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DOGMAN

Matteo GARRONE - Italie 2018 1h42mn VOSTF - avec Marcello Fonte, Edoardo Pesce, Alida Baldari Calabrian, Nunzia Schiano... Scénario de Maurizio Braucci, Ugo Chiti, Matteo Garrone et Massimo Gaudisio. Festival de Cannes 2018 : Prix d'interprétation masculine pour Marcello Fonte.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

DOGMANPas de doute : les films de Matteo Garrone – on citera tout particulièrement Gomorra et Reality – sont tout sauf tièdes. Ça décoiffe, ça saisit, ça bouscule ! Une fois de plus le réalisateur ne nous sert pas du réchauffé et dès le premier plan de Dogman, il nous scotche dans notre fauteuil. Même si les canidés y sont parfois mignons, c’est un cinéma crépusculaire qui grogne et mord ceux qui s’en approchent. Le récit n’est pas tendre même s’il transpire de tendresse. Il est issu d’une image restée longtemps en friche dans la tête du cinéaste : « celle de quelques chiens, enfermés dans une cage, assistant comme témoins à l’explosion de la bestialité humaine… »

L’histoire démarre dans une Italie grinçante et rouillée comme une vieille balançoire qui aurait trop vécu, condamnée à progressivement disparaître. Les murs desquamés de cette banlieue de Naples suintent les ocres et la misère d’une classe ouvrière dont on finit par douter qu’elle ait jamais existé. Ici rien ne scintille mis à part quelques rares breloques pendues au clou d’une bijouterie peu orthodoxe. La mer semble tout aussi grise et fade qu’un jour sans fin. Pourtant Marcello y trace son sillon discret, vivotant de son petit négoce de toilettage pour chiens, sans oublier quelques compléments de salaires douteux pour mettre un peu de beurre dans ses pâtes et surtout celles d’Alida, sa fille qu’il aime comme la prunelle de ses yeux et que son ex-femme lui confie un week-end sur deux. C’est une belle complicité qui lie ces deux-là, une admiration réciproque qui leur fait partager les mêmes passions, celle notamment de plonger avec masque et tuba en eaux claires, même s’il faut aller les chercher loin de là.
Dans cette cité tristounette, Marcello a pourtant toujours un sourire radieux, un mot gentil à offrir. Sa simple présence discrète semble spontanément rendre la vie plus douce à ceux qui le croisent. Il est de ceux qui ne haussent jamais la voix, incapable de refuser un service, même si une petite alerte intérieure lui susurre que c’est loin d’être une bonne idée. Marcello est un brave. Tout aussi courageux quand il s’agit d’affronter un cerbère déchaîné qu’on lui amène à manucurer, que gentil quand il s’agit d’aider son prochain. D’ailleurs ici tout le monde l’aime. Même ce satané Simoncino, un fou furieux taillé comme un molosse qui, dès sa sortie de taule, recommence à terroriser tout le monde, même les caïds de la zone. Il faut dire qu’il consacre le peu de neurones que la cocaïne n’a pas encore fusillés à se procurer de quoi détruire le reste de son cerveau. Mais Marcello, en pauvre hère, ne parvient guère à lui résister et se retrouve vite entraîné vers une destinée toujours plus violente et sombre, tandis que les toutous toilettés du chenil observent ces hommes qui sont décidément plus féroces que des bêtes.

Dogman se dévide implacablement tel une tragédie grecque dans laquelle Marcello Fonte, qui endosse le rôle principal, est tout bonnement époustouflant, d’abord poignant puis magistral quand il laisse éclater sa rage de ne pas parvenir à exister. Il excelle dans cette descente aux enfers inéluctable. Que les dents grincent en chemin c’est certain, mais ça ne nous empêche pas de sourire, voire de rire aux éclats au détour d’une parenthèse humoristique où le ridicule ne tue pas les chiens, malgré tous les efforts de leurs maîtres.