MON C.E. ROULE POUR UTOPIA

METTEZ VOTRE PUB
DANS LA GAZETTE !


NOUS TROUVER
(et où trouver la gazette)

NOS TARIFS :
TARIF NORMAL : 7€
CARNET D'ABONNEMENT : 50€ (10 places, non nominatives, non limités dans le temps, et valables dans tous les Utopia)
Groupe ( >30p.) : 3€
TARIF étudiants, lycéens, collégiens, demandeurs d'emploi, bénéficiaires du RSA : 4€ (sur présentation d'un justificatif). PASS CAMPUS : 3,50 euros. Paiement CB, Chèque ou Espèces.

RSS Cinéma
RSS Scolaires
RSS Blog

(Quid des flux RSS ?)

EN DIRECT D'U-BLOG

Le blog des profondeurs...
(de champ)

30237
Et voilà, Vidéo en Poche c’est fini, le compteur s’arrête à 30237 copies vendues sans DRM sur clés USB ! À bientôt dans le cyberespace indépendant et surtout IRL dans les salles de cinéma :)Le 30 novembre à minuit, Vidéo en Poche a tiré sa révérence et retourne dans sa bouteille de ...

LA GAZETTE UTOPIA 313 DU 26 OCTOBRE AU 6 DÉCEMBRE 2022 (À TÉLÉCHARGER)
  ... Lire LA GAZETTE UTOPIA 313 DU 26 OCTOBRE AU 6 DÉCEMBRE 2022 (À TÉLÉCHARGER)...

LA GAZETTE UTOPIA 312 DU 21 SEPTEMBRE AU 25 OCTOBRE 2022 (À TÉLÉCHARGER)
  ... Lire LA GAZETTE UTOPIA 312 DU 21 SEPTEMBRE AU 25 OCTOBRE 2022 (À TÉLÉCHARGER)...

LA GAZETTE UTOPIA 311 DU 17AOÛT AU 20 SEPTEMBRE 2022 ( À TÉLÉCHARGER)
  ... Lire LA GAZETTE UTOPIA 311 DU 17AOÛT AU 20 SEPTEMBRE 2022 ( À TÉLÉCHARGER)...

SAINT-OMER

Alice DIOP - France 2022 2h02mn - avec Kayije Kagame, Guslagie Malanda, Valérie Dréville, Aurélia Petit... Scénario d’Alice Diop, Amrita David et Marie Ndiaye.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

SAINT-OMERFrontal et rigoureux. Ce sont les deux mots qui viennent à l’esprit pour évoquer l’exraordinaire premier film de fiction d’Alice Diop, jusqu’ici réalisatrice de documentaires remarqués. Dans Nous, elle dessinait le portrait d’une France plurielle en suivant le trajet de la ligne B du RER qui traverse la banlieue parisienne. Elle poursuit ici cette exploration entre l’intime et l’imaginaire collectif autour de la question de ce que signifie vivre en France quand on n’a pas la peau blanche. Elle a choisit pour ce faire un axe qui n’est pas des plus évidents, tant par la charge émotionnelle qu’il véhicule que par les nombreuses questions sociales, existentielles et philosophiques qu’il pose.
Son film, Alice Diop l’ouvre sur un cours magistral que donne Rama, romancière et universitaire. Dans cette scène inaugurale, la jeune femme fait se répondre un texte puissant de Marguerite Duras tiré d’Hiroshima mon amour, dans lequel elle se met dans la peau d’une femme tondue à la Libération, et les images de ces femmes humiliées publiquement dans les villages de France au sortir de la guerre. Par la grâce de la littérature, de l’art, la figure honnie accède, explique la romancière, au statut, sinon d’héroïne, du moins de « sujet en état de grâce ». Et c’est exactement ce que propose la cinéaste, pour tenter de comprendre le geste inimaginable d’une mère envers son enfant. Ce fait divers est au cœur du prochain livre de Rama et par la-même celui, battant, de Saint Omer.

Rama se rend donc à Saint-Omer dans le nord de la France, où démarre le procès de Laurence Coly, étudiante sénégalaise accusée d’avoir assassiné sa petite fille de 15 mois en la laissant seule, une nuit, sur une plage de Berk. C’est à travers le regard et le souffle de Rama que le spectateur plonge dans les abysses de ce procès si particulier. On va ainsi suivre les débats, l’interrogatoire de l’accusée, imperturbable et s’exprimant dans un français très soutenu, les interventions de son avocate, de la présidente ou de l’avocat général et percevoir, en filigrane, l’écho troublant que cet infanticide fait retentir dans le cœur et le corps de Rama. Mais le mystère de cette jeune femme intelligente et cultivée, dévorée par la solitude et ayant sombré dans la spirale de la folie demeure entier. Les débats, la réalisatrice les met en scène de façon volontairement austère, à travers de longs monologues filmés souvent face caméra, juste entrecoupés de plans sur le public dans la salle d’audience, et notamment sur le visage de Rama. C’est dans cet aller-retour fascinant que se joue, en creux, toute la puissance du film et c’est ici que Saint Omer devient passionnant. Car au-delà de cette tragédie impensable face à laquelle l’intelligence humaine ne peut invoquer aucun argument recevable, c’est bien une autre histoire qui se raconte. Celle d’une romancière noire vivant en Europe et qui partage, malgré elle, une partie du ressenti de cette femme si digne assise dans le box des accusés. Celle d’une jeune fille brillante ayant quitté son pays natal pour vivre son rêve de culture au pays des Lumières mais qui s’est heurtée aux préjugés et au racisme ordinaire de la société. Celle d’une ascension sociale traversée par les fantômes du passé et la culpabilité.
A rebours d’un film de procès classique, refusant de miser sur l’émotion, l’effroi, l’identification, Saint Omer s’obstine, avec un entêtement rêche, à recueillir simplement la parole, dans une construction brute. Ni pathos, ni artifice, ni respirations transversales qui pourraient accompagner le récit, le film s’engouffre avec une intelligence et une force inouïes dans cette quête de vérité. Précise, tirée au cordeau, la mise en scène ne laisse pas de place aux effets de manche ou aux analyses finales et cela en déstabilisera plus d’un(e). On en ressort avec bien des doutes, des questionnements et le sentiment d’avoir vu un grand film... et c’est très bien comme ça.