior Ashkenazi, Sarah Adler, Yonaton Shiray, Shira Haas...

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

FOXTROTOn sonne à la porte d’un bel appartement de Tel-Aviv. Trois militaires se présentent. Devant leur air grave et avant même qu’ils aient pu prononcer un mot, Dafna, la mère, s’effondre, victime d’une crise d’épilepsie. Michael, le père, sombre dans la prostration… L’armée vient leur annoncer que leur fils Yonathan est mort sous l’uniforme. Sans préciser où, ni comment.
La mère, assommée par les calmants, ne se lève plus. Le père, un architecte, vit reclus dans sa douleur, entre stupeur et accablement, à laquelle ne peut l’arracher la visite éplorée des membres de la famille. Un jeune militaire vient lui expliquer le déroulement des obsèques solennelles que réserve l’État hébreu aux soldats morts pour sa défense. La froideur méthodique de ce bidasse exaspère cet homme dont la souffrance vire à la rage. Soudain, un retournement de situation totalement imprévisible vient rebattre les cartes du hasard et du destin…

Le film, efficace et tranchant, de Samuel Maoz se décompose en trois parties. Après ce premier acte dramatique dans le huis clos d’un appartement cossu où le malheur est entré par effraction, le spectateur se retrouve à un poste frontière, au milieu de nulle part, dans un paysage de sable et de pierre.
De jeunes troufions, dont Yonathan, tuent leur ennui en surveillant du haut d’un mirador, ou affalés sur un canapé défoncé, une barrière qu’ils ne lèvent qu’au passage d’un dromadaire nonchalant qui va et vient, indifférent à la tension régionale. Parfois, un véhicule s’approche, aussitôt soumis à une inspection en règle, avec arbitraire et humiliations de rigueur, pour bien faire sentir aux Palestiniens qui est le maître…

Comment ne pas voir dans l’esprit du réalisateur, très critique sur l’évolution de son pays, la métaphore d’une société cadenassée qui entretient l’illusion du danger, s’enfonce et cultive une paranoïa belliqueuse  ? Pour ces jeunes recrues, chauffées à blanc par la rhétorique de l’armée, formées à accomplir des gestes mécaniques sans faire appel à leur intelligence, la bavure est au bout de la mitraillette. Quand elle se produit, l’institution militaire enfouit les preuves, recouvre de silence l’exaction, en assurant l’impunité aux coupables.
La troisième partie, plus intimiste, se passe dans la cuisine de l’appartement familial où les parents de Yonathan, complices, revivent des épisodes de leur jeunesse. Michael finit par avouer la « faute » qui le hante depuis son adolescence.
Le titre, énigmatique et primesautier, résume le propos. Le fox-trot est une danse qui revient interminablement à son point de départ, tournant sur elle-même dans un ballet mécanique qui dessine l’ellipse d’une impasse.

(J.C. Raspiengeas, La Croix)