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WARDI

Mats GRORUD - film d'animation France/Norvège/Suède 2018 1h17mn VF - Pour les enfants à partir de 8 ans. Supervision de l’animation par Hefang Wei et Pierre-Luc Granjon.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

WARDIVous aviez plébiscité, enfants et adultes confondus, Ma Vie de Courgette ? le génial film en marionnettes de Claude Barras avait l’immense qualité, grâce à l’émotion transmise par ses étranges personnages aux têtes rondes, de rendre sensible et compréhensible par les plus jeunes un sujet grave que les parents ont bien du mal à oser aborder avec eux… Eh bien vous allez adorer les aventures et mésaventures de Wardi ! Lors de sa première présentation à « Mon premier Festival » il suffisait de voir les yeux mouillés à la fin de la séance, et d’entendre le flot de questions posées illico par les enfants à l’animateur Pierre-Luc Granjon, pour comprendre que le film avait fait mouche. Dans Ma vie de Courgette, le sujet sensible était l’enfance maltraitée ; dans Wardi, c’est le conflit israélo-palestinien, un sujet sacrément casse gueule et délicat face auquel peu de parents ont les informations nécessaires pour en parler intelligiblement avec leurs enfants, pré-ados et ados.

Wardi est une petite fille palestinienne de 11 ans dont la famille vit depuis 1948 dans le camp de réfugiés de Burj El Barajneh, à Beyrouth. Dans cet enchevêtrement improbable et périlleux de taudis devenus des immeubles toujours plus hauts, la fillette trouve néanmoins sa voie et espère en un avenir meilleur tout en prenant soin de son grand-père Sidi qu’elle aime infiniment, et qui vit toujours dans la nostalgie de son village de Galilée dont il fut expulsé 60 ans auparavant. Depuis ce funeste jour, il a toujours gardé la clef de sa maison autour du cou, espérant pouvoir y revenir un jour. Mais voilà, Sidi sent que sa fin est proche, et que c’est le moment de passer à sa si chère petite-fille la fameuse clé, et de lui transmettre l’histoire tragique d’un peuple et d’une résistance.
Wardi est avant tout le splendide portrait d’une enfant qui tente de se dépatouiller avec la Grande Histoire des hommes et face au déterminisme d'un peuple condamné depuis des décennies au Liban à vivre sans papiers, sans grade, sans droits face à une population qui parfois les rejette malgré leur histoire commune.
Le réalisateur norvégien s’est directement inspiré de l’histoire de sa mère, employée d’une ONG qui travailla dès les années 80 au cœur de ces camps de réfugiés. Devenu adulte, il retourna sur les traces de sa mère pour créer cette histoire inspirée par le destin des hommes, femmes et enfants qu'il avait pu rencontrer. Le film utilise à la fois pour le récit contemporain les marionnettes conçues et animés dans les studios français de Folimage à Valence, et le dessin pour raconter en flash-back le destin des parents et grands parents de Wardi victimes de la Nakba, la grande catastrophe qui emmena 700 à 800000 palestiniens sur les routes de l'exil, au moment création de l'État d'Israël en 1948.

Mais à la fin du film, lumineux comme le ciel de Palestine, malgré le destin tragique de ce peuple, on se dit que le pouvoir de résilience et la force de vie des enfants seront toujours plus forts, restant épatés que cette petite créature de quelques dizaines de centimètres ait pu à ce point nous emporter dans un tel tourbillon d'émotions.