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HIT THE ROAD

(Jadde Khaki) Panah Panahi - Iran 2021 1h33mn VOSTF - avec Hassan Madjooni, Pantea Panahiha, Rayan Sarlak, Amin Simiar... Quinzaine des réalisateurs - Cannes 2021.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

HIT THE ROADUne voiture, un genre de SUV rutilant emprunté pour l’occasion, file sur la route qui de Téhéran rejoint la frontière turque, traverse par à-coups les paysages désertiques, montagnards, aussi arrides que sublimes du nord de l’Iran. Le gamin n’a pas 10 ans. Coincé à l’arrière à côté de son paternel à la jambe plâtrée (pratique, le plâtre, pour dessiner, jouer, pianoter), sa mère à l’avant et son grand taiseux de frère au volant, il est joli comme un cœur, bavard comme une pie, excité comme une puce, et ne tient donc pas en place. Ce serait donc une parfaite tête à claque s’il ne débordait de générosité et d’une énergie communicative : tour à tour charmeur, vindicatif, râleur, drôle, criard, il gigotte, s’allonge, joue, chante et danse. « Hyperactif », on dirait sans doute, par chez nous. Tellement qu’on se dit in petto que le voyage va paraître bien long… or, non. Mais au fait, quel voyage ? Il a beau flotter dans l’habitacle un parfum de vacances insouciantes, de joie de vivre et d’être ensemble, une multitude de petits indices révèlent son but et le drame qui est en train de se jouer. Alors même que tout le monde chante, danse, fait assaut de blagues plus ou moins plaisantes, plus ou moins légères, à l’unisson de l’enfant, il s’avère qu’on s’interdit sur cette route l’usage des téléphones portables, trop facilement traçables. Et qu’on s’inquiète, à tort ou à raison, d’être possiblement suivis par d’autres voitures. Les traits de la mère, dès lors qu’elle se sait hors du champ de vision de son petit dernier, se laissent gagner par la tristesse. Il se dit que, sur les quatre voyageurs, trios seulement prendront le chemin du retour.

Le cinéma iranien n’en finit décidément pas de surprendre et d’émerveiller. Le road-movie de Panah Panahi (oui, oui, le fils du cinéaste Jafar Panahi, auprès de qui il a fait ses « classes » en tant que consultant, monteur et assistant réalisateur) vous attrape fermement par la main et ne lâche plus pendant 90 minutes et les quelques centaines de kilomètres qui séparent la famille de sa destination. Voyage entrecoupé de multiples haltes dues au caractère imprévisible du gamin – à l’instar du P'tit Gibus de La guerre des boutons, on n’est pas près d’oublier le petit Rayan Sarlak, qui offre au film son concentré ravageur d’entropie joyeuse. D’une grande beauté formelle, inventif, attachant, incroyablement drôle (mais vraiment drôle !) et pourtant haletant, Hit the road suit avec beaucoup de finesse l’itinéraire d’une séparation, vers le chemin de l’exil que va prendre le grand frère. Ce n’est pas un bien grand mystère mais une réalité, dont chacun s’efforce de masquer la gravité au petit dernier. Avec de plus en plus de solennité au fur et à mesure que l’échéance se rapproche, mais aussi avec une belle et lumineuse tendresse qui se révèle et s’exprime entre les membre de la famille. Sujet dur, sujet fort, que celui du départ, qui dit en creux la situation sociale de l’Iran contemporain. Mais tempéré par le regard d’un enfant, comblé d’amour, qui insuffle au film une innocence euphorisante. Bourré d’humour malgré le sérieux de l’intrigue, porté par une irrépressible pulsion joyeuse, Hit the road est une comédie familiale et poétique comme on en fait peu, et une formidable invitation au voyage.