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THE CHARMER

Milad ALAMI - Danemark 2018 1h40mn VOSTF - avec Ardalan Esmaili, Lars Brygmann, Stine Fischer Christensen, Jesper Lohmann... Scénario d'Ingeborg Topsœ et Milad Alami.

Du 15/08/18 au 28/08/18

THE CHARMEREsmail est un antihéros. L’un de ceux dont l’apparition à l’écran bouleverse quand bien même on perçoit leur part d’ombre peu glorieuses. Tout repose dès lors sur les épaules de l’acteur principal (Ardalan Esmaili), sur la persuasion de son regard. Il étoffe son personnage, en restitue toute la complexité avec élégance. The charmer n’est pas uniquement un « charmeur ». La vie d’Ismail ne peut se réduire à ce seul petit vocable, ni ses intentions se résumer en une phrase lapidaire. Si on rentre en empathie spontanément avec lui c’est qu’on ne peut lui jeter la première pierre. Il nous renvoie à nos propres errances, à nos supercheries peu avouables…
Le film débute par une scène que l’on comprendra plus tard, après l’avoir presque oubliée entretemps. Un appartement de charme… tout y est doux, couleurs pastel, musique classique. Les immeubles anciens d’un quartier cossu se profilent en face à la fenêtre. Dans son embrasure se détache une silhouette, une femme qui restera floue, comme sa personnalité, ses motivations, ses sentiments. Tantôt trop proche, tantôt trop éloignée, pour nous parler d’elle, la caméra ne trouvera jamais la bonne distance, pas plus qu’Esmail, ni même son mari ne l’ont trouvée. Chacun restant dans le vague, cheminant les uns avec les autres, se réchauffant les uns contre les autres, mais au bout du compte, se rendant compte qu’on est toujours tout seul au monde, comme le chantait Maurane…

Ellipse. On est dans un tout autre type d’appartement, sur un petit balcon fonctionnel comme savent les pondre les HLM. Dans le reflet de la fenêtre on aperçoit des barres d’immeubles impersonnels sous le ciel bleuté, les bruits qui remontent de l’extérieur nous confirment qu’on est dans un quartier populaire, métissé. Un homme de dos, de face, de profil… la caméra essaie de le cerner, capture rapidement ces gestes du quotidien qui en disent long sur un niveau social, les manières de vivre d’un individu. Il termine une lessive, l’étend… Esmaïl n’a pas de machine à laver… Dans la petite pièce qui lui sert d’appartement, rien de superflu. Tout semble avoir été acquis ou récupéré à peu de frais : une table sommaire, de quoi s’asseoir… Quelques vêtements de travailleur, un unique costume soigneusement suspendu : on devine à quel point il est important pour son propriétaire. Instantanément on se dit que s’il venait à se déchirer, ou se tacher, Esmail, notre joli brun aux yeux doux, n’aurait pas les moyens de s’en offrir un autre. Il l’endosse, ajuste le col de sa chemise blanche, soigne méticuleusement son apparence, sort…

Nouvelle ellipse. Cette silhouette qui court en jouant à trappe-trappe avec une poignée de blondinets nous est déjà familière : on reconnait tout de suite le costume. Le temps est au beau fixe, le jardin est immense, son gazon vient doucement s’échouer sur la grève d’un lac. La vue est sublime… Ici tout est de bon ton. Esmail, au bras de sa copine, est bien accueilli malgré son accent iranien, son danois hésitant. Il semble être dans son élément, comme s’il avait toujours baigné dans le luxe. Pourtant quelque chose dissone, on lit sur les lèvres pincées de sa compagne un malaise qui sourd alors qu’il lui dit des mots d’amour… Le soir arrivé elle rompra. Dès le jour suivant, pas vraiment abattu de s'être fait larguer, Esmail retournera, son unique costume sur le dos, dans le bar sélect où il a l’habitude d’aller séduire les bourgeoises esseulées… Mais n’allez pas imaginer qu’il ne soit qu’un gigolo insensible. Rien n’est si simple. Esmaïl est un être parcouru de frissons, de peur et de doutes, qui est dans l’urgence de la survie…On perçoit progressivement les contour flou d’une nasse qui se referme progressivement, on entend le chuintement d’un monde sourd à la misère qui frappe à sa porte. Il y a du thriller dans l’air, du film noir. Et de l’amour aussi !