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« Seul(e) sur une île déserte, confiné(e) avec un film » : Guillaume Brac
Guillaume Brac, réalisateur : nous avons programmé tous ses films depuis Le naufragé / Un monde sans femme (2012), Tonnerre (2014), Contes de Juillet (2018) et L’île au trésor (2018). Guillaume Brac est venu présenter ce dernier documentaire autour de la Base De Loisirs Cergy et son film Tonnerr...

Message du Théâtre de l'Usine : « En attendant de vous retrouver ! »
Chères spectatrices, chers spectateurs,Suite aux décisions prises par le gouvernement pour lutter contre l’épidémie de Covid-19, le Théâtre de l’Usine reste fermé jusqu’à nouvel ordre afin de protéger la santé de chacun d’entre nous. L’ensemble des représentations programmées sont à ce jour annu...

« Seul(e) sur une île déserte, confiné(e) avec un film »
Jérôme Soubeyrand, comédien, scénariste et réalisateur que nous avons reçu en décembre 2014 pour la présentation de son film Ceci est mon corps en compagnie de son actrice Laetitia Lopez. Ceci est mon corps est mis en visionnage libre toute cette semaine (dans les films confinés, liens dans la c...

JOURNAL DE BORD D'UN CINÉMA FERMÉ
  LE FACEBOOK UTOPIA95 Mercredi 1er avril 2020 ou comment apprendre à vivre avec le Covid 19(on a raté les 18 épisodes précédents, c’est pour ça qu’on n’y comprend rien) Chers amis utopiens confinés, A l’heure où quelques écrivain(e)s se confi(n)ent  dans des journaux plus ou moins intimes (on v...

MEURS, MONSTRE, MEURS

Écrit et réalisé par Alejandro FADEL - Argentine/France 2018 1h39mn VOSTF - avec Victor Lopez, Esteban Bigliardi, Tania Casciani, Romina Iniesta, Sofia Palomino, Francisco Carrasco, Stéphane Rideau, Jorge Prado... Prix long métrage international, Festival International du Film Indépendant de Bordeaux 2018.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

MEURS, MONSTRE, MEURSPréparez-vous à plonger dans un territoire sauvage et mystérieux. Le second film d'Alejandro Fadel, auteur du remarqué Los Salvajes, intrigue et brouille les cartes. À la fois polar et film d'horreur, le film nous happe dans une ambiance moite et poisseuse, servie par des images et une lumière magnifiques, par de vraies gueules d'acteurs. Les dialogues, par moment totalement décalés, apportent l'humour et le recul nécessaires pour ne pas sombrer dans la folie des personnages. Les noirs profonds de la nuit contrastent avec la lumière jaune et chaude du jour, les plans sont un régal pour les yeux. C'est ce mélange de beauté et de monstruosité qui perdure longtemps après la séance.

Dans une région reculée de la Cordillère des Andes, une jeune bergère s'effondre, au milieu de ses moutons, la gorge tranchée. Deux voitures de police sillonnent un chemin de montagne jusqu'à atteindre une ferme reculée. Les hommes découvrent rapidement la tête de la bergère au milieu des cochons. Ces deux premières scènes, saisissantes, installent le climat et donnent le ton d'emblée.
C'est l’officier de police rurale Cruz qui mène l’enquête, et très vite un homme paraît être le suspect idéal : David agit étrangement et n'a pas d'alibi. Ça ce complique quand on comprend que Francisca, l'amante de Cruz, est aussi la femme de David. Lequel est envoyé peu de temps après dans un hôpital psychiatrique : il incrimine sans cesse les apparitions brutales et inexplicables d’un Monstre. Dès lors, Cruz s’engouffre dans cette enquête tortueuse et commence a entendre une voix intérieure, obsédante, qui répète comme un mantra : « Meurs, Monstre, Meurs »…

Réflexion sur le monstre qui sommeille en chacun de nous, dénonciation du machisme de la société et des violences faites aux femmes, nous n'avons pas affaire ici à un banal film de genre. Meurs, monstre, meurs déroute et étonne par sa mise en scène planante et horrifique, jouant sur nos peurs intimes, celle de l'inconnu et de l'étranger. Alejandro Fadel convoque Cronenberg et Lynch, mais n'essaie jamais de les copier. Le film a sa propre âme, tourmentée certes, mais flamboyante. Après la vison de ce film, les images continueront de vous hanter et peut-être entendrez-vous aussi ces mots mystérieux « Meurs, Monstre, Meurs ».

« Comment contrôlons-nous, en tant que société, ce que nous ne connaissons pas ? Les formes de contrôle sur les citoyens et la surveillance policière ne cessent d’augmenter, comme nous en a averti Foucault à son époque. Elles trahissent un désir de tout contrôler, y compris la liberté, qui est aussi perçue comme une exhortation. Plus qu’un pur film d’horreur, j’ai tourné un film sur la peur de l’inconnu et sur l’angoisse que cet inconnu provoque. La peur transforme nos relations. Nous vivons, de plus en plus, dans une réalité parallèle, dans laquelle on se croit plus en contact que jamais avec les autres, alors qu’on s’isole de plus en plus. Les rituels de socialisation, comme se retrouver dans un bar ou un cinéma, ont tendance à disparaître. Cela me semble grave, car ce sont des endroits où l’inattendu est encore possible, ce qui me paraît la clé de la vie et de l’art : la manifestation de quelque chose qui vous fait sortir d’un état de calme et réussit à vous transformer… » Alejandro Faudel