MON C.E. ROULE POUR UTOPIA

METTEZ VOTRE PUB
DANS LA GAZETTE !


NOUS TROUVER
(et où trouver la gazette)

NOS TARIFS :
TARIF NORMAL : 7,50€
CARNET D'ABONNEMENT : 55€ (10 places, non nominatives, non limités dans le temps, et valables dans tous les Utopia)
Groupe ( >30p.) : 3,50€
TARIF étudiants, lycéens, collégiens, demandeurs d'emploi, bénéficiaires du RSA : 4,50€ (sur présentation d'un justificatif). PASS CAMPUS : 4 euros. Paiement CB, Chèque ou Espèces.

RSS Cinéma
RSS Scolaires
RSS Blog

(Quid des flux RSS ?)

EN DIRECT D'U-BLOG

Le blog des profondeurs...
(de champ)

LA GAZETTE UTOPIA 328 DU 19 JUIN AU 30 JUILLET 2024
  ... Lire LA GAZETTE UTOPIA 328 DU 19 JUIN AU 30 JUILLET 2024...

LA GAZETTE UTOPIA 327 DU 15 MAI AU 18 JUIN 2024
  ... Lire LA GAZETTE UTOPIA 327 DU 15 MAI AU 18 JUIN 2024...

LA GAZETTE UTOPIA 326 DU 10 AVRIL AU 14 MAI 2024
  ... Lire LA GAZETTE UTOPIA 326 DU 10 AVRIL AU 14 MAI 2024...

LA GAZETTE UTOPIA 325 du 28 FÉVRIER AU 9 AVRIL 2024
  ... Lire LA GAZETTE UTOPIA 325 du 28 FÉVRIER AU 9 AVRIL 2024...

Soutenez Utopia Palmer

THE BIKERIDERS

Écrit et réalisé par Jeff NICHOLS - USA 2023 1h56mn VOSTF - avec Jodie Comer, Austin Butler, Tom Hardy, Michael Shannon...

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

THE BIKERIDERSJeff Nichols – sans doute seul digne héritier du grand cinéma américain classique – a beau changer de registre à chaque film (le dernier en date était le mélodrame avec le splendide et sous-estimé Loving en 2017), il n’a de cesse de livrer des histoires au souffle dense, sauvage, avec un goût sacré du romanesque aventurier, toutes profondément ancrées dans la topographie d’une Amérique profonde, terre de contrastes par excellence. Il n’est ainsi pas anodin qu’il ait fini par s’intéresser à un moment décisif de bascule de la civilisation yankee : cette fin des années 1960, quand l’ardent désir de liberté de la jeunesse est venu violemment percuter la fin des utopies. Cette époque, le journaliste Danny Lyon en a restitué toute la fièvre et la teneur dans un livre de photographie devenu culte, The Bikeriders. Publié en 1968, il fait le portrait authentique et sans concession d’hommes et de femmes en marge de la société, membres du Chicago Outlaws Motorcycle Club, un groupe de motards criminalisés dont Danny Lyon faisait lui-même partie. Jeff Nichols y a trouvé le moteur rutilant de son sixième film, poussant les virées à moto bien au-delà d’une simple évocation néo-réaliste : derrière sa reconstitution impeccable des 60's, son Bikeriders est une vaste odyssée au cœur d’une population ouvrière se rattachant à ses rêves d’émancipation contre un système écrasant. Son but ? Voguer éternellement sur une mer de poussière et de goudron, les cheveux au vent, comme symbole d’apothéose et de dignité.

Voici donc venus les Vandals, groupe fictif de motards du Midwest, largement inspiré des Outlaws de Danny Lyon, dont Jeff Nichols reprend l’esthétique iconique des mauvais garçons aux blousons en cuir (avec une citation directe de l’étincelle que fut l’apparition de Marlon Brando dans L’Équipée sauvage). On y retrouve Johnny (le chef du gang), Benny, Zipco, Funny Sonny, Danny, Brucie… Tous trompent l’ennui d’une vie routinière de cols bleus grâce à leur hobby : la moto. Comme réminiscence du western, cette grande famille improvisée se retrouve chaque jour pour des chevauchées épiques à dos de bécane, en quête de pulsion, de fraternité et de défis. De quoi alimenter bien des fantasmes…
À commencer par ceux de Kathy (Jodie Comer, impeccable de gouaille jusque dans son accent profond du Midwest), qui tombe irrémédiablement sous le charme de Benny, ange blond du chopper sauce Easy Rider. Ce pourrait être une histoire d’amour simple mais ce ne le sera pas. Kathy ne va pas tarder à se heurter à Johnny, fondateur des Vandals, qui voit en Benny un fils spirituel, son futur héritier. Pour Kathy comme pour Johnny, l’amour ne se discute pas. Une lutte sentimentale s’enclenche entre les deux, sur fond de délinquance gangrenant de plus en plus les Vandals. Les dissensions internes s’immiscent, le désir des plus jeunes de tuer le père aussi – Johnny, en l’occurrence.
Kathy sera la narratrice de cette puissante saga qui rappelle Les Affranchis, le classique de Scorsese, dans sa structure narrative comme dans sa vision d’un monde dépassé par son âge d’or, ne voyant pas arriver son déclin. Jeff Nichols ne tombe pas dans le piège de la glamourisation : sa chronique porte un regard lucide sur ces motards roulant de plus en plus hors des clous ou d’un rapport de force entre masculin et féminin, Kathy sachant elle aussi rouler des mécaniques pour faire barrage au machisme paternaliste d’un Johnny virant de plus en plus parrain mafieux. Autour de ce trio, une très attachante galerie de personnages plus vrais que nature donne pleinement chair à The Bikeriders, qui va bien au-delà d’un portrait pittoresque pour se faire splendide récit d’une succession impossible, tant l’héritage qui se joue ici est celui des idéaux trahis d’une Amérique qui rêvait d’une liberté désormais perdue à jamais.

(A. M., V.O. Magazine)