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L’ORDRE DES MÉDECINS

David ROUX - France 2018 1h33mn - avec Jérémie Renier, Marthe Keller, Zita Hanrot, Maud Wyler, Alain Libolt, Frédéric Épaud,Jisca Kalvanda... Scénario de David Roux et Julie Peyr.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

L’ORDRE DES MÉDECINSC’est à se demander pourquoi il a fallu attendre autant pour qu’enfin une nouvelle vague de cinéastes s’empare avec bonheur de ce magnifique théâtre des opérations qu’est l’hôpital, avec ses joies et ses souffrances, ses tragédies et ses miracles. Comme Hippocrate, comme Réparer les vivants, L'Ordre des médecins nous plonge ainsi dans ce qui fait la substantifique moelle de notre humanité. Dans chacun de ces films, c’est plus qu’une histoire de médecine dont il s’agit, c’est celle des fondements vibrants et mystérieux de la vie, ce fil ténu qui raccroche notre premier à notre dernier souffle.
On peine à croire que L'Ordre des médecins est le premier long métrage de David Roux tant il embrasse largement son sujet, avec pertinence, une maîtrise et une efficacité redoutables, jamais démonstratives. S’il vise d’emblée juste, c’est sans doute qu’en tant que fils de médecins, tout bambin, il arpentait déjà les secrets dessous d’un monde hospitalier en définitive plus organique que clinique, chaleureux. Ces gens qui calfeutrent leurs sentiments derrière leurs blouses blanches, leur ton arrêté, illusoires cuirasses, semblent soudain bien fragiles, criblés de doutes, fuyant leurs propres démons, leurs peurs. Un univers charnel, tendu, viscéral qui tente parfois de noyer ses angoisses dans le vide de blagues potaches ou quelques volutes de fumée illicite.

Simon (Jeremy Renier, remarquable, mais c’est presque un pléonasme), en tant que pneumologue, fait partie intégrante de cet univers. Il en est même un des piliers, sur lequel beaucoup se reposent. Toujours à la bonne distance, empathique mais jamais dans le pathos, écoutant les plaintes, les distanciant. Sachant se protéger, protégeant ses collègues, abordant ses patients avec douceur mais sans mensonge… Les empêchant de sombrer grâce à l’écoute, les sourires, les rires. On ne tient pas une journée dans à côtoyer la maladie, parfois à la lisière de la mort, sans cela. On suit Simon dans les recoins du labyrinthe, même les plus cachés, presque interlopes. On le suit jusque dans son antre solitaire, où il prend à peine le temps de se régénérer, de se ressourcer… Les nuits sont brèves, courtes respirations entre deux jours, mais qu’importe, Simon aime ça ou plutôt croit en ça, même si ça laisse peu de temps pour aller voir la famille, en construire une… Il y a bien Agathe, interne compétente au caractère tendre mais bien trempé. Elle le dévore des yeux, alors qu’il ne semble voir que les dossiers qu’elle lui tend, concentré sur sa tâche comme toujours, même dans la jovialité.
Puis quelque chose va venir bouleverser cet « ordre » établi. L’inattendu, la maladie qui frappe là où elle n’aurait pas dû, comme toujours ! Cette nouvelle patiente qui pénètre dans l’hôpital, souriante, toujours heureuse en véritable philosophe de la vie, c’est la propre mère de Simon : Mathilde (lumineuse Marthe Keller). Soudain quelque chose bascule. Le médecin est propulsé de l’autre côté de cette barrière invisible qui sépare patients, accompagnants et soignants. Le beau recul habituel de Simon, son professionnalisme, son humour même, battent de l’aile. Il n’est plus qu’un funambule ayant perdu son fil, confronté à quelque chose de plus grand que lui et à ses constats d’impuissance, alors que Mathilde surnage, lucide et pétillante, savourant chaque instant. Là où les cliniciens réclament silence et univers stérile, elle entraîne la vie, les chants et vaillamment tout son entourage dans son sillage, refusant de laisser l’espoir à la porte de l’hôpital. C’est d’une grâce et d’une justesse absolues !

L’Ordre des médecins est un film plein de pudeur, tout aussi subtil que son titre dont on peut décliner de bien des façons le mot « ordre ». Il y a celui qu’on donne, celui qui agence les choses, celui que l’on intègre comme un sacerdoce…